Je ne sais pas comment me débarrasser de cette folle qui persiste a croire qu'on a fait l'amour hier soir. Quand je repense aux titres du Monde, je relativise. Chacun ses problemes.
- Dis moi Gérard, ca t'embeterait si j'utilisais ta salle de bain pour faire un brin de toilette avant de m'éclipser ?
- Non, vas y, fais comme chez toi. C'est dans la chambre, au bout du couloir.
- Merci. Par ailleurs, si tu trouves mes affaires...
- J'ouvre un oeil. Si je surprends ta petite culotte en train d'essayer de se faire la malle, je tente de la convaincre de rester. Promis.
J'ai besoin d'un nouveau café. Pendant que la fille - dont je me rends compte que je ne connais meme pas le prénom - prend sa douche, je fais les cent pas en essayant de rationnaliser. Mais rationnaliser quoi ? Comment une belle inconnue a moitié nue se retrouve dans ma cuisine ? Ma logique en perd son latin. L'heure tourne, il faut que je me mette a bosser. J'entends l'eau de la douche qui coule toujours.
- Dis, Machine, si tu peux te dépecher un peu, je dois partir travailler.
Je la retrouve cinq minutes plus tard dans la cuisine. Les manches de ma chemise pendent dans le vide, mon jeans' tient miraculeusement grace a ma ceinture qui lui fait presque deux tours de taille complets et mes tongs donnent a ses pieds une allure de plongeuse en bouteille. Elle est prete a affronter l'extérieur.
- Au fait, moi c'est Eva. Ca t'embete si je t'emprunte tes habits ? Je prefere ressembler a un clown que de me retrouver nue dans la rue.
- Je t'en prie. Et puis tu sais ou j'habite pour venir me les rendre. Tu sais meme comment t'introduire chez moi.
Je l'observe alors qu'elle se sert un café. Elle n'a pas l'air bien méchante. Au contraire. Elle est bien trop jolie pour ca. Si seulement ce qu'elle me raconte pouvait etre vrai ! C'est drole. Je me suis souvent posé la question : est ce que je préfere connaitre le plus beau des orgasmes sexuels une seule fois dans ma vie sans jamais m'en souvenir ou bien quelques baises médiocres en toute connaissance de cause ? J'avais toujours cru pencher pour la seconde option - je ne suis qu'un male, apres tout. En voyant Eva sous mes yeux, je commence a reconsidérer mon jugement.
Une fois son troiseme cafe avalé - nous avons visiblement cette addiction en commun - le moment tant espéré arrive enfin :
- Je vais y aller. Je t'ai laissé un mot avec mes coordonnées dans ta chambre, si jamais tu retrouves mes affaires.
- Pas de probleme.
- Bon, bein...au revoir.
- C'est ca, au revoir.
Je jette un oeil a travers le judas pour vérifier qu'elle prend bien l'ascenceur. Dans le doute je ferme a double tour. Et maintenant, la vraie question : qu'est ce que j'ai fait hier soir ?
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