Je me réveille chez Eva. Nous sommes dans son salon, elle est blottie contre moi. Je me souviens. Je me souviens ! JE ME SOUVIENS !!! Je me leve. Elle dort encore. Je fouille dans sa cuisine pour trouver de quoi préparer un petit déjeuner. Je trouve un plateau. Ce matin, ce sera petit-déjeuner au lit pour Madame.
L'odeur des tartines grillées que je fais passer sous son nez la sort peu a peu de son sommeil. Elle ouvre les yeux tout doucement.
- Bonjour, Eva.
- Bonjour...
- Je me souviens !
- Qui...??? Qui etes vous ?
Sunday, January 11, 2009
Saturday, January 10, 2009
33 - Doute
Je laisse Gérard se familiariser avec le clic-clac du salon et vais rejoindre mon lit, tout en me sachant absolument incapable de dormir. Il faut que ca marche. Nous devons nous souvenir.
A deux heures du matin, je me réveille. Combien de temps ai je dormi ? Etait ce juste une sieste ? Je me leve, vais boire un verre d'eau dans la salle de bain et retourne m'asseoir sur mon lit. Est ce que Gérard est toujours dans le salon ? Ce serait bien s'il pouvait ne pas y etre. S'il pouvait tout simplement ne pas exister. Que tout ne soit qu'un affreux cauchemar.
Je me faufile dans le salon. Il est la. Il dort. Je me glisse sous les draps tout contre lui. J'ai besoin de quelqu'un pour me rassurer. Je n'ai que lui sous la main. Nous passons la nuit ainsi, l'un contre l'autre, sans pouvoir fermer l'oeil. De temps en temps je me retourne et je le vois qui fixe le plafond. Nous comptons les secondes.
- Tu dors ?
- Et toi ?
- J'ai peur.
- Ca va bien se passer.
- Tu dis ca a chaque fois.
- Tu t'en souviens ?
- Non, mais j'imagine. C'est toi l'homme et moi la femme. C'est a toi de mentir.
- Tu vas voir. Je te promets que l'on va se souvenir.
- Ta promesse, soit tu ne la tiens pas, mais on ne s'en souvient pas, soit on s'en souvient et ca veut dire que tu la tiens. Tu ne prends pas trop de risque.
- Je sais. Mais qu'est ce que tu veux que je te dise ? Qu'on va passer le reste de notre vie a ne pas se souvenir ?
- Non. T'as raison. Il vaut mieux ne rien dire.
Je me blottis contre lui. Je regarde la table basse du salon sur laquelle nous avons laissé toutes nos notes de la soirée. Et je me demande de quoi demain sera fait. Gérard continue de fixer le plafond. Les minutes passent.
- Gérard, tu dors ?
- Toujours pas. Toi ?
- Je ne trouve pas le sommeil. J'ai trop peur de me reveiller dans les bras d'un étranger.
- Qui ca ? Moi ?
- Qui veux tu d'autre ?
- Ne dis pas n'importe quoi...
- Tu penses qu'on devrait noter quelque part qu'on a toujours notre mémoire a quatre heures du matin ?
- Bonne idée.
Il se leve, allumne la lumiere, gribouille quelques notes eteind la lumiere et retourne se coucher contre moi.
- Et maintenant ?
- On continue d'attendre.
A deux heures du matin, je me réveille. Combien de temps ai je dormi ? Etait ce juste une sieste ? Je me leve, vais boire un verre d'eau dans la salle de bain et retourne m'asseoir sur mon lit. Est ce que Gérard est toujours dans le salon ? Ce serait bien s'il pouvait ne pas y etre. S'il pouvait tout simplement ne pas exister. Que tout ne soit qu'un affreux cauchemar.
Je me faufile dans le salon. Il est la. Il dort. Je me glisse sous les draps tout contre lui. J'ai besoin de quelqu'un pour me rassurer. Je n'ai que lui sous la main. Nous passons la nuit ainsi, l'un contre l'autre, sans pouvoir fermer l'oeil. De temps en temps je me retourne et je le vois qui fixe le plafond. Nous comptons les secondes.
- Tu dors ?
- Et toi ?
- J'ai peur.
- Ca va bien se passer.
- Tu dis ca a chaque fois.
- Tu t'en souviens ?
- Non, mais j'imagine. C'est toi l'homme et moi la femme. C'est a toi de mentir.
- Tu vas voir. Je te promets que l'on va se souvenir.
- Ta promesse, soit tu ne la tiens pas, mais on ne s'en souvient pas, soit on s'en souvient et ca veut dire que tu la tiens. Tu ne prends pas trop de risque.
- Je sais. Mais qu'est ce que tu veux que je te dise ? Qu'on va passer le reste de notre vie a ne pas se souvenir ?
- Non. T'as raison. Il vaut mieux ne rien dire.
Je me blottis contre lui. Je regarde la table basse du salon sur laquelle nous avons laissé toutes nos notes de la soirée. Et je me demande de quoi demain sera fait. Gérard continue de fixer le plafond. Les minutes passent.
- Gérard, tu dors ?
- Toujours pas. Toi ?
- Je ne trouve pas le sommeil. J'ai trop peur de me reveiller dans les bras d'un étranger.
- Qui ca ? Moi ?
- Qui veux tu d'autre ?
- Ne dis pas n'importe quoi...
- Tu penses qu'on devrait noter quelque part qu'on a toujours notre mémoire a quatre heures du matin ?
- Bonne idée.
Il se leve, allumne la lumiere, gribouille quelques notes eteind la lumiere et retourne se coucher contre moi.
- Et maintenant ?
- On continue d'attendre.
Wednesday, January 7, 2009
32 - Retour
Je retrouve Gérard chez lui. Il m'ouvre la porte. Je reconnais les lieux du crime. Je m'excuse, je lui explique que je ne me souviens pas de lui. Il dit qu'il sait. Que lui non plus. Lui non plus quoi ? Lui non plus ne se souvient pas de moi. Nous voila a égalité. Il m'explique qu'il a trouvé mon mot avec mon numéro de téléphone et qu'il doit absolument me montrer quelque chose. Il a l'air de bien me connaitre pour quelqu'un qui prétend ne pas se souvenir de moi. Il me montre le film. Les films. C'est dur a encaisser. Deux semaines que nous jouons le meme jeu et que quiconque tire les ficelles ne s'en lasse pas. Il passe en accéléré avec un petit sourire mi-amusé mi-timide. Je nous vois en train de faire l'amour devant la caméra.
Afin de changer de sujet (mais puisque je te dis d'éteindre ça, Gérard !), je lui raconte mon évasion de la veille. Ca le fait rire. C'est toujours ça de gagné. Lui se souvient de s'etre réveillé dans sa cuisine, regarder l'heure - 2h30 heures du matin - se dire qu'il est trop tard ou trop tot pour se trouver la et partir directement se coucher. Quelques metres nous séparaient.
Dans le dernier film, je mentionne des Post It que l'on s'écrit pour ne pas oublier. Gérard me demande si je vois de quoi je parle. Je lui dis que je vois tres bien. Ca a l'air de l'enchanter jusqu'a ce que je lui dise ce que les feuilles sont devenues. Par politesse, il se contente d'un "Ah..." qui dissimule presque le reproche sous-jacent.
Comme a chaque fois depuis un peu plus de deux semaines j'imagine, l'un de nous deux se tente a la question qui vaut des millions : "et maintenant ?" Il manque un verbe et un sujet dans la question, mais nous la comprenons tres bien. Cela ne veut pas dire que nous sachions y répondre.
Je souleve l'idée que ce qui nous arrive est sans doute environnemental. Pardon ? "En-vi-ron-ne-men-tal". On dirait que Gérard se remet difficilement d'un mot a 6 syllabes. Je lui explique ma théorie :
- Nous sommes tous les deux avec un probleme de memoire.
- Nous ne connaissons personne d'autre avec un probleme de memoire (Agathe était désagréable, mais elle avait toute sa tete. Rita était... désagréable aussi, a me reprocher mon comportement de ces derniers jours, donc pas de probleme de mémoire non plus pour elle. En revanche, c'est a se demander si mon amnésie ne rend pas les gens autour de moi désagréables).
- Les six films que nous avons tournés sont pris dans l'appartement de Gérard.
- Notre amnésie d'hier soir a eu lieu a peu de chose pres au meme moment au meme endroit (meme si j'aurais préféré me reveiller dans une cuisine plutot que dans des toilettes..)
J'en déduis que ce qui nous arrive est lié a quelque phénomene étrange qui a lieu ici, dans l'appartement de Gérard. Et que le remede, s'il en existe un, est de quitter cet endroit. Je me vois proposer a Gérard de passer la nuit chez moi. Et nous verrons bien. Si demain nous oublions a nouveau, nous saurons qu'il ne s'agit pas de ca - pour peu que je ne laisse pas trainer nos notes sous la pluie.
Afin de changer de sujet (mais puisque je te dis d'éteindre ça, Gérard !), je lui raconte mon évasion de la veille. Ca le fait rire. C'est toujours ça de gagné. Lui se souvient de s'etre réveillé dans sa cuisine, regarder l'heure - 2h30 heures du matin - se dire qu'il est trop tard ou trop tot pour se trouver la et partir directement se coucher. Quelques metres nous séparaient.
Dans le dernier film, je mentionne des Post It que l'on s'écrit pour ne pas oublier. Gérard me demande si je vois de quoi je parle. Je lui dis que je vois tres bien. Ca a l'air de l'enchanter jusqu'a ce que je lui dise ce que les feuilles sont devenues. Par politesse, il se contente d'un "Ah..." qui dissimule presque le reproche sous-jacent.
Comme a chaque fois depuis un peu plus de deux semaines j'imagine, l'un de nous deux se tente a la question qui vaut des millions : "et maintenant ?" Il manque un verbe et un sujet dans la question, mais nous la comprenons tres bien. Cela ne veut pas dire que nous sachions y répondre.
Je souleve l'idée que ce qui nous arrive est sans doute environnemental. Pardon ? "En-vi-ron-ne-men-tal". On dirait que Gérard se remet difficilement d'un mot a 6 syllabes. Je lui explique ma théorie :
- Nous sommes tous les deux avec un probleme de memoire.
- Nous ne connaissons personne d'autre avec un probleme de memoire (Agathe était désagréable, mais elle avait toute sa tete. Rita était... désagréable aussi, a me reprocher mon comportement de ces derniers jours, donc pas de probleme de mémoire non plus pour elle. En revanche, c'est a se demander si mon amnésie ne rend pas les gens autour de moi désagréables).
