Saturday, December 20, 2008

2- Trou

- Et si tu me racontais comment on s'est rencontré ?

Depuis qu'il a mentionné mon vagin, il est passé au "tu", sans meme connaitre mon prénom.

- En vérité, je ne me souviens plus tres bien. J'avais passé une sale journée. Tout semblait se passer de travers. Je ne sais plus trop comment, mais tu es venu chez moi. Tu n'arrétais pas d'appuyer sur la sonnette de mon interphone. Ca m'énervait. Je t'ai fait monter et toi aussi tu avais des soucis. On est venu ici ensuite, je ne sais plus pourquoi. Et puis...et puis, je ne sais plus, ca devient flou. Et toi ? Tu ne te souviens vraiment pas comment on s'est rencontré ?
- T'es sérieuse ? Tu veux vraiment que je te dise ? Je dirais que c'était il y'a dix minutes, dans cette meme cuisine.
- Bref.

Je sentais que la discussion ne menait nul part. J'étais énervée. Le café ne m'aidait pas, mais j'en avais besoin.

Je peux aller prendre une douche et t'emprunter quelques affaires avant que tu ne me jettes dehors ?
- Fais comme chez toi.

Ce que c'est quand meme que la mémoire. Ca vous joue de ces tours. Je n'ai jamais été tres forte pour me rappeler de quoi que ce soit, mais quand meme, la soirée de la veille lors de laquelle j'ai fait l'amour a un inconnu, il devrait en rester quelque chose...rien. Le trou noir. Le vide. Un peu comme ma vie.

Le corridor, la chambre, tiroir, serviette. La douche. Eau chaude. Mmmmm. Longtemps.

- Euh, machine ? Ca te derange pas de te dépecher un peu ? Y'en a qui doivent aller bosser...
- Eva ! Et je suis désolée, j'ai presque fini.

Peut etre un peu trop longtemps. Le temps d'emprunter un jean's trop grand qui traine sur une chaise, de renfiler la chemise colorée, de glisser des tongs aux pieds 5 pointures trop grandes et me voila prete a affronter l'extérieur.

- Dis moi Jérome...
- Gérard.
- Gérard. Dis moi, t'es sur que tu te souviens de rien ?
- Absolument certain.
- Tant pis. Excuse moi de t'avoir dérangé. Je file. Je t'embete pas plus longtemps. Je t'ai laissé mes coordonnées sur la commode dans ta chambre, si jamais tu tombais sur mes affaires. Remarque, si tu trouves mon portable, essaie pas de m'appeler dessus, je risque de pas répondre...
- Pas de probleme.
- Gérard, une derniere chose...
- Oui ?
- T'aurais pas un peu d'argent a m'avancer ?

En fait, quand on passe outre le fait qu'il m'a menacé avec un couteau (a beurre !), qu'il ne se souvient pas de notre partie de jambes en l'air de la veille au soir et qu'il a un peu de bide, Gérard est quand meme sympa. Etant donnée sa version des faits, il n'était pas obligé de me filer cent euros. Je le soupconne d'avoir laché l'argent pour se débarrasser plus facilement de moi, mais quand meme...

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