Je n'ai jamais ete aussi contente de rentrer chez moi. Avec une certaine apprehension plutot fondee, je jette un oeil dans le miroir de ma salle de bain pour confirmer ce que je pressentais : j'ai la tete des (tres) mauvais jours. Mes cernes laissent a penser que mon mari, meme si virtuel, passe son temps a me battre. Mon maquillage coule le long des joues telle une riviere boueuse un jour de mousson en Thailande et je ne parle pas des cheveux, sinon je sens que je vais sombrer dans la depression.
Dans ce genre de situation, je ne vois que le duo de choc Bain/Sommeil pour me sentir un peu mieux.
Dix heures plus tard, je me reveille, l'esprit un peu plus clair. Et je me rappelle : les toilettes, le Petit Prince, mon mot, la fuite, la pluie, le taxi, les feuilles aussi trempée que moi et cette envie profonde de ne pas etre moi, ici et maintenant mais plutot n'importe qui d'autre, n'importe quand, n'importe ou.
Je sais qu'il est quinze heure, mais j'appelle quand meme Agathe pour lui dire que je ne viendrai pas aujourd'hui au bureau. Que je ne me sens pas bien. Que j'ai besoin de repos.
- Tu te fous de moi ??? Ecoute ma grande. C'est la derniere fois que je te couvre. Apres ca, je ne reponds plus de la Guislaine. Alors t'as vraiment interet a nous revenir fraiche et dispo lundi sinon...
J'entends des bruits étranges, comme si Agathe s'étouffait - sans doute sa façon de me dire que je ne préfere pas savoir ce qui se passerait sinon - puis elle me raccroche au nez.
Lundi ? Je n'en demandais pas tant. Ca me laisse... a moins que ?...
En regardant la date sur mon téléphone je rajoute mentalement une nouvelle ligne sur ma liste des interrogations existentielles - d'une longueur inquietante depuis 24 heures - : qu'est ce que j'ai bien pu faire cette derniere quinzaine ? Si j'interprete correctement la date sur mon portable, voila que je me retrouve en effet avec une amnésie de deux semaines !
Mon portable m'apprend également que Gérard a essayé de m'appeler ce matin. Douze fois. Insistant le Gérard. Au fait... qui est Gérard ? Et que fait il dans mon répertoire ? Il faut croire que ma la liste de questions ne fait que commencer... J'écoute ses messages. Ils sont tous plus ou moins similaires : il faut que j'aille le retrouver chez lui. C'est important. Tiens, c'est marrant, quand il me donne son adresse, j'ai enfin la premiere réponse a l'une de mes questions : a qui appartiennent les toilettes dans lesquelles je me suis reveillée hier soir.
Dans mon salon, je retrouve les feuilles que j'avais étalées sur la moquette en rentrant dans la nuit. Celles avec ma prose. Je nourrissais l'espoir qu'en séchant, mon écriture devienne lisible. Completement utopique. Completement illisible.
Que me reste-t'il pour comprendre ? Gérard.
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