- Les six films que nous avons tournés sont pris dans l'appartement de Gérard.
- Notre amnésie d'hier soir a eu lieu a peu de chose pres au meme moment au meme endroit (meme si j'aurais préféré me reveiller dans une cuisine plutot que dans des toilettes..)
J'en déduis que ce qui nous arrive est lié a quelque phénomene étrange qui a lieu ici, dans l'appartement de Gérard. Et que le remede, s'il en existe un, est de quitter cet endroit. Je me vois proposer a Gérard de passer la nuit chez moi. Et nous verrons bien. Si demain nous oublions a nouveau, nous saurons qu'il ne s'agit pas de ca - pour peu que je ne laisse pas trainer nos notes sous la pluie.
Monday, January 5, 2009
31 - Repos
Je n'ai jamais ete aussi contente de rentrer chez moi. Avec une certaine apprehension plutot fondee, je jette un oeil dans le miroir de ma salle de bain pour confirmer ce que je pressentais : j'ai la tete des (tres) mauvais jours. Mes cernes laissent a penser que mon mari, meme si virtuel, passe son temps a me battre. Mon maquillage coule le long des joues telle une riviere boueuse un jour de mousson en Thailande et je ne parle pas des cheveux, sinon je sens que je vais sombrer dans la depression.
Dans ce genre de situation, je ne vois que le duo de choc Bain/Sommeil pour me sentir un peu mieux.
Dix heures plus tard, je me reveille, l'esprit un peu plus clair. Et je me rappelle : les toilettes, le Petit Prince, mon mot, la fuite, la pluie, le taxi, les feuilles aussi trempée que moi et cette envie profonde de ne pas etre moi, ici et maintenant mais plutot n'importe qui d'autre, n'importe quand, n'importe ou.
Je sais qu'il est quinze heure, mais j'appelle quand meme Agathe pour lui dire que je ne viendrai pas aujourd'hui au bureau. Que je ne me sens pas bien. Que j'ai besoin de repos.
- Tu te fous de moi ??? Ecoute ma grande. C'est la derniere fois que je te couvre. Apres ca, je ne reponds plus de la Guislaine. Alors t'as vraiment interet a nous revenir fraiche et dispo lundi sinon...
J'entends des bruits étranges, comme si Agathe s'étouffait - sans doute sa façon de me dire que je ne préfere pas savoir ce qui se passerait sinon - puis elle me raccroche au nez.
Lundi ? Je n'en demandais pas tant. Ca me laisse... a moins que ?...
En regardant la date sur mon téléphone je rajoute mentalement une nouvelle ligne sur ma liste des interrogations existentielles - d'une longueur inquietante depuis 24 heures - : qu'est ce que j'ai bien pu faire cette derniere quinzaine ? Si j'interprete correctement la date sur mon portable, voila que je me retrouve en effet avec une amnésie de deux semaines !
Mon portable m'apprend également que Gérard a essayé de m'appeler ce matin. Douze fois. Insistant le Gérard. Au fait... qui est Gérard ? Et que fait il dans mon répertoire ? Il faut croire que ma la liste de questions ne fait que commencer... J'écoute ses messages. Ils sont tous plus ou moins similaires : il faut que j'aille le retrouver chez lui. C'est important. Tiens, c'est marrant, quand il me donne son adresse, j'ai enfin la premiere réponse a l'une de mes questions : a qui appartiennent les toilettes dans lesquelles je me suis reveillée hier soir.
Dans mon salon, je retrouve les feuilles que j'avais étalées sur la moquette en rentrant dans la nuit. Celles avec ma prose. Je nourrissais l'espoir qu'en séchant, mon écriture devienne lisible. Completement utopique. Completement illisible.
Que me reste-t'il pour comprendre ? Gérard.
Dans ce genre de situation, je ne vois que le duo de choc Bain/Sommeil pour me sentir un peu mieux.
Dix heures plus tard, je me reveille, l'esprit un peu plus clair. Et je me rappelle : les toilettes, le Petit Prince, mon mot, la fuite, la pluie, le taxi, les feuilles aussi trempée que moi et cette envie profonde de ne pas etre moi, ici et maintenant mais plutot n'importe qui d'autre, n'importe quand, n'importe ou.
Je sais qu'il est quinze heure, mais j'appelle quand meme Agathe pour lui dire que je ne viendrai pas aujourd'hui au bureau. Que je ne me sens pas bien. Que j'ai besoin de repos.
- Tu te fous de moi ??? Ecoute ma grande. C'est la derniere fois que je te couvre. Apres ca, je ne reponds plus de la Guislaine. Alors t'as vraiment interet a nous revenir fraiche et dispo lundi sinon...
J'entends des bruits étranges, comme si Agathe s'étouffait - sans doute sa façon de me dire que je ne préfere pas savoir ce qui se passerait sinon - puis elle me raccroche au nez.
Lundi ? Je n'en demandais pas tant. Ca me laisse... a moins que ?...
En regardant la date sur mon téléphone je rajoute mentalement une nouvelle ligne sur ma liste des interrogations existentielles - d'une longueur inquietante depuis 24 heures - : qu'est ce que j'ai bien pu faire cette derniere quinzaine ? Si j'interprete correctement la date sur mon portable, voila que je me retrouve en effet avec une amnésie de deux semaines !
Mon portable m'apprend également que Gérard a essayé de m'appeler ce matin. Douze fois. Insistant le Gérard. Au fait... qui est Gérard ? Et que fait il dans mon répertoire ? Il faut croire que ma la liste de questions ne fait que commencer... J'écoute ses messages. Ils sont tous plus ou moins similaires : il faut que j'aille le retrouver chez lui. C'est important. Tiens, c'est marrant, quand il me donne son adresse, j'ai enfin la premiere réponse a l'une de mes questions : a qui appartiennent les toilettes dans lesquelles je me suis reveillée hier soir.
Dans mon salon, je retrouve les feuilles que j'avais étalées sur la moquette en rentrant dans la nuit. Celles avec ma prose. Je nourrissais l'espoir qu'en séchant, mon écriture devienne lisible. Completement utopique. Completement illisible.
Que me reste-t'il pour comprendre ? Gérard.
Sunday, January 4, 2009
30 - Fuite
J'arrive dans le salon de l'appartement. J'ai trop peur d'allumer. Heureusement, quelques bougies finissent de se consumer sur la table, diffusant assez de lumiere pour m'aider dans ma fuite. Je n'ai jamais mis les pieds en ces lieux. Je ne reconnais rien. Ni ce grand salon, ni la cuisine américaine au fond, ni meme ce lustre immense pendu au dessus de ma tete. Les volets sont tirés. Impossible de savoir ou je suis, sinon a Paris a en juger par l'aspect des lieux : meubles Ikea, haut plafond, frise sur le mur, grandes fenetres...
J'ai l'agréable surprise de trouver mon sac et mes chaussures a l'entrée. J'enfile les unes et attrappe l'autre, a l'intérieur duquel ma montre indique 3h15 du matin. Alors que je m'apprete a me glisser au dehors, je m'arrete. Je ne peux pas partir comme ca. La curiosité est trop forte. Il faut que je sache. Sur la table du salon, j'avais repéré un bloc-note et des stylos. Je fais demi tour.
Je me saisis du bloc-note et dechire une page vierge pour laisser ces quelques mots : "MERCI DE ME RAPPELER. EVA", avec mon numéro de téléphone. Je laisse le message bien en évidence par dessus les autres feuilles qui se trouvent la. Quelque chose attire mon attention. On dirait mon écriture. Mais... mais... mais C'EST mon écriture.
A la lueur des trois bougies qui survivent, je dechiffre un titre sur la premiere page : "Journee du 6 novembre 2008". 6 novembre ?!? Entre le 5 et le 7 novembre ? Qu'est ce que j'ai bu quand j'ai écrit ça ? Le 6 novembre c'est dans deux semaines. N'est ce pas ? Je n'y comprends rien, mais ce n'est pas grave, j'embarque. Je mets toutes les feuilles dans mon sac. A tete reposée, chez moi, j'aurais tout le temps de lire et de comprendre. Pour le moment, ce qui compte, c'est de sortir d'ici.
Je m'execute. En fermant la porte derriere moi le plus délicatement possible, je me dis que je suis une idiote. J'aurais pu au moins fouiller un peu l'appartement pour trouver une photo, savoir chez qui j'avais atterri... mais bien sur, c'est ce que je me dis a peu pres trois milli-secondes apres avoir entendu le clic definitif de la porte. J'hésite : est ce que je sonne ?
Je me retrouve dans la rue sous des trombes d'eau a 3h30 du matin. La regle d'or veut que dans ces cas la, le temps d'attente standard - sans aucun doute homologué par l'Alliance de tous les Taxis de Paris - soit d'au moins une demie heure avant qu'un taxi ne pointe le bout de son nez. Cette fois ne fait pas exception : j'arrive a attirer l'attention de l'un d'eux apres trois quart d'heure (il a du vouloir rajouter le quart d'heure de politesse. C'est trop aimable. Fallait pas...non, non, j'insiste, fallait vraiment pas...). Entre temps, j'ai bien eu le temps de noter l'adresse, on ne sait jamais. Ca peut toujours servir. C'est dans le 5e. Mais qu'est ce que je pouvais bien faire de ce cote de la Seine ?
Me voila trempée de la tete aux pieds, grelottante, frissonnante. Si je rajoute a cela le fait que je ne sais pas comment je me suis retrouvée a 3h du matin dans les toilettes d'un inconnu, que mon chauffeur de taxi ne parle pas vraiment français et qu'il persiste a me faire écouter de la musique alternative - ou quelque chose d'alternatif a ce que l'on pourrait qualifier de "musique" - je pense alors pouvoir dire sans me tromper que j'ai connu des heures meilleures.
Je me console dans le trajet en me disant que je vais pouvoir lire ce que j'ai écrit. Et peut etre ainsi commencer a comprendre. La fameuse loi de Murphy - aussi connue sous le doux nom de "Loi de l'emmerdement maximum", celle qui insiste pour qu'un malheur n'arrive jamais seul et qui persiste a toujours faire tomber la tartine du coté beurré - en a voulu autrement. Toutes les feuilles récupérées chez mon inconnu, prometteuses d'explications salvatrices, sont devenues illisibles. La pluie a infiltré mon sac et trempé toutes les affaires qui se trouvaient dedans. Toutes.
Sinon, a part ca, tout va bien.
