Je laisse Gérard se familiariser avec le clic-clac du salon et vais rejoindre mon lit, tout en me sachant absolument incapable de dormir. Il faut que ca marche. Nous devons nous souvenir.
A deux heures du matin, je me réveille. Combien de temps ai je dormi ? Etait ce juste une sieste ? Je me leve, vais boire un verre d'eau dans la salle de bain et retourne m'asseoir sur mon lit. Est ce que Gérard est toujours dans le salon ? Ce serait bien s'il pouvait ne pas y etre. S'il pouvait tout simplement ne pas exister. Que tout ne soit qu'un affreux cauchemar.
Je me faufile dans le salon. Il est la. Il dort. Je me glisse sous les draps tout contre lui. J'ai besoin de quelqu'un pour me rassurer. Je n'ai que lui sous la main. Nous passons la nuit ainsi, l'un contre l'autre, sans pouvoir fermer l'oeil. De temps en temps je me retourne et je le vois qui fixe le plafond. Nous comptons les secondes.
- Tu dors ?
- Et toi ?
- J'ai peur.
- Ca va bien se passer.
- Tu dis ca a chaque fois.
- Tu t'en souviens ?
- Non, mais j'imagine. C'est toi l'homme et moi la femme. C'est a toi de mentir.
- Tu vas voir. Je te promets que l'on va se souvenir.
- Ta promesse, soit tu ne la tiens pas, mais on ne s'en souvient pas, soit on s'en souvient et ca veut dire que tu la tiens. Tu ne prends pas trop de risque.
- Je sais. Mais qu'est ce que tu veux que je te dise ? Qu'on va passer le reste de notre vie a ne pas se souvenir ?
- Non. T'as raison. Il vaut mieux ne rien dire.
Je me blottis contre lui. Je regarde la table basse du salon sur laquelle nous avons laissé toutes nos notes de la soirée. Et je me demande de quoi demain sera fait. Gérard continue de fixer le plafond. Les minutes passent.
- Gérard, tu dors ?
- Toujours pas. Toi ?
- Je ne trouve pas le sommeil. J'ai trop peur de me reveiller dans les bras d'un étranger.
- Qui ca ? Moi ?
- Qui veux tu d'autre ?
- Ne dis pas n'importe quoi...
- Tu penses qu'on devrait noter quelque part qu'on a toujours notre mémoire a quatre heures du matin ?
- Bonne idée.
Il se leve, allumne la lumiere, gribouille quelques notes eteind la lumiere et retourne se coucher contre moi.
- Et maintenant ?
- On continue d'attendre.
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