Saturday, January 3, 2009

29 - Toilettes

Je me réveille sur la cuvette de toilettes qui me sont inconnues. Si jamais il existe des situations plus embarassantes, je ne souhaite pas les connaitre. Je me sens étrange, ailleurs. Ou suis je ? Quelle heure est il ? Qu'est ce que je fais la ? Et pieds nus ? Est ce que j'ai fini mon affaire ? J'essaie de me rappeler. En vain.

Autour de moi, cela ressemble aux toilettes privées d'une personne de sexe masculin. La version propre. Quelques Inrock', Studio et autres Telerama recouvrent deux FHM sur la table basse a droite du chiotte sur lequel je sied confortablement depuis un certain temps déja, si j'en crois les fourmis qui paralysent intégralement mes pieds. De l'autre coté, je peux contempler une mini-bibliotheque avec des classiques de la littérature française, de Sartre a Camus en passant par Hugo ou Flaubert. Sans doute pour les (tres) longs moments de solitudes.

J'entends du mouvement a l'extérieur. Quelqu'un marche sur du parquet. Qui ? Je panique. Qu'est ce que je suis sensée faire ? Je vérifie que le verrou est bien tourné, éteins la lumiere, fais le moins de bruit possible et prie pour ne pas etre repérée.

Les pas se rapprochent. Leur écho me fait penser que derriere la porte se trouve un couloir et dans ce couloir, un inconnu que je n'ai pas envie de rencontrer. La personne - il ou elle - marche calmement, arrive au niveau des toilettes et... les dépasse sans y préter attention. Le faible filet de lumiere venu de l'extérieur qui encadre "ma" porte disparait. J'entends une autre porte s'ouvrir et se refermer. Je respire a nouveau.

Par la petite lucarne au dessus de ma tete, je peux voir un bout de ciel. Celui ci est un peu plus sombre que la traditionnelle grisaille parisienne. J'en deduis que c'est la nuit. Et bien sur, il pleut. Je dirais que la personne que j'ai entendue est partie se coucher sans chercher a se soulager auparavant. Un homme, sans aucun doute. Je n'ose toujours pas émettre le moindre son de peur d'etre repérée. Je reste ainsi dix minutes dans la pénombre. Dix longues minutes. Finalement je rallume la lumiere, mais je ne bouge toujours pas. Mon plan consiste a attendre que mon hote s'endorme pour lui fausser compagnie en silence.

Plus le temps passe, plus mon plan me parait bancal. Si je suis chez quelqu'un, il y a de fortes chances pour qu'il sache que j'occupe ses toilettes. Et qu'il attende que j'en sorte. D'un autre coté, s'il s'endort, c'est que je ne lui suis pas indispensable, je peux donc me raccrocher au plan. En revanche, s'il s'inquiete du temps que je passe aux toilettes, j'aurais l'air ridicule, mais je pourrais prétendre qu'il ne fallait pas installer une bibliotheque ici... et improviser.

Il faut croire que je ne lui manque pas. Je viens de laisser s'écouler ce que j'estime etre une petite heure (je n'ai ni ma montre sur moi, ni mon téléphone portable, ce qui n'est pas fait pour me rassurer), sans entendre le moindre bruit. Juste le temps pour moi de relire le Petit Prince pour la énieme fois dans une position plutot inconfortable : assise sur la cuvette, le doigt pret a bondir pour appuyer sur l'interrupteur au moindre bruit suspect.

Maintenant que le Petit Prince a rencontré le serpent, c'est a mon tour d'affronter mon destin. Je suis prete. Je pense qu'il est temps désormais. Il est temps de découvrir le monde extérieur ! Mais d'abord, se lever et retrouver des sensations dans les jambes. Et surtout - oui surtout - penser a ne pas avoir le stupide reflexe (et je pese mes mots)... de tirer la chasse d'eau.

Je prends mon courage a deux mains et la poignée de la porte d'une seule. Je concentre toute mon attention pour ne pas la faire grincer. Tout doucement. La. C'est bon. Je me retrouve dans ce qui pourrait etre un couloir. Difficile a dire dans l'obscurité. Les pas se sont dirigés vers la droite. Je tourne a gauche, a tatons et au ralenti, en espérant ne pas trébucher sur un obstacle.

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