J'ai l'agréable surprise de trouver mon sac et mes chaussures a l'entrée. J'enfile les unes et attrappe l'autre, a l'intérieur duquel ma montre indique 3h15 du matin. Alors que je m'apprete a me glisser au dehors, je m'arrete. Je ne peux pas partir comme ca. La curiosité est trop forte. Il faut que je sache. Sur la table du salon, j'avais repéré un bloc-note et des stylos. Je fais demi tour.
Je me saisis du bloc-note et dechire une page vierge pour laisser ces quelques mots : "MERCI DE ME RAPPELER. EVA", avec mon numéro de téléphone. Je laisse le message bien en évidence par dessus les autres feuilles qui se trouvent la. Quelque chose attire mon attention. On dirait mon écriture. Mais... mais... mais C'EST mon écriture.
A la lueur des trois bougies qui survivent, je dechiffre un titre sur la premiere page : "Journee du 6 novembre 2008". 6 novembre ?!? Entre le 5 et le 7 novembre ? Qu'est ce que j'ai bu quand j'ai écrit ça ? Le 6 novembre c'est dans deux semaines. N'est ce pas ? Je n'y comprends rien, mais ce n'est pas grave, j'embarque. Je mets toutes les feuilles dans mon sac. A tete reposée, chez moi, j'aurais tout le temps de lire et de comprendre. Pour le moment, ce qui compte, c'est de sortir d'ici.
Je m'execute. En fermant la porte derriere moi le plus délicatement possible, je me dis que je suis une idiote. J'aurais pu au moins fouiller un peu l'appartement pour trouver une photo, savoir chez qui j'avais atterri... mais bien sur, c'est ce que je me dis a peu pres trois milli-secondes apres avoir entendu le clic definitif de la porte. J'hésite : est ce que je sonne ?
Je me retrouve dans la rue sous des trombes d'eau a 3h30 du matin. La regle d'or veut que dans ces cas la, le temps d'attente standard - sans aucun doute homologué par l'Alliance de tous les Taxis de Paris - soit d'au moins une demie heure avant qu'un taxi ne pointe le bout de son nez. Cette fois ne fait pas exception : j'arrive a attirer l'attention de l'un d'eux apres trois quart d'heure (il a du vouloir rajouter le quart d'heure de politesse. C'est trop aimable. Fallait pas...non, non, j'insiste, fallait vraiment pas...). Entre temps, j'ai bien eu le temps de noter l'adresse, on ne sait jamais. Ca peut toujours servir. C'est dans le 5e. Mais qu'est ce que je pouvais bien faire de ce cote de la Seine ?
Me voila trempée de la tete aux pieds, grelottante, frissonnante. Si je rajoute a cela le fait que je ne sais pas comment je me suis retrouvée a 3h du matin dans les toilettes d'un inconnu, que mon chauffeur de taxi ne parle pas vraiment français et qu'il persiste a me faire écouter de la musique alternative - ou quelque chose d'alternatif a ce que l'on pourrait qualifier de "musique" - je pense alors pouvoir dire sans me tromper que j'ai connu des heures meilleures.
Je me console dans le trajet en me disant que je vais pouvoir lire ce que j'ai écrit. Et peut etre ainsi commencer a comprendre. La fameuse loi de Murphy - aussi connue sous le doux nom de "Loi de l'emmerdement maximum", celle qui insiste pour qu'un malheur n'arrive jamais seul et qui persiste a toujours faire tomber la tartine du coté beurré - en a voulu autrement. Toutes les feuilles récupérées chez mon inconnu, prometteuses d'explications salvatrices, sont devenues illisibles. La pluie a infiltré mon sac et trempé toutes les affaires qui se trouvaient dedans. Toutes.
Sinon, a part ca, tout va bien.
Saturday, January 3, 2009
29 - Toilettes
Je me réveille sur la cuvette de toilettes qui me sont inconnues. Si jamais il existe des situations plus embarassantes, je ne souhaite pas les connaitre. Je me sens étrange, ailleurs. Ou suis je ? Quelle heure est il ? Qu'est ce que je fais la ? Et pieds nus ? Est ce que j'ai fini mon affaire ? J'essaie de me rappeler. En vain.
Autour de moi, cela ressemble aux toilettes privées d'une personne de sexe masculin. La version propre. Quelques Inrock', Studio et autres Telerama recouvrent deux FHM sur la table basse a droite du chiotte sur lequel je sied confortablement depuis un certain temps déja, si j'en crois les fourmis qui paralysent intégralement mes pieds. De l'autre coté, je peux contempler une mini-bibliotheque avec des classiques de la littérature française, de Sartre a Camus en passant par Hugo ou Flaubert. Sans doute pour les (tres) longs moments de solitudes.
J'entends du mouvement a l'extérieur. Quelqu'un marche sur du parquet. Qui ? Je panique. Qu'est ce que je suis sensée faire ? Je vérifie que le verrou est bien tourné, éteins la lumiere, fais le moins de bruit possible et prie pour ne pas etre repérée.
Les pas se rapprochent. Leur écho me fait penser que derriere la porte se trouve un couloir et dans ce couloir, un inconnu que je n'ai pas envie de rencontrer. La personne - il ou elle - marche calmement, arrive au niveau des toilettes et... les dépasse sans y préter attention. Le faible filet de lumiere venu de l'extérieur qui encadre "ma" porte disparait. J'entends une autre porte s'ouvrir et se refermer. Je respire a nouveau.
Par la petite lucarne au dessus de ma tete, je peux voir un bout de ciel. Celui ci est un peu plus sombre que la traditionnelle grisaille parisienne. J'en deduis que c'est la nuit. Et bien sur, il pleut. Je dirais que la personne que j'ai entendue est partie se coucher sans chercher a se soulager auparavant. Un homme, sans aucun doute. Je n'ose toujours pas émettre le moindre son de peur d'etre repérée. Je reste ainsi dix minutes dans la pénombre. Dix longues minutes. Finalement je rallume la lumiere, mais je ne bouge toujours pas. Mon plan consiste a attendre que mon hote s'endorme pour lui fausser compagnie en silence.
Plus le temps passe, plus mon plan me parait bancal. Si je suis chez quelqu'un, il y a de fortes chances pour qu'il sache que j'occupe ses toilettes. Et qu'il attende que j'en sorte. D'un autre coté, s'il s'endort, c'est que je ne lui suis pas indispensable, je peux donc me raccrocher au plan. En revanche, s'il s'inquiete du temps que je passe aux toilettes, j'aurais l'air ridicule, mais je pourrais prétendre qu'il ne fallait pas installer une bibliotheque ici... et improviser.
Il faut croire que je ne lui manque pas. Je viens de laisser s'écouler ce que j'estime etre une petite heure (je n'ai ni ma montre sur moi, ni mon téléphone portable, ce qui n'est pas fait pour me rassurer), sans entendre le moindre bruit. Juste le temps pour moi de relire le Petit Prince pour la énieme fois dans une position plutot inconfortable : assise sur la cuvette, le doigt pret a bondir pour appuyer sur l'interrupteur au moindre bruit suspect.
Maintenant que le Petit Prince a rencontré le serpent, c'est a mon tour d'affronter mon destin. Je suis prete. Je pense qu'il est temps désormais. Il est temps de découvrir le monde extérieur ! Mais d'abord, se lever et retrouver des sensations dans les jambes. Et surtout - oui surtout - penser a ne pas avoir le stupide reflexe (et je pese mes mots)... de tirer la chasse d'eau.
Je prends mon courage a deux mains et la poignée de la porte d'une seule. Je concentre toute mon attention pour ne pas la faire grincer. Tout doucement. La. C'est bon. Je me retrouve dans ce qui pourrait etre un couloir. Difficile a dire dans l'obscurité. Les pas se sont dirigés vers la droite. Je tourne a gauche, a tatons et au ralenti, en espérant ne pas trébucher sur un obstacle.
Autour de moi, cela ressemble aux toilettes privées d'une personne de sexe masculin. La version propre. Quelques Inrock', Studio et autres Telerama recouvrent deux FHM sur la table basse a droite du chiotte sur lequel je sied confortablement depuis un certain temps déja, si j'en crois les fourmis qui paralysent intégralement mes pieds. De l'autre coté, je peux contempler une mini-bibliotheque avec des classiques de la littérature française, de Sartre a Camus en passant par Hugo ou Flaubert. Sans doute pour les (tres) longs moments de solitudes.
J'entends du mouvement a l'extérieur. Quelqu'un marche sur du parquet. Qui ? Je panique. Qu'est ce que je suis sensée faire ? Je vérifie que le verrou est bien tourné, éteins la lumiere, fais le moins de bruit possible et prie pour ne pas etre repérée.
Les pas se rapprochent. Leur écho me fait penser que derriere la porte se trouve un couloir et dans ce couloir, un inconnu que je n'ai pas envie de rencontrer. La personne - il ou elle - marche calmement, arrive au niveau des toilettes et... les dépasse sans y préter attention. Le faible filet de lumiere venu de l'extérieur qui encadre "ma" porte disparait. J'entends une autre porte s'ouvrir et se refermer. Je respire a nouveau.
Par la petite lucarne au dessus de ma tete, je peux voir un bout de ciel. Celui ci est un peu plus sombre que la traditionnelle grisaille parisienne. J'en deduis que c'est la nuit. Et bien sur, il pleut. Je dirais que la personne que j'ai entendue est partie se coucher sans chercher a se soulager auparavant. Un homme, sans aucun doute. Je n'ose toujours pas émettre le moindre son de peur d'etre repérée. Je reste ainsi dix minutes dans la pénombre. Dix longues minutes. Finalement je rallume la lumiere, mais je ne bouge toujours pas. Mon plan consiste a attendre que mon hote s'endorme pour lui fausser compagnie en silence.
Plus le temps passe, plus mon plan me parait bancal. Si je suis chez quelqu'un, il y a de fortes chances pour qu'il sache que j'occupe ses toilettes. Et qu'il attende que j'en sorte. D'un autre coté, s'il s'endort, c'est que je ne lui suis pas indispensable, je peux donc me raccrocher au plan. En revanche, s'il s'inquiete du temps que je passe aux toilettes, j'aurais l'air ridicule, mais je pourrais prétendre qu'il ne fallait pas installer une bibliotheque ici... et improviser.
Il faut croire que je ne lui manque pas. Je viens de laisser s'écouler ce que j'estime etre une petite heure (je n'ai ni ma montre sur moi, ni mon téléphone portable, ce qui n'est pas fait pour me rassurer), sans entendre le moindre bruit. Juste le temps pour moi de relire le Petit Prince pour la énieme fois dans une position plutot inconfortable : assise sur la cuvette, le doigt pret a bondir pour appuyer sur l'interrupteur au moindre bruit suspect.
