Friday, January 2, 2009

27 - Frissons

Je remonte les bras chargés de victuailles. Courgettes, aubergines, chevre (c'est le fromage qu'Eva a choisi dimanche dernier), roquette, pignons, lardons. Avec un peu de bonne huile d'olive et de vinaigre balsamique, je devrais réussir a faire une salade correcte.

En rentrant dans mon appartement, je ne trouve pas Eva. Ou est elle passée ?

- Eva ? Eva ???

Personne ne répond.

- Ce n'est pas drole. Montre toi.

La télé est toujours allumée. Je suis rassuré de voir que Gérard et Eva ont fini leur affaire (étrange de parler de soi a la troisieme personne quand on a un nom qui ne finit pas en "-ON" comme Napoléon ou Alain Delon. Mais il m'est difficile de dire "je" en parlant de ce Gérard si étranger). Le film est sur pause. Quelque chose me surprend. Leurs habits. Ce qui me surprend ce n'est pas qu'ils en aient (meme si je m'attendais a les retrouver plus ou moins nus), c'est plutot que ce ne soient pas les memes. J'appuie sur "Play".

"-...souvenons plus de rien depuis quatre jours. Nous nous disons qu'en faisant un film, peut etre que la mémoire nous reviendra en le visionnant.
- Alors on s'est dit que pour garder une trace, on allait vous raconter notre journée. Ca vous aidera peut etre. Tu n'as qu'a commencer Eva..."

Je remets sur pause. Qu'est ce que c'est que ce bordel ? Je passe le film en accéléré. Et alors je les vois. Je les vois ces tentatives d'enregistrement desespérées qui se succedent. Toutes plus ou moins similaires. Toutes plus ou moins inutiles. Jusqu'a retomber sur celle de dimanche dernier que j'ai déja vue tout a l'heure (la seule, soit dit en passant, ou on fait l'amour devant la caméra...).

Je m'inquiete pour Eva. Ou est elle ? Je m'engouffre dans le couloir. En arrivant dans ma chambre, j'entends l'eau couler dans la salle de bain. Je la trouve nue, assise dans la douche, le dos contre le mur, le regard perdu, tremblante, avec un filet d'eau chaude qui lui coule le long du visage. Elle bascule mécaniquement d'arriere en avant. Sans prendre le temps de me déshabiller, je m'assis a coté d'elle et la prends dans mes bras. Mon coté James Bond.

- Cinq...
- Je sais. La. Ca va aller. Tu vas voir. Tout va bien se passer.
- Cinq films...
- T'en fais pas. On va bien finir par comprendre.
- Et pas un...
- Oui. La. C'est ca. Tout doux.
- Pas un seul dont je me souvienne. Rien...
- Je sais. Moi non plus. Mais il ne faut pas baisser les bras. On va s'en sortir. Je te le promets.
- T'imagines. C'est peut etre la dixieme fois que tu viens me consoler dans ta douche. Et ca aussi on va l'oublier.
- Pas cette fois, Eva. Pas cette fois.

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