Saturday, December 27, 2008

12 - Flash

Pour détendre l'atmosphere, Gérard propose de prendre des photos de nous, histoire d'avoir une trace. Je trouve que c'est une bonne idée. Rien de telles que des preuves pour se convaincre demain de ce qu'on a fait aujourd'hui. On n'est pas a l'abri de perdre a nouveau la mémoire.

Je découvre que Gérard a du matériel photo impressionnant. On dirait celui d'un professionnel. Pour moi, un jetable fait remarquablement l'affaire. Tout ce dont j'ai besoin, c'est de me souvenir qu'un jour j'ai eu la chance de bronzer sur une plage exotique, que je suis capable de me lever tot pour admirer et immortaliser un coucher de soleil dans un decor paradisiaque, que pour mes 20 ans mes amies proches étaient Carole, Céline, Chloé et Caroline (je dois avoir un faible pour la lettre "C"), qu'apparemment pour mes 25 ans Caroline n'était déja plus une amie, qu'a mes 30 ans, il était difficile de prédire le fiasco de ma relation avec Marc et que pour mes 35 ans, il est temps de penser a arreter de me prendre en photos.

Gérard m'explique que c'est son métier - photographe. Je suis contente de ne pas avoir eu l'occasion de lui expliquer ce que représentait la photo pour moi. Lucide, je me dis que je vais le garder pour moi. Il tente de m'expliquer quelques rudiments. Par politesse, je fais semblant de m'intéresser en posant des questions sur le temps d'exposition, le maniement de l'obturateur ou l'ouverture du diaphragme. Il est patient. Pour rire, nous nous lançons dans une séance photo ou je suis Marylin. Je me laisse prendre au jeu. Il y a de l'érotisme dans l'air.

Nous le refaisons. Cette fois sur le lit. C'est plus conventionnel. Plus confortable. Plus long également. Au coeur de l'action, je commence a revoir certains moments de la soirée avec l'attention d'une mémoire relative mais existante. Et les pieces du puzzle se mettent en place. Je crois que je commence a comprendre. Mais pour combien de temps ? Je crains qu'il ne soit déja trop tard. Alongée sur le ventre comme je le suis, avec Gérard qui s'active derriere moi, impossible de noter quoi que ce soit. Me souvenir. Je dois me souvenir...

Je revois la scene. Apres la triste performance de Gérard dans la cuisine nous nous sommes assis, un silence pesant entre nous. Bien que ce fut le but de la manoeuvre, inutile de dire que la mémoire ne m'était pas revenue. Il a pris ma main, s'est excusé, s'est levé et m'a tendu le café qu'il m'avait préparé auparavant et qui n'avait pas encore eu le temps de refroidir. C'est dire.

Puis je l'ai entendu moudre les grains, pour se préparer un autre café. Je n'y ai pas prété attention sur le moment, mais je revois maintenant les comprimés de médicament. Marrons. Etrangement similaires a...a des grains de cafés. Et je fais le lien. Je me revois jeter la boite coincée dans ma poche a coté de la machine a espresso. Je visualise la boite s'ouvrir et les cachets se répandre.

Je repense au pharmacien en train de me prévenir de bien suivre le traitement. Surtout pas plus d'un cachet par jour. Sinon quoi ?

Gérard (Jérome ?) est toujours en train de me prendre en levrette. Je dois me rappeler. Ne pas boire le café. Ne pas boire le café. Ne pas...

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