Maintenant que le Petit Prince a rencontré le serpent, c'est a mon tour d'affronter mon destin. Je suis prete. Je pense qu'il est temps désormais. Il est temps de découvrir le monde extérieur ! Mais d'abord, se lever et retrouver des sensations dans les jambes. Et surtout - oui surtout - penser a ne pas avoir le stupide reflexe (et je pese mes mots)... de tirer la chasse d'eau.
Je prends mon courage a deux mains et la poignée de la porte d'une seule. Je concentre toute mon attention pour ne pas la faire grincer. Tout doucement. La. C'est bon. Je me retrouve dans ce qui pourrait etre un couloir. Difficile a dire dans l'obscurité. Les pas se sont dirigés vers la droite. Je tourne a gauche, a tatons et au ralenti, en espérant ne pas trébucher sur un obstacle.
28 - Nuit blanche
Je m'entends encore proposer a Eva de passer une nuit blanche chez moi, tous les deux, a se raconter nos vies dans le blanc des yeux. Si on ne se quitte pas, je ne vois pas comment on peut s'oublier. Ca a le mérite de lui remonter le moral. Elle partage mon optimisme de façade. Je me demande si on l'a déja fait : passer une nuit blanche ensemble. Je fais preuve d'un argumentaire remarquable pour la convaincre que non, que c'est la premiere - et ultime - tentative, tout en essayant de me convaincre moi aussi par la meme occasion.
Une longue nuit nous tend les bras. Avec Eva pour m'accompagner tout du long, je devrais m'attendre a me sentir le plus heureux des hommes. Au lieu de quoi, j'ai ces petites boules d'angoisse coincées un petit peu partout ou les boules d'angoisse ont l'habitude de se loger. Et si demain tout recommençait de zéro ? Et si... ? J'aborre les "si..." Surtout ceux-ci.
Pendant qu'Eva nous monte la table, je m'attaque au diner. On s'est mis d'accord : quitte a passer une nuit blanche, autant essayer de la rendre plaisante. Jouons le grand jeu. Soyons romantiques. Elle me rejoint dans la cuisine, nous flirtons. La salade prete, oubliant les accords mets - vins, je sors un Pauillac de ma cave a vins et nous nous rendons dans le salon, ou la table nous attend.
Eva a plié les serviettes... en forme de cygnes !
Le temps de me remettre de ma stupeur (quelle genre de personne apprend a faire des cygnes avec des serviettes ??? J'adore !), de baisser la lumiere, d'allumer les bougies et de mettre du Cafe del Mar en fond sonore et nous voici comme prévu : les yeux dans les yeux. Il m'est facile de me sentir a l'aise en sa présence. J'ai confiance en elle que je ne connais pas. Plus. Pas encore. Pas vraiment. Je sais juste que l'on partage quelque chose de fort.
Alors que nous nous racontons des anecdotes sur notre enfance, - peut etre pour nous convaincre que nous avons un passé dont nous nous souvenons - les petites boules d'angoisse se dissipent. Je crois que c'est la premiere fois que, dans la meme journée, je fais l'amour a une femme et que j'apprends a la connaitre... apres.
Et puis on parle de la pluie et beau temps. Sauf que, a part pour le temps d'aujourd'hui, le sujet est vite épuisé. Difficile de comparer avec les orages de la semaine derniere, la grisaille d'hier ou la pluie de lundi quand on ne s'en souvient pas - meme si, habitant Paris, nous avons une bonne idée globale du genre de temps qu'il a du faire...
Alors nous enchainons sur la politique. Mais la, le meme probleme se pose a nous. Obama Président, ca vous tient en haleine au comptoire du café d'en bas quand vous suivez les coups bas de chaque candidat pendant les semaines qui précedent l'élection. Connaitre le vainqueur, au fond, tout le monde s'en fiche. L'important c'est la course. Nous avons raté tout le croustillant qui donne sujet a discussion.
Eva pointe vers ma chaine Hifi et me demande qui joue. Je le lui dis. Sans la moindre retenue, mais avec un gout d'expert, elle me dit que... comment dit elle déja ? Ah oui... elle me dit que "c'est de la merde". Ca me fait rire. Je ne peux qu'acquiescer. C'est ce qu'on appelle de la musique pour ne pas écouter... je me leve et remplace Café del Mar par Armstrong. Elle ne peut pas ne pas aimer... elle a l'air satisfaite.
J'apprends qu'Eva et moi partageons un gout prononcé pour les voyages. Apres une énumération laborieuse (n'oublions pas que nous avons toute la nuit) nous en arrivons a la conclusion suivante : 53 a 46. Elle gagne. Pour la rattraper, je lui dis que j'adorerais visiter certains pays avec elle...au hasard, ceux qu'elle a déja vus et qui me sont encore inconnus. Cela implique que l'on puisse établir des projets sur plus de 24 heures. Post It.
C'est Eva qui a eu l'idée des Post It. Cette nuit, nous allons tout noter. Ce qu'il faut retenir, ce qu'on a fait, ce qu'on ferait, ce dont on se souvient, ce qu'il faut vérifier, ce a quoi l'on pense. Tout ce qui nous passe par la tete, tant qu'on en a encore une. Nous ferons une copie pour l'autre avant de se quitter demain matin. Chacun son pense-bete.
Nous comparons nos anecdotes de voyages et nous amusons des expériences vécues similaires : la non prédictibilité des temps de transport au Laos, la conduite inconsciente des vietnamiens, le mango-sticky rice en Thailande, les crachats permanents des chinois, le "No worries" des australiens et leur Vegemite immonde, les paysages du Seigneur des Anneaux a vous couper le souffle en Nouvelle-Zelande. La meme chose en mieux en Patagonie. La beauté du tango, de la Boca, des steacks et de la population locale (fille ou garcon) en Argentine, le pisco Sour au Chili, la Caipirinha, Iguazu et les Churrasquerias au Brésil, le sentiment d'etre peu de chose au coeur du Salar d'Uyuni en Bolivie, les marches, les marches et les marches pour grimper le Machu Pichu au Pérou, les rabateurs et les langoustes a Cuba, les temples Incas au Mexique, les americains aux Etats Unis, les décevantes chutes du Niagara - aussi bien canadiennes qu'americaines, les dangers de Johannesburg, la variété des paysages désertiques namibiens, ou encore la chance d'etre Européen et de pouvoir aller dans une cinquantaine (soixantaine ? Plus ?) de pays a moins de trois heures de vol ou que l'on se trouve.
Il faut vraiment que l'on voyage ensemble. Je lui explique que je ne peux pas voyager sans un livre, n'importe lequel, pourvu que j'aie de quoi nourir mes yeux. Quitte a échanger mon livre contre n'importe lequel avec le premier inconnu venu. Elle me demande ce que je suis en train de lire. Je commence a lui raconter Hypérion de Dan Simmons. L'histoire de ces sept pélerins réunis pour rencontrer le gritche, un monstre d'acier menaçant. Je m'arrete de raconter Hypérion quand je me souviens de ce qui arrive a Rachel, la fille de Sol. Prise dans les marées anenthropiques, Rachel avance a reculons dans le temps et rajeunit d'un jour toutes les 24 heures avec la mémoire diminuée de son age tronqué. J'épargne a Eva ce détail.
Comme nous avançons au coeur de la nuit, nous commençons a vraiment nous connaitre. A vraiment nous plaire. Pour nous tenir éveillés, je ne vois alors qu'une seule chose a faire que je propose a Eva. Elle accepte avec plaisir...
Une longue nuit nous tend les bras. Avec Eva pour m'accompagner tout du long, je devrais m'attendre a me sentir le plus heureux des hommes. Au lieu de quoi, j'ai ces petites boules d'angoisse coincées un petit peu partout ou les boules d'angoisse ont l'habitude de se loger. Et si demain tout recommençait de zéro ? Et si... ? J'aborre les "si..." Surtout ceux-ci.
Pendant qu'Eva nous monte la table, je m'attaque au diner. On s'est mis d'accord : quitte a passer une nuit blanche, autant essayer de la rendre plaisante. Jouons le grand jeu. Soyons romantiques. Elle me rejoint dans la cuisine, nous flirtons. La salade prete, oubliant les accords mets - vins, je sors un Pauillac de ma cave a vins et nous nous rendons dans le salon, ou la table nous attend.
Eva a plié les serviettes... en forme de cygnes !
Le temps de me remettre de ma stupeur (quelle genre de personne apprend a faire des cygnes avec des serviettes ??? J'adore !), de baisser la lumiere, d'allumer les bougies et de mettre du Cafe del Mar en fond sonore et nous voici comme prévu : les yeux dans les yeux. Il m'est facile de me sentir a l'aise en sa présence. J'ai confiance en elle que je ne connais pas. Plus. Pas encore. Pas vraiment. Je sais juste que l'on partage quelque chose de fort.
Alors que nous nous racontons des anecdotes sur notre enfance, - peut etre pour nous convaincre que nous avons un passé dont nous nous souvenons - les petites boules d'angoisse se dissipent. Je crois que c'est la premiere fois que, dans la meme journée, je fais l'amour a une femme et que j'apprends a la connaitre... apres.
Et puis on parle de la pluie et beau temps. Sauf que, a part pour le temps d'aujourd'hui, le sujet est vite épuisé. Difficile de comparer avec les orages de la semaine derniere, la grisaille d'hier ou la pluie de lundi quand on ne s'en souvient pas - meme si, habitant Paris, nous avons une bonne idée globale du genre de temps qu'il a du faire...
Alors nous enchainons sur la politique. Mais la, le meme probleme se pose a nous. Obama Président, ca vous tient en haleine au comptoire du café d'en bas quand vous suivez les coups bas de chaque candidat pendant les semaines qui précedent l'élection. Connaitre le vainqueur, au fond, tout le monde s'en fiche. L'important c'est la course. Nous avons raté tout le croustillant qui donne sujet a discussion.
Eva pointe vers ma chaine Hifi et me demande qui joue. Je le lui dis. Sans la moindre retenue, mais avec un gout d'expert, elle me dit que... comment dit elle déja ? Ah oui... elle me dit que "c'est de la merde". Ca me fait rire. Je ne peux qu'acquiescer. C'est ce qu'on appelle de la musique pour ne pas écouter... je me leve et remplace Café del Mar par Armstrong. Elle ne peut pas ne pas aimer... elle a l'air satisfaite.
