Je n'ai pas l'habitude de faire venir une fille chez moi. Du moins, pas un 17+. En appuyant sur le bouton pour appeler l'ascenceur, je prie secretement pour que l'un de mes voisins me surprenne en si bonne compagnie. Personne. Je suis décu. Les voisins... jamais la quand on a besoin d'eux !
Une fois dans mon appartement, je laisse Eva visiter les lieux dans l'espoir qu'elle ait une illumination. Je ne lui parle pas pour ne pas la déconcentrer. Pourvu qu'elle se souvienne ! Je ne suis vraiment pas a l'aise avec mon amnésie. Un peu de matiere a se rappeler ne ferait pas de mal. Je compte sur elle.
Aprés avoir visité la chambre, elle revient dans le salon, un petit sourire en coin qui me semble prometteur.
- J'ai une question a te poser Gérard : quand te souviens tu avoir fait l'amour pour la derniere fois ?
- Pardon ?
- Tu m'as bien entendue. Alors ? Quand ?
- C'est a dire... c'est plutot personnel...
- Je vais t'aider. Je vais répondre pour toi. A priori, ca fait moins de 24 heures !
- Tu te souviens de quelque chose ?
- Non, mais j'ai trouvé ca dans ta salle de bain. Et il y en a un autre.
Elle me glisse sous le nez un préservatif usagé.
- Tu penses que je l'ai fait... avec toi ?
- Mes affaires étaient chez toi et je me suis promenée avec les tiennes sur le dos toute la matinée. C'est plus que probable.
- Cooooool.
- Idiot.
A ce moment, je dois sourire un peu trop benoitement, ce qui me vaut un regard assassin. Ca n'a pas l'air de la faire rire autant que moi. Alors que je me dis "Chouette, je me suis fait un 17+", elle doit penser "quelle misere, j'ai couché avec un 12-". Normalement, les 17+, je me contente de les photographier. Et c'est deja une satisfaction en soit.
- T'as une idée de ce qui nous arrive ? Pourquoi on perd la memoire ?
- Aucune. Mais je me disais que l'on devrait essayer de se laisser des preuves pour se souvenir demain de ce qu'on a fait aujourd'hui.
- Comme quoi ?
- Suis moi.
Wednesday, December 31, 2008
Tuesday, December 30, 2008
21 - Cleptomane
Je ne m'attendais pas a cela. J'ai du paraitre idiot, immobile devant elle, sans prononcer le moindre mot. En y réflechissant bien, je me sentais déja idiot avant cela.
- Vous voulez dire que vous ne vous souvenez pas de moi ?
- C'est embarassant, n'est ce pas ? Surtout que vous vous pointez avec mes sous-vétements...
- J'ai quelque chose a vous confier.
- Oui ?
- Moi non plus.
- Vous non plus quoi ?
- Je ne me souviens pas de vous.
Ou quand deux amnesiques se rencontrent...
...a nouveau.
- J'ai trouvé chez moi ce mot avec votre adresse ainsi que vos affaires.
- Mais c'est mon écriture ?
- Et je suis tombé sur cette photo.
- Mais c'est nous ?
- Plutot intimes, n'est ce pas ?
- Ca vous fait rire ?
- Pas vraiment. J'espérais juste que vous pourriez m'aider a comprendre.
Pendant que l'on discute, elle sort ses affaires du sac plastique et se lance dans un inventaire minutieux.
- Gérard, je peux vous poser une question sans que vous le preniez mal ?
- Allez-y.
- Avez vous un passé de cleptomane ?
- Pourquoi. Il manque quelque chose ?
- Non. Comme ca.
- J'ai volé des Carambars. Une fois. J'avais huit ans. Je me suis fait attraper. J'ai dit plus jamais. Et