Saturday, December 27, 2008

13 - Mademoiselle X

Je me reveille tres tot, comme a mon habitude. J'ai la bonne surprise de trouver une jeune fille allongée a mes cotés. Un joli brin de jeune fille. Ce que j'en vois n'est pas pour me déplaire. Je crois qu'elle s'appelle Eva. Je la regarde un peu pour profiter de la chance qui m'est offerte. Je sais par expérience que ce genre de moments ne durent jamais assez longtemps. Je me leve sans la réveiller et sors de la chambre sur la pointe des pieds.

La cuisine ressemble a un champs de bataille. J'admire le tableau en essayant de me souvenir comment ma chemise a atterri sur son soutien gorge. On a du etre pris d'un désir bestial et incontrolable pour le faire ici. Mais aussi ridicule que cela puisse paraitre, je ne m'en souviens pas. Pas vraiment. Vraiment pas ? Je me souviens l'avoir fait dans le lit. Deux fois. Et sans me vanter, je pense avoir été performant. Mais dans la cuisine ? Occulté.

Je ramasse les affaires de mon invitée, les plie et mets le tout dans un sac plastique. Je les lui donnerai quand elle se réveillera. Laissons la profiter de quelques reves bien mérités. Je ramasse les grains de café éparpillés autour de la machine - vraiment bestial - les insere dans le moulin avec le reste, et mouds. Mon premier café du matin ingurgité, je commence a me réveiller. Apres le deuxieme, j'ouvre les yeux. Le troisieme n'est qu'une formalité.

Je sors acheter ma baguette au boulanger de l'angle. J'aime bien discuter de la pluie et du beau temps avec lui a 6 heures du matin, quand la ville endormie commence a présenter quelques signes d'activité. Je remonte avec Le Monde et ma baguette sous le bras.

Une fois les tartines dans le grille pain, je parcours les titres. C'est toujours les memes informations déprimantes. Attentat en Israel, douze morts. Barack Obama elu President des Etats Unis. Le PS s'entre-déchire. Un homme dans l'Aube tue sa femme et ses enfants avant de se tirer une balle dans la tete. Lyon a gagné 2-0 en Ligue des Champions.

J'entends du bruit qui vient de ma chambre. Je ne suis pas rassuré. Je saisis fermement le couteau du beurre, pret a me défendre de toute aggression. Un voleur qui serait passé par la fenetre ? Au 6e étage ? Ce serait vraiment pas de chance.

Depuis le couloir, j'entends une voix me lancer un "Bonjour", comme pour me désarmer. Le voleur en question est une voleuse. Elle est maintenant la, devant moi. Je la menace de mon couteau - on, n'est jamais trop prudent. Ca n'a pas l'air de lui faire plaisir.

- Qui etes vous et que faites vous chez moi ?
- Tu te fous de moi ? Elle est bien bonne celle la ! C'est comme ca que tu te débarrasses de celles avec qui tu couches ? Fallait pas m'inviter a passer la nuit ici dans ce cas...
- Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Mais je vous demanderais de bien vouloir partir maintenant, s'il vous plait...

Je dis un peu "s'il vous plait" au cas ou ca l'attendrirait (c'est une fille), mais ce que je pense au plus profond de moi c'est "casse toi ! Tu me fais flipper !". Mais bon, en bon gentleman que je suis, malgré l'adversité, je reste poli.

- Ecoute Jérome...

A part Mademoiselle Granville qui me donnait des cours de catéchisme quand j'avais 6 ans, je ne pense pas que personne m'ait jamais appelé Jérome. Et la personne en face de moi est bien trop jeune pour prétendre etre Mademoiselle Granville.

- Gérard.
- Pardon ?
- Gérard. Moi c'est Gérard. Pas Jérome.

Troublant. Me connait elle vraiment ? C'est vrai que "Jérome", c'est suffisamment proche de "Gérard" pour que je me pose la question. Mais quand meme. Quand on prétend avoir couché avec la personne, la moindre des choses c'est de connaitre son vrai prénom, non ?

- Enfin peu importe...Gérard... Ce que je veux dire, c'est que j'ai bien compris. Ce n'était qu'un coup d'un soir pour toi. Admettons. Tu n'es pas obligé de faire celui qui ne se souvient de rien, je trouve ca un peu dégradant, mais soit. Tu ne souhaites plus me revoir, c'est noté. Sauf que j'ai besoin de recuperer mes affaires... s'il te plait ?

Elle a été a bonne école : je ne suis pas le seul a savoir faire usage du "s'il te plait".

- Je vous assure. Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Je ne vous ai jamais vue auparavant et je vous promets que si on avait fait l'amour ensemble, je m'en souviendrais. Oh! ca oui. Croyez moi. Je m'en souviendrais.
- Je vais prendre ca pour un compliment.
- D'ailleurs si c'est ce que vous voulez, on peut le faire maintenant, ici meme. Sauvagement.
- T'es gentil. Tu veux pas plutot me faire une tartine ? Et aprés, promis, je te laisse.

Ca se tentait. Ca se refutait. En lui préparant sa tartine, j'essaie de comprendre comment cette (superbe) fille a atterri chez moi, a moitié nue, avec juste une de mes chemises sur le dos. Si elle dit vrai, cela voudrait dire que je ne me souviens pas de la fille avec qui j'ai couché la veille. Mouais. Pas convaincu. Sur l'échelle de 0 a 10 des probabilités, je le placerais autour de 12 sur l'axe des imaginaires.

- Une question me turlupine...
- Je t'écoute.
- C'était comment ?
- C'était comment quoi ?
- Le sexe...entre nous ?
- Tu ne te souviens vraiment pas ?
- Je dirais meme plus, je reste sceptique.

Sceptique, mais curieux...

- Tu préferes quelle version ?
- Celle ou vous - je peux te tutoyer ? - Celle ou tu dis que je suis le meilleur coup que tu n'aies jamais rencontré. Y a une autre version ?!?

Insister sur les points d'interrogation pour signifier que la seule résponse acceptable est "non". Si je n'arrive meme pas a assurer quand je fais virtuellement l'amour, mon amour propre en prend un sacré coup.

- Non. Bien sur que non. Si j'oublie que j'ai fait l'amour avec d'autres que toi auparavant, tu es de loin le meilleur coup.
- C'était vraiment si mauvais ?
- Ce n'est pas de ta faute...
- Elles disent toutes ca.
- C'est donc que tu as un probleme. Mais la, n'est pas la question. J'avais vraiment la tete ailleurs. Il fallait que je me souvienne de quelque chose de tres important et bien sur, comme a chaque fois dans ce genre de situation, j 'ai oublié.
- Et ca t'arrive souvent de penser a autre chose pendant que tu fais l'amour ?
- Moi au moins je me souviens de la personne avec qui je couche...

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