J'apprends qu'Eva et moi partageons un gout prononcé pour les voyages. Apres une énumération laborieuse (n'oublions pas que nous avons toute la nuit) nous en arrivons a la conclusion suivante : 53 a 46. Elle gagne. Pour la rattraper, je lui dis que j'adorerais visiter certains pays avec elle...au hasard, ceux qu'elle a déja vus et qui me sont encore inconnus. Cela implique que l'on puisse établir des projets sur plus de 24 heures. Post It.
C'est Eva qui a eu l'idée des Post It. Cette nuit, nous allons tout noter. Ce qu'il faut retenir, ce qu'on a fait, ce qu'on ferait, ce dont on se souvient, ce qu'il faut vérifier, ce a quoi l'on pense. Tout ce qui nous passe par la tete, tant qu'on en a encore une. Nous ferons une copie pour l'autre avant de se quitter demain matin. Chacun son pense-bete.
Nous comparons nos anecdotes de voyages et nous amusons des expériences vécues similaires : la non prédictibilité des temps de transport au Laos, la conduite inconsciente des vietnamiens, le mango-sticky rice en Thailande, les crachats permanents des chinois, le "No worries" des australiens et leur Vegemite immonde, les paysages du Seigneur des Anneaux a vous couper le souffle en Nouvelle-Zelande. La meme chose en mieux en Patagonie. La beauté du tango, de la Boca, des steacks et de la population locale (fille ou garcon) en Argentine, le pisco Sour au Chili, la Caipirinha, Iguazu et les Churrasquerias au Brésil, le sentiment d'etre peu de chose au coeur du Salar d'Uyuni en Bolivie, les marches, les marches et les marches pour grimper le Machu Pichu au Pérou, les rabateurs et les langoustes a Cuba, les temples Incas au Mexique, les americains aux Etats Unis, les décevantes chutes du Niagara - aussi bien canadiennes qu'americaines, les dangers de Johannesburg, la variété des paysages désertiques namibiens, ou encore la chance d'etre Européen et de pouvoir aller dans une cinquantaine (soixantaine ? Plus ?) de pays a moins de trois heures de vol ou que l'on se trouve.
Il faut vraiment que l'on voyage ensemble. Je lui explique que je ne peux pas voyager sans un livre, n'importe lequel, pourvu que j'aie de quoi nourir mes yeux. Quitte a échanger mon livre contre n'importe lequel avec le premier inconnu venu. Elle me demande ce que je suis en train de lire. Je commence a lui raconter Hypérion de Dan Simmons. L'histoire de ces sept pélerins réunis pour rencontrer le gritche, un monstre d'acier menaçant. Je m'arrete de raconter Hypérion quand je me souviens de ce qui arrive a Rachel, la fille de Sol. Prise dans les marées anenthropiques, Rachel avance a reculons dans le temps et rajeunit d'un jour toutes les 24 heures avec la mémoire diminuée de son age tronqué. J'épargne a Eva ce détail.
Comme nous avançons au coeur de la nuit, nous commençons a vraiment nous connaitre. A vraiment nous plaire. Pour nous tenir éveillés, je ne vois alors qu'une seule chose a faire que je propose a Eva. Elle accepte avec plaisir...
Friday, January 2, 2009
27 - Frissons
Je remonte les bras chargés de victuailles. Courgettes, aubergines, chevre (c'est le fromage qu'Eva a choisi dimanche dernier), roquette, pignons, lardons. Avec un peu de bonne huile d'olive et de vinaigre balsamique, je devrais réussir a faire une salade correcte.
En rentrant dans mon appartement, je ne trouve pas Eva. Ou est elle passée ?
- Eva ? Eva ???
Personne ne répond.
- Ce n'est pas drole. Montre toi.
La télé est toujours allumée. Je suis rassuré de voir que Gérard et Eva ont fini leur affaire (étrange de parler de soi a la troisieme personne quand on a un nom qui ne finit pas en "-ON" comme Napoléon ou Alain Delon. Mais il m'est difficile de dire "je" en parlant de ce Gérard si étranger). Le film est sur pause. Quelque chose me surprend. Leurs habits. Ce qui me surprend ce n'est pas qu'ils en aient (meme si je m'attendais a les retrouver plus ou moins nus), c'est plutot que ce ne soient pas les memes. J'appuie sur "Play".
"-...souvenons plus de rien depuis quatre jours. Nous nous disons qu'en faisant un film, peut etre que la mémoire nous reviendra en le visionnant.
- Alors on s'est dit que pour garder une trace, on allait vous raconter notre journée. Ca vous aidera peut etre. Tu n'as qu'a commencer Eva..."
Je remets sur pause. Qu'est ce que c'est que ce bordel ? Je passe le film en accéléré. Et alors je les vois. Je les vois ces tentatives d'enregistrement desespérées qui se succedent. Toutes plus ou moins similaires. Toutes plus ou moins inutiles. Jusqu'a retomber sur celle de dimanche dernier que j'ai déja vue tout a l'heure (la seule, soit dit en passant, ou on fait l'amour devant la caméra...).
Je m'inquiete pour Eva. Ou est elle ? Je m'engouffre dans le couloir. En arrivant dans ma chambre, j'entends l'eau couler dans la salle de bain. Je la trouve nue, assise dans la douche, le dos contre le mur, le regard perdu, tremblante, avec un filet d'eau chaude qui lui coule le long du visage. Elle bascule mécaniquement d'arriere en avant. Sans prendre le temps de me déshabiller, je m'assis a coté d'elle et la prends dans mes bras. Mon coté James Bond.
- Cinq...
- Je sais. La. Ca va aller. Tu vas voir. Tout va bien se passer.
- Cinq films...
- T'en fais pas. On va bien finir par comprendre.
- Et pas un...
- Oui. La. C'est ca. Tout doux.
- Pas un seul dont je me souvienne. Rien...
- Je sais. Moi non plus. Mais il ne faut pas baisser les bras. On va s'en sortir. Je te le promets.
- T'imagines. C'est peut etre la dixieme fois que tu viens me consoler dans ta douche. Et ca aussi on va l'oublier.
- Pas cette fois, Eva. Pas cette fois.
En rentrant dans mon appartement, je ne trouve pas Eva. Ou est elle passée ?
- Eva ? Eva ???
Personne ne répond.
- Ce n'est pas drole. Montre toi.
La télé est toujours allumée. Je suis rassuré de voir que Gérard et Eva ont fini leur affaire (étrange de parler de soi a la troisieme personne quand on a un nom qui ne finit pas en "-ON" comme Napoléon ou Alain Delon. Mais il m'est difficile de dire "je" en parlant de ce Gérard si étranger). Le film est sur pause. Quelque chose me surprend. Leurs habits. Ce qui me surprend ce n'est pas qu'ils en aient (meme si je m'attendais a les retrouver plus ou moins nus), c'est plutot que ce ne soient pas les memes. J'appuie sur "Play".
"-...souvenons plus de rien depuis quatre jours. Nous nous disons qu'en faisant un film, peut etre que la mémoire nous reviendra en le visionnant.
- Alors on s'est dit que pour garder une trace, on allait vous raconter notre journée. Ca vous aidera peut etre. Tu n'as qu'a commencer Eva..."
Je remets sur pause. Qu'est ce que c'est que ce bordel ? Je passe le film en accéléré. Et alors je les vois. Je les vois ces tentatives d'enregistrement desespérées qui se succedent. Toutes plus ou moins similaires. Toutes plus ou moins inutiles. Jusqu'a retomber sur celle de dimanche dernier que j'ai déja vue tout a l'heure (la seule, soit dit en passant, ou on fait l'amour devant la caméra...).
Je m'inquiete pour Eva. Ou est elle ? Je m'engouffre dans le couloir. En arrivant dans ma chambre, j'entends l'eau couler dans la salle de bain. Je la trouve nue, assise dans la douche, le dos contre le mur, le regard perdu, tremblante, avec un filet d'eau chaude qui lui coule le long du visage. Elle bascule mécaniquement d'arriere en avant. Sans prendre le temps de me déshabiller, je m'assis a coté d'elle et la prends dans mes bras. Mon coté James Bond.
- Cinq...
- Je sais. La. Ca va aller. Tu vas voir. Tout va bien se passer.
- Cinq films...
- T'en fais pas. On va bien finir par comprendre.
- Et pas un...
- Oui. La. C'est ca. Tout doux.
- Pas un seul dont je me souvienne. Rien...
- Je sais. Moi non plus. Mais il ne faut pas baisser les bras. On va s'en sortir. Je te le promets.
- T'imagines. C'est peut etre la dixieme fois que tu viens me consoler dans ta douche. Et ca aussi on va l'oublier.
- Pas cette fois, Eva. Pas cette fois.
26 - Double shot
Apprendre les fiançailles de son ex-fiancé de la sorte n'a pas laissé Eva indifférente. La voici toute fragile entre mes bras. Si seulement c'était un peu plus vrai. Elle jette un oeil sur son téléphone.
- Regarde.
- Quoi ? Ca ? C'est mon nom. Pourquoi ?
- Oui, tu es dans mon répertoire. Comme dans le film.
- Et c'est mal ?
- Non. C'est juste que ça surprend.
Je l'embrasse a nouveau. Si la premiere fois elle s'est laissée faire, cette fois elle me rend mon baiser.
Il y a un petit coté exhibitionniste a faire l'amour devant soi. Emportés par notre élan, nous le faisons devant nos doubles du dimanche dont l'histoire continue de se dérouler sur l'écran géant. Au début, je suis un peu géné de caresser Eva devant... Eva. Mais pendant que le Gérard du passé console l'Eva du passé je ne sais trop comment (je dois avouer que je ne jette qu'un oeil tres distrait a la suite du film), je jouis dans l'Eva du présent. Ce qui me procure une grande satisfaction.
- Ca va mieux ?
- Un peu. Merci.
- Alors, cela t'a rappelé quelque chose ? Tu te souviens de l'avoir déja fait avec moi ?
- Absolument pas.
- Pourquoi tu rigoles ?
- Regarde derriere toi...
Je me retourne et derriere moi, le Gérard du dimanche rattrape son retard. Géné, je me précipite pour arréter le film. Eva me retient par le bras.
- Attends...
- Tu veux nous voir le faire ? Mais on vient juste de le faire...
- Sois pas timide. C'est rigolo de voir comment on s'y est pris et de comparer. Et puis on voit pas grand chose de toute façon.
