Thursday, January 1, 2009

25 - Film XY

Dans le tiroir de mon bureau, quand je suis alle chercher la camera, j'ai trouve les photos qu'Eva nous montre dans le film. On y voit une Eva espiegle et souriante qui fait le pitre comme si elle avait 20 ans. Adorable. Il y a egalement trois photos de nous deux, prises avec le retardateur. Je les tends a Eva pour qu'elle puisse apprecier.

- Regarde, Eva. Tu penses qu'on a bu ce soir la ?
- Je ne sais pas. Mais je comprends maintenant en voyant ces photos pourquoi mon subconscient fait barrage.
- Tu rigoles ? T'es magnifique dessus.
- T'es mignon.
- Tu veux qu'on regarde la fin du film ?
- OK. Tu nous fais des pop-corns ?

J'appuie sur "Play". Nos deux visages occupent une grande partie de l'ecran geant en face de nous. Il y a un petit cote megalomane a se regarder de la sorte. Le film reprend.

"- ...Je me suis dit qu'avec un film, on aurait plus de chance de se rappeler.
- On croise les doigts. C'est a ton tour de raconter ta journee, Gerard.
- OK. De mon cote, c'est etrange, mais mon premier souvenir de ce matin est plus tardif que le tien. Il commence sur le coup des 9h, quand je sors de la douche.
- Tu as remarque quelque chose d'etrange ces derniers temps avec ta douche ?
- Tu voudrais dire que...?
- Pourquoi pas ? Pas plus improbable que l'intoxication alimentaire...
- Tu as raison. Je vais me laisser un mot pour faire verifier l'eau. Apres ma douche, je m'habille et m'apprete a monter travailler dans mon atelier. Dans le salon, la television est allumee sur une chaine d'information. C'est la que je découvre qu'on est dimanche 2 novembre et non pas mercredi 22 octobre. Ca me fait un choc. Je reste une heure devant mon televiseur a le voir sans le regarder. Une fois que je me suis un peu ressaisi, je sors prendre l'air. J'appelle Xavier pour dejeuner avec lui.
- Xavier ?
- Mon meilleur ami. J'avais besoin de parler de ce qui m'arrivait a quelqu'un. Je fais ensuite un saut au Musee d'Orsay pour un peu plus d'une heure, histoire de penser a autre chose et retrouve Xavier sur le Pont des Arts, muni d'une baguette, d'un bloc de paté de foie, de tomates - avec le sel qui va avec pour faire des tomates a la croque sel - et d'un Cru Bourgeois du Médoc.
- Mon salaud. Tu m'as dit que t'avais juste pris un sandwich.
- Bein oui. Et un peu de vin... Et donc j'explique a Xavier ce qu'il m'arrive. Il a l'air de prendre ca au serieux. Du moins apres s'etre moque de moi pendant une demie heure.
- Vivent les amis.
- Mais il ne m'a pas été vraiment d'un grand secours. Il m'avoue qu'il comptait venir me voir parce que cela faisait quelques jours que je ne repondais pas a ses messages. On se separe et il me promet qu'il me rappellera regulierement pour verifier que tout va bien. Je flane un peu dans les rues de Paris, l'appareil photo sous le bras. Je remonte jusqu'au Jardin des Tuileries, déambule le long de Montorgueil, teste ma virilité dans le Marais, m'octroie une pause sur l'Ile de la Cité en regrettant qu'il ne fasse pas trente degrés pour me laisser tenter par une glace Berthillon, apres quoi je me perds dans les ruelles autour de St Michel histoire de me sentir plus jeune et puis je rentre chez moi un peu avant 17 heures. Je décide d'aller directement faire un saut dans mon atelier au septieme, histoire de parcourir les photos du jour. C'est la que je tombe sur les photos qu'Eva vous a montrées un peu plus tot, ainsi que sur le mot qu'elle m'a laissé avec son numéro de téléphone. Je dois avouer qu'a ce moment je suis intrigué. Visiblement, quelqu'un d'autre est au courant de ma condition, quelqu'un que je ne connais pas. Poussé par la curiosité et le désir de comprendre, je t'appelle. Je crois que notre communication a du paraitre surréaliste a tous les deux.
- Tu m'étonnes. Ca a donné un truc du genre "- Bonjour, Eva ? - Oui. Gérard ? - Oui. Qui etes vous ? - Et vous ?"
- On a compris assez vite qu'on avait le meme probleme et qu'il serait intéressant de se rencontrer. Je t'ai donné rendez vous chez moi et te voici.
- Voila. Je ne sais pas si ca vous aide a vous souvenir, mais ce serait bien que vous fassiez un petit effort. Nous, on va essayer de notre coté de trouver le pourquoi du comment. Le premier qui trouve previent les autres, OK ?
- Qu'est ce qu'on peut vous dire d'autre ?

BIP... BIP... BIP...

- C'est ton téléphone, Eva ?

BIP... BIP... BIP...

- Oui. Attends... Ah ! Le voila. Qu'est ce qu'il me veut encore celui la ? Allo, Marc ?... Oui ca va. Tu m'appelles pourquoi ?... Non, je peux pas te voir, la... Demain non plus. C'est assez compliqué... T'as qu'a me le dire par téléphone, ca ira plus vite... QUOI ?!?
- T'as raccroché ? Qu'est ce qui se passe. Quelque chose de grave ?
- C'était mon ex... il vient de m'annoncer qu'il allait se marier..."

Pendant tout le film, j'ai tenu la main d'Eva, comme si en unissant nos forces de la sorte nous allions nous remémorer. Elle ne la pas retirée. Tout a coup, je la sens se blottir contre moi, les yeux prets a pleurer.

- Gérard, qu'est ce qui nous arrive ? Ca ne peut pas etre vrai. Ca ne sert a rien tout ca. On ne va jamais y arriver. Ca fait deux semaines ! Deux semaines ! Et on n'avance pas. Je ne me souviens meme pas de... ça.

Je ne sais comment la consoler, surtout que je suis aussi perdu qu'elle. Alors je l'embrasse.

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