C'est vrai que l'on devine plus que l'on ne voit. Mais je suis suffisamment mal a l'aise pour laisser Eva regarder la fin du film toute seule pendant que je vais acheter de quoi nous faire a diner.
- Regarde.
- Quoi ? Ca ? C'est mon nom. Pourquoi ?
- Oui, tu es dans mon répertoire. Comme dans le film.
- Et c'est mal ?
- Non. C'est juste que ça surprend.
Je l'embrasse a nouveau. Si la premiere fois elle s'est laissée faire, cette fois elle me rend mon baiser.
Il y a un petit coté exhibitionniste a faire l'amour devant soi. Emportés par notre élan, nous le faisons devant nos doubles du dimanche dont l'histoire continue de se dérouler sur l'écran géant. Au début, je suis un peu géné de caresser Eva devant... Eva. Mais pendant que le Gérard du passé console l'Eva du passé je ne sais trop comment (je dois avouer que je ne jette qu'un oeil tres distrait a la suite du film), je jouis dans l'Eva du présent. Ce qui me procure une grande satisfaction.
- Ca va mieux ?
- Un peu. Merci.
- Alors, cela t'a rappelé quelque chose ? Tu te souviens de l'avoir déja fait avec moi ?
- Absolument pas.
- Pourquoi tu rigoles ?
- Regarde derriere toi...
Je me retourne et derriere moi, le Gérard du dimanche rattrape son retard. Géné, je me précipite pour arréter le film. Eva me retient par le bras.
- Attends...
- Tu veux nous voir le faire ? Mais on vient juste de le faire...
- Sois pas timide. C'est rigolo de voir comment on s'y est pris et de comparer. Et puis on voit pas grand chose de toute façon.
C'est vrai que l'on devine plus que l'on ne voit. Mais je suis suffisamment mal a l'aise pour laisser Eva regarder la fin du film toute seule pendant que je vais acheter de quoi nous faire a diner.
Thursday, January 1, 2009
25 - Film XY
Dans le tiroir de mon bureau, quand je suis alle chercher la camera, j'ai trouve les photos qu'Eva nous montre dans le film. On y voit une Eva espiegle et souriante qui fait le pitre comme si elle avait 20 ans. Adorable. Il y a egalement trois photos de nous deux, prises avec le retardateur. Je les tends a Eva pour qu'elle puisse apprecier.
- Regarde, Eva. Tu penses qu'on a bu ce soir la ?
- Je ne sais pas. Mais je comprends maintenant en voyant ces photos pourquoi mon subconscient fait barrage.
- Tu rigoles ? T'es magnifique dessus.
- T'es mignon.
- Tu veux qu'on regarde la fin du film ?
- OK. Tu nous fais des pop-corns ?
J'appuie sur "Play". Nos deux visages occupent une grande partie de l'ecran geant en face de nous. Il y a un petit cote megalomane a se regarder de la sorte. Le film reprend.
"- ...Je me suis dit qu'avec un film, on aurait plus de chance de se rappeler.
- On croise les doigts. C'est a ton tour de raconter ta journee, Gerard.
- OK. De mon cote, c'est etrange, mais mon premier souvenir de ce matin est plus tardif que le tien. Il commence sur le coup des 9h, quand je sors de la douche.
- Tu as remarque quelque chose d'etrange ces derniers temps avec ta douche ?
- Tu voudrais dire que...?
- Pourquoi pas ? Pas plus improbable que l'intoxication alimentaire...
- Tu as raison. Je vais me laisser un mot pour faire verifier l'eau. Apres ma douche, je m'habille et m'apprete a monter travailler dans mon atelier. Dans le salon, la television est allumee sur une chaine d'information. C'est la que je découvre qu'on est dimanche 2 novembre et non pas mercredi 22 octobre. Ca me fait un choc. Je reste une heure devant mon televiseur a le voir sans le regarder. Une fois que je me suis un peu ressaisi, je sors prendre l'air. J'appelle Xavier pour dejeuner avec lui.
- Xavier ?
- Mon meilleur ami. J'avais besoin de parler de ce qui m'arrivait a quelqu'un. Je fais ensuite un saut au Musee d'Orsay pour un peu plus d'une heure, histoire de penser a autre chose et retrouve Xavier sur le Pont des Arts, muni d'une baguette, d'un bloc de paté de foie, de tomates - avec le sel qui va avec pour faire des tomates a la croque sel - et d'un Cru Bourgeois du Médoc.
- Mon salaud. Tu m'as dit que t'avais juste pris un sandwich.
- Bein oui. Et un peu de vin... Et donc j'explique a Xavier ce qu'il m'arrive. Il a l'air de prendre ca au serieux. Du moins apres s'etre moque de moi pendant une demie heure.
- Vivent les amis.
- Mais il ne m'a pas été vraiment d'un grand secours. Il m'avoue qu'il comptait venir me voir parce que cela faisait quelques jours que je ne repondais pas a ses messages. On se separe et il me promet qu'il me rappellera regulierement pour verifier que tout va bien. Je flane un peu dans les rues de Paris, l'appareil photo sous le bras. Je remonte jusqu'au Jardin des Tuileries, déambule le long de Montorgueil, teste ma virilité dans le Marais, m'octroie une pause sur l'Ile de la Cité en regrettant qu'il ne fasse pas trente degrés pour me laisser tenter par une glace Berthillon, apres quoi je me perds dans les ruelles autour de St Michel histoire de me sentir plus jeune et puis je rentre chez moi un peu avant 17 heures. Je décide d'aller directement faire un saut dans mon atelier au septieme, histoire de parcourir les photos du jour. C'est la que je tombe sur les photos qu'Eva vous a montrées un peu plus tot, ainsi que sur le mot qu'elle m'a laissé avec son numéro de téléphone. Je dois avouer qu'a ce moment je suis intrigué. Visiblement, quelqu'un d'autre est au courant de ma condition, quelqu'un que je ne connais pas. Poussé par la curiosité et le désir de comprendre, je t'appelle. Je crois que notre communication a du paraitre surréaliste a tous les deux.
- Tu m'étonnes. Ca a donné un truc du genre "- Bonjour, Eva ? - Oui. Gérard ? - Oui. Qui etes vous ? - Et vous ?"
- On a compris assez vite qu'on avait le meme probleme et qu'il serait intéressant de se rencontrer. Je t'ai donné rendez vous chez moi et te voici.
- Voila. Je ne sais pas si ca vous aide a vous souvenir, mais ce serait bien que vous fassiez un petit effort. Nous, on va essayer de notre coté de trouver le pourquoi du comment. Le premier qui trouve previent les autres, OK ?
- Qu'est ce qu'on peut vous dire d'autre ?
BIP... BIP... BIP...
- C'est ton téléphone, Eva ?
BIP... BIP... BIP...
- Oui. Attends... Ah ! Le voila. Qu'est ce qu'il me veut encore celui la ? Allo, Marc ?... Oui ca va. Tu m'appelles pourquoi ?... Non, je peux pas te voir, la... Demain non plus. C'est assez compliqué... T'as qu'a me le dire par téléphone, ca ira plus vite... QUOI ?!?
- T'as raccroché ? Qu'est ce qui se passe. Quelque chose de grave ?
- C'était mon ex... il vient de m'annoncer qu'il allait se marier..."
Pendant tout le film, j'ai tenu la main d'Eva, comme si en unissant nos forces de la sorte nous allions nous remémorer. Elle ne la pas retirée. Tout a coup, je la sens se blottir contre moi, les yeux prets a pleurer.
- Gérard, qu'est ce qui nous arrive ? Ca ne peut pas etre vrai. Ca ne sert a rien tout ca. On ne va jamais y arriver. Ca fait deux semaines ! Deux semaines ! Et on n'avance pas. Je ne me souviens meme pas de... ça.
Je ne sais comment la consoler, surtout que je suis aussi perdu qu'elle. Alors je l'embrasse.
- Regarde, Eva. Tu penses qu'on a bu ce soir la ?
- Je ne sais pas. Mais je comprends maintenant en voyant ces photos pourquoi mon subconscient fait barrage.
- Tu rigoles ? T'es magnifique dessus.
- T'es mignon.
- Tu veux qu'on regarde la fin du film ?
- OK. Tu nous fais des pop-corns ?
J'appuie sur "Play". Nos deux visages occupent une grande partie de l'ecran geant en face de nous. Il y a un petit cote megalomane a se regarder de la sorte. Le film reprend.
"- ...Je me suis dit qu'avec un film, on aurait plus de chance de se rappeler.
- On croise les doigts. C'est a ton tour de raconter ta journee, Gerard.
- OK. De mon cote, c'est etrange, mais mon premier souvenir de ce matin est plus tardif que le tien. Il commence sur le coup des 9h, quand je sors de la douche.
- Tu as remarque quelque chose d'etrange ces derniers temps avec ta douche ?
- Tu voudrais dire que...?
- Pourquoi pas ? Pas plus improbable que l'intoxication alimentaire...
- Tu as raison. Je vais me laisser un mot pour faire verifier l'eau. Apres ma douche, je m'habille et m'apprete a monter travailler dans mon atelier. Dans le salon, la television est allumee sur une chaine d'information. C'est la que je découvre qu'on est dimanche 2 novembre et non pas mercredi 22 octobre. Ca me fait un choc. Je reste une heure devant mon televiseur a le voir sans le regarder. Une fois que je me suis un peu ressaisi, je sors prendre l'air. J'appelle Xavier pour dejeuner avec lui.
- Xavier ?
- Mon meilleur ami. J'avais besoin de parler de ce qui m'arrivait a quelqu'un. Je fais ensuite un saut au Musee d'Orsay pour un peu plus d'une heure, histoire de penser a autre chose et retrouve Xavier sur le Pont des Arts, muni d'une baguette, d'un bloc de paté de foie, de tomates - avec le sel qui va avec pour faire des tomates a la croque sel - et d'un Cru Bourgeois du Médoc.
- Mon salaud. Tu m'as dit que t'avais juste pris un sandwich.
- Bein oui. Et un peu de vin... Et donc j'explique a Xavier ce qu'il m'arrive. Il a l'air de prendre ca au serieux. Du moins apres s'etre moque de moi pendant une demie heure.
- Vivent les amis.
- Mais il ne m'a pas été vraiment d'un grand secours. Il m'avoue qu'il comptait venir me voir parce que cela faisait quelques jours que je ne repondais pas a ses messages. On se separe et il me promet qu'il me rappellera regulierement pour verifier que tout va bien. Je flane un peu dans les rues de Paris, l'appareil photo sous le bras. Je remonte jusqu'au Jardin des Tuileries, déambule le long de Montorgueil, teste ma virilité dans le Marais, m'octroie une pause sur l'Ile de la Cité en regrettant qu'il ne fasse pas trente degrés pour me laisser tenter par une glace Berthillon, apres quoi je me perds dans les ruelles autour de St Michel histoire de me sentir plus jeune et puis je rentre chez moi un peu avant 17 heures. Je décide d'aller directement faire un saut dans mon atelier au septieme, histoire de parcourir les photos du jour. C'est la que je tombe sur les photos qu'Eva vous a montrées un peu plus tot, ainsi que sur le mot qu'elle m'a laissé avec son numéro de téléphone. Je dois avouer qu'a ce moment je suis intrigué. Visiblement, quelqu'un d'autre est au courant de ma condition, quelqu'un que je ne connais pas. Poussé par la curiosité et le désir de comprendre, je t'appelle. Je crois que notre communication a du paraitre surréaliste a tous les deux.
- Tu m'étonnes. Ca a donné un truc du genre "- Bonjour, Eva ? - Oui. Gérard ? - Oui. Qui etes vous ? - Et vous ?"
- On a compris assez vite qu'on avait le meme probleme et qu'il serait intéressant de se rencontrer. Je t'ai donné rendez vous chez moi et te voici.
- Voila. Je ne sais pas si ca vous aide a vous souvenir, mais ce serait bien que vous fassiez un petit effort. Nous, on va essayer de notre coté de trouver le pourquoi du comment. Le premier qui trouve previent les autres, OK ?
- Qu'est ce qu'on peut vous dire d'autre ?
BIP... BIP... BIP...
- C'est ton téléphone, Eva ?
BIP... BIP... BIP...
- Oui. Attends... Ah ! Le voila. Qu'est ce qu'il me veut encore celui la ? Allo, Marc ?... Oui ca va. Tu m'appelles pourquoi ?... Non, je peux pas te voir, la... Demain non plus. C'est assez compliqué... T'as qu'a me le dire par téléphone, ca ira plus vite... QUOI ?!?
- T'as raccroché ? Qu'est ce qui se passe. Quelque chose de grave ?
- C'était mon ex... il vient de m'annoncer qu'il allait se marier..."
Pendant tout le film, j'ai tenu la main d'Eva, comme si en unissant nos forces de la sorte nous allions nous remémorer. Elle ne la pas retirée. Tout a coup, je la sens se blottir contre moi, les yeux prets a pleurer.
- Gérard, qu'est ce qui nous arrive ? Ca ne peut pas etre vrai. Ca ne sert a rien tout ca. On ne va jamais y arriver. Ca fait deux semaines ! Deux semaines ! Et on n'avance pas. Je ne me souviens meme pas de... ça.
Je ne sais comment la consoler, surtout que je suis aussi perdu qu'elle. Alors je l'embrasse.
24 - Film XX
"- Bonjour Eva, bonjour Gerard. Vous vous reconnaissez ? C'est nous, Eva et Gerard.
- Dis la date, dis la date... c'est important.
- T'as raison. Nous sommes le dimanche 2 novembre 2008. Comme vous vous en etes peut etre deja rendu compte, pour des raisons qui nous echappent encore, nous perdons la memoire de ce qui nous arrive depuis maintenant dix jours. C'est assez genant.
- Tres.
- Bref. Nous faisons ce petit film afin de nous souvenir.
- Nous n'avons pas encore trouve les raisons de nos amnesies, mais nous comptons sur vous pour comprendre.
- Et maintenant, on dit quoi Gerard ?
- Je sais pas. Tu n'as qu'a raconter ta journee.
- Tu as raison. Mon dernier souvenir remonte a ce matin, vers les 7 heures et demi. Je suis a la terrasse du cafe en face de ton immeuble, Gerard. Je ne te connais pas encore. Ou du moins, je ne me souviens pas que je te connais. Mais maintenant, nous avons la preuve que nous nous connaissions hier et sans doute les jours d'avant depuis notre amnesie.
- Raconte ton histoire dans l'ordre chronologique, Eva, ce que tu as fait ce matin, sinon, on risque de ne rien comprendre quand on regardera la video.
- Tu as raison. Pardon. Je suis donc a la terrasse du cafe, en train de prendre mon petit dejeuner. Ce qui s'est passe avant ca, c'est le trou noir. Pendant que je bois mon cafe, je regarde mes messages sur mon telephone portable. J'en ai deux. Maman, qui s'inquiete de ne pas avoir de mes nouvelles depuis plus d'une semaine. Et Celine, qui me demande si je viens toujours dejeuner chez eux. Les deux messages m'interpellent. Je rappelle maman pour lui dire qu'elle exagere. Que je l'ai appelee il y a deux jours. C'est la que je commence a soupconner quelque chose de louche. Elle me jure sur tous les tons que non, que je ne l'ai pas appelee, que je me fous d'elle, que je suis une fille indigne qui ne prend pas de nouvelles de sa mere. Je m'inquiete d'un Alzheimer non encore diagnostique. Pour elle. Le ton monte. Nous nous engueulons et je raccroche. En verifiant l'heure sur mon portable, je decouvre la date. Le 2 novembre. Le choc. J'etais persuadee qu'on etait le 22 octobre. Du coup, le message de Celine prend tout son sens. On est dimanche. La bonne nouvelle, c'est que je n'ai pas besoin d'aller travailler.
- Qu'est ce que tu as fait apres ?
- Je suis repassee par chez moi pour prendre une douche et me changer. J'en avais grandement besoin, pas vrai ? Dans la cour de l'immeuble, j'ai croise Rita qui m'a fait des remarques desagreables et obscures.
- C'est qui Rita ?
- Ah oui, pardon. T'as raison. Le Gerard de demain doit pouvoir suivre aussi. C'est la concierge. Elle me sort quelque chose du genre "Faites attention Eva. Je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit." Bien sur, ca a tout de suite alimente ma psychose naissante. "Qu'est ce que j'ai encore fait ?" je me demande, a moitie rassuree. Bref. J'arrive chez moi. Je prends une douche. Je pars acheter une bouteille de vin chez l'epicier de ma rue et je me rends chez Celine. Je lui fais part de mon petit probleme. Elle a l'air de croire que je lui fais une mauvaise blague et reste sceptique. Je n'arrive pas a la convaincre que je ne me souviens de rien de ces dix derniers jours. Je lui demande si je n'ai pas fait des choses bizarres ces derniers temps. Elle me dit qu'a part aujourd'hui, elle n'a rien remarque. Nous n'avons pas trop ete en contact dernierement. Je lui demande de developper. Apparemment, j'ai annule notre dejeuner dimanche dernier sans trop lui donner de raison. Et on s'est juste echange un mail cette semaine pour fixer le dejeuner de ce jour. Rien de plus.
- Ca me fait penser... tu as pense a regarder tous tes mails - entrants et sortants - de ces dix derniers jours ?
- Non. Tu as raison. J'y trouverai peut etre des choses interessantes. Faudrait que je fasse ca. T'as un ordi ici ?
- Bien sur. Termine ton histoire, on verifiera apres.
- Merci. Donc, le dejeuner s'eternise et Celine essaie de me rassurer ce qui a plutot tendance a provoquer l'effet inverse.
- Qu'est ce que tu as mange ?
- Pardon ?
- Si ca se trouve, l'un de nous deux a chope un virus et le refile a l'autre. Ca peut venir de n'importe ou. Je me dis que ca peut peut etre passer par l'alimentation.
- T'as deja vu un virus qui rend amnesique, toi ? Et puis si j'ai chope un tel virus, c'est ce que j'ai mange y a dix jours dont il faudrait se mefier, non ?
- Pas faux.
- Celine avait prepare un Osso Buco, un plateau de fromage - j'ai pris du chevre - et une salade de fruits.
- T'as du bol, moi je me suis contente d'un sandwich a midi.
- Bref. Au moment de quitter Celine, vers les 17 heures, je recois un coup de telephone et je vois s'afficher "Gerard". Je reste quelques secondes perplexe avant de decrocher, parce que je ne connais pas de Gerard, et que je ne comprends pas comment ce nom peut s'afficher sur l'ecran de mon portable. Je reponds un peu surprise et je tombe sur toi. Tu me dis que t'as eu mon message et que c'est pour ca que t'appelles. Je fais comme si je comprenais et je te dis que j'arrive. Je te demande juste de me redonner ton adresse. Quand j'arrive tu me fais monter et on se rend compte tres vite qu'on a le meme probleme : on oublie tout depuis dix jours. Je visite ton appartement dans l'espoir de reconnaitre quelque chose. En vain. Je trouve quelques preservatifs usages dans la salle de bain et on en deduit qu'on a du le faire. Enfin tu en deduis. Pour ma part, j'ai comme un doute.
- Sympa. Ca veut dire quoi ?
- Ensuite tu me montres le mot que je t'ai laisse. C'est celui que je tiens dans les mains. Je lis : "Gerard, si tu te souviens de quoi que ce soit, rappelle moi. Et si tu as tout oublie...rappelle moi aussi. Eva" suivi de mon numero de telephone. Apres quoi, tu me montres des photos de nous deux, complices. Elles ne me disent rien.
- Montre les a la camera.
- Tu as raison. Les voici. C'est alors que tu as l'idee de faire ce film."
Je mets le film sur pause. Eva me regarde. Je la regarde. Non. Rien. Quand on est redescendu de mon atelier pour tourner un petit film tout a l heure, c'est exactement ce que nous avions en tete. Sauf que le film avait deja ete tourne quelques jours plus tot par une Eva et un Gerard du passe. Et qu'en le regardant, nous n'en avons pas le moindre souvenir. Non. Rien.
- Dis la date, dis la date... c'est important.
- T'as raison. Nous sommes le dimanche 2 novembre 2008. Comme vous vous en etes peut etre deja rendu compte, pour des raisons qui nous echappent encore, nous perdons la memoire de ce qui nous arrive depuis maintenant dix jours. C'est assez genant.
- Tres.
- Bref. Nous faisons ce petit film afin de nous souvenir.
- Nous n'avons pas encore trouve les raisons de nos amnesies, mais nous comptons sur vous pour comprendre.
- Et maintenant, on dit quoi Gerard ?
- Je sais pas. Tu n'as qu'a raconter ta journee.
- Tu as raison. Mon dernier souvenir remonte a ce matin, vers les 7 heures et demi. Je suis a la terrasse du cafe en face de ton immeuble, Gerard. Je ne te connais pas encore. Ou du moins, je ne me souviens pas que je te connais. Mais maintenant, nous avons la preuve que nous nous connaissions hier et sans doute les jours d'avant depuis notre amnesie.
- Raconte ton histoire dans l'ordre chronologique, Eva, ce que tu as fait ce matin, sinon, on risque de ne rien comprendre quand on regardera la video.
- Tu as raison. Pardon. Je suis donc a la terrasse du cafe, en train de prendre mon petit dejeuner. Ce qui s'est passe avant ca, c'est le trou noir. Pendant que je bois mon cafe, je regarde mes messages sur mon telephone portable. J'en ai deux. Maman, qui s'inquiete de ne pas avoir de mes nouvelles depuis plus d'une semaine. Et Celine, qui me demande si je viens toujours dejeuner chez eux. Les deux messages m'interpellent. Je rappelle maman pour lui dire qu'elle exagere. Que je l'ai appelee il y a deux jours. C'est la que je commence a soupconner quelque chose de louche. Elle me jure sur tous les tons que non, que je ne l'ai pas appelee, que je me fous d'elle, que je suis une fille indigne qui ne prend pas de nouvelles de sa mere. Je m'inquiete d'un Alzheimer non encore diagnostique. Pour elle. Le ton monte. Nous nous engueulons et je raccroche. En verifiant l'heure sur mon portable, je decouvre la date. Le 2 novembre. Le choc. J'etais persuadee qu'on etait le 22 octobre. Du coup, le message de Celine prend tout son sens. On est dimanche. La bonne nouvelle, c'est que je n'ai pas besoin d'aller travailler.
- Qu'est ce que tu as fait apres ?
- Je suis repassee par chez moi pour prendre une douche et me changer. J'en avais grandement besoin, pas vrai ? Dans la cour de l'immeuble, j'ai croise Rita qui m'a fait des remarques desagreables et obscures.
- C'est qui Rita ?
- Ah oui, pardon. T'as raison. Le Gerard de demain doit pouvoir suivre aussi. C'est la concierge. Elle me sort quelque chose du genre "Faites attention Eva. Je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit." Bien sur, ca a tout de suite alimente ma psychose naissante. "Qu'est ce que j'ai encore fait ?" je me demande, a moitie rassuree. Bref. J'arrive chez moi. Je prends une douche. Je pars acheter une bouteille de vin chez l'epicier de ma rue et je me rends chez Celine. Je lui fais part de mon petit probleme. Elle a l'air de croire que je lui fais une mauvaise blague et reste sceptique. Je n'arrive pas a la convaincre que je ne me souviens de rien de ces dix derniers jours. Je lui demande si je n'ai pas fait des choses bizarres ces derniers temps. Elle me dit qu'a part aujourd'hui, elle n'a rien remarque. Nous n'avons pas trop ete en contact dernierement. Je lui demande de developper. Apparemment, j'ai annule notre dejeuner dimanche dernier sans trop lui donner de raison. Et on s'est juste echange un mail cette semaine pour fixer le dejeuner de ce jour. Rien de plus.
- Ca me fait penser... tu as pense a regarder tous tes mails - entrants et sortants - de ces dix derniers jours ?
- Non. Tu as raison. J'y trouverai peut etre des choses interessantes. Faudrait que je fasse ca. T'as un ordi ici ?
- Bien sur. Termine ton histoire, on verifiera apres.
- Merci. Donc, le dejeuner s'eternise et Celine essaie de me rassurer ce qui a plutot tendance a provoquer l'effet inverse.
- Qu'est ce que tu as mange ?
- Pardon ?
- Si ca se trouve, l'un de nous deux a chope un virus et le refile a l'autre. Ca peut venir de n'importe ou. Je me dis que ca peut peut etre passer par l'alimentation.
- T'as deja vu un virus qui rend amnesique, toi ? Et puis si j'ai chope un tel virus, c'est ce que j'ai mange y a dix jours dont il faudrait se mefier, non ?
- Pas faux.
- Celine avait prepare un Osso Buco, un plateau de fromage - j'ai pris du chevre - et une salade de fruits.
- T'as du bol, moi je me suis contente d'un sandwich a midi.
- Bref. Au moment de quitter Celine, vers les 17 heures, je recois un coup de telephone et je vois s'afficher "Gerard". Je reste quelques secondes perplexe avant de decrocher, parce que je ne connais pas de Gerard, et que je ne comprends pas comment ce nom peut s'afficher sur l'ecran de mon portable. Je reponds un peu surprise et je tombe sur toi. Tu me dis que t'as eu mon message et que c'est pour ca que t'appelles. Je fais comme si je comprenais et je te dis que j'arrive. Je te demande juste de me redonner ton adresse. Quand j'arrive tu me fais monter et on se rend compte tres vite qu'on a le meme probleme : on oublie tout depuis dix jours. Je visite ton appartement dans l'espoir de reconnaitre quelque chose. En vain. Je trouve quelques preservatifs usages dans la salle de bain et on en deduit qu'on a du le faire. Enfin tu en deduis. Pour ma part, j'ai comme un doute.
- Sympa. Ca veut dire quoi ?
- Ensuite tu me montres le mot que je t'ai laisse. C'est celui que je tiens dans les mains. Je lis : "Gerard, si tu te souviens de quoi que ce soit, rappelle moi. Et si tu as tout oublie...rappelle moi aussi. Eva" suivi de mon numero de telephone. Apres quoi, tu me montres des photos de nous deux, complices. Elles ne me disent rien.
- Montre les a la camera.
- Tu as raison. Les voici. C'est alors que tu as l'idee de faire ce film."
Je mets le film sur pause. Eva me regarde. Je la regarde. Non. Rien. Quand on est redescendu de mon atelier pour tourner un petit film tout a l heure, c'est exactement ce que nous avions en tete. Sauf que le film avait deja ete tourne quelques jours plus tot par une Eva et un Gerard du passe. Et qu'en le regardant, nous n'en avons pas le moindre souvenir. Non. Rien.
23 - Marilyn
Je prends la main d'Eva et l'emmene au septieme avec en tete "Stairway to Heaven". Je sors la clé de ma poche et l'insere dans la cerrure de mon atelier. Je me souviens alors ne pas y etre retourné depuis ce matin, a cause de mon rendez vous precipite avec Beck. En ouvrant la porte, j'appuie sur l'interrupteur. La lumiere rougeatre nous plonge dans une obscurité sensuelle. C'est la premiere fois qu'une fille découvre mon antre.
- Voila !
- Chouette. T'es photographe ?
- Non, maréchal ferrand, et la sur ta droite, c'est mon stock de fers a cheval.
- Idiot.
- Cela fait deux fois en cinq minutes. Je vais commencer a penser que tu le crois vraiment... ou que je le suis.
Pendant qu'Eva inspecte mon atelier et jette un oeil sur mes appareils photos dans une curiosité que je devine fascinée, je recupere les clichés qui sont en train de sécher au dessus de nos tetes et que j'ai laissés en plan ce matin.
- Marilyn te va bien.
- Pardon ?
- Jette un oeil a ces photos. Je les decouvre en meme temps que toi.
Dans mes mains, je tiens le resultat d'une pellicule entiere de photos d'Eva arborant ma perruque de Marilyn dans des poses plus ou moins provocantes, plus ou moins erotiques. Le rouge au front, Eva s'empare des photos pour les cacher derriere son dos.
- Ca te rappelle quelque chose ?
- Rien. Et toi ?
- J'aimerais te dire oui. Mais ce n'est pas le cas.
- De quand datent ces photos ?
- A priori, d'hier. Je les ai developpees ce matin. Au moins, meme si on ne se souvient de rien, j'ai l'impression qu'on s'est bien amuse.
Comment peut on ne pas se rappeler d'une telle seance ? Un 17+ que je prends en photos avec ma perruque de Marilyn ? C'est a n'y rien comprendre. Mon idee de prendre des photos pour se souvenir semble etre inefficace. J'en fais part a Eva qui acquiesse avec une rapidite qui me laisse penser qu'elle n'est pas tout a fait prete a renouveler l'episode Marilyn avec moi.
- Qu'est ce qu'on fait, alors ?
- Et si on faisait un film ?
- Du genre "Bonjour Eva de demain, c'est Eva d'hier qui te parle" ?
- Quelque chose comme ca...
- On est a ce point desespere ?
- Tu as une meilleure idee ?
- Non. Tu as une camera ?
- En bas.
- Voila !
- Chouette. T'es photographe ?
- Non, maréchal ferrand, et la sur ta droite, c'est mon stock de fers a cheval.
- Idiot.
- Cela fait deux fois en cinq minutes. Je vais commencer a penser que tu le crois vraiment... ou que je le suis.
Pendant qu'Eva inspecte mon atelier et jette un oeil sur mes appareils photos dans une curiosité que je devine fascinée, je recupere les clichés qui sont en train de sécher au dessus de nos tetes et que j'ai laissés en plan ce matin.
- Marilyn te va bien.
- Pardon ?
- Jette un oeil a ces photos. Je les decouvre en meme temps que toi.
Dans mes mains, je tiens le resultat d'une pellicule entiere de photos d'Eva arborant ma perruque de Marilyn dans des poses plus ou moins provocantes, plus ou moins erotiques. Le rouge au front, Eva s'empare des photos pour les cacher derriere son dos.
- Ca te rappelle quelque chose ?
- Rien. Et toi ?
- J'aimerais te dire oui. Mais ce n'est pas le cas.
- De quand datent ces photos ?
- A priori, d'hier. Je les ai developpees ce matin. Au moins, meme si on ne se souvient de rien, j'ai l'impression qu'on s'est bien amuse.
Comment peut on ne pas se rappeler d'une telle seance ? Un 17+ que je prends en photos avec ma perruque de Marilyn ? C'est a n'y rien comprendre. Mon idee de prendre des photos pour se souvenir semble etre inefficace. J'en fais part a Eva qui acquiesse avec une rapidite qui me laisse penser qu'elle n'est pas tout a fait prete a renouveler l'episode Marilyn avec moi.
- Qu'est ce qu'on fait, alors ?
- Et si on faisait un film ?
- Du genre "Bonjour Eva de demain, c'est Eva d'hier qui te parle" ?
- Quelque chose comme ca...
- On est a ce point desespere ?
- Tu as une meilleure idee ?
- Non. Tu as une camera ?
- En bas.
Subscribe to:
Posts (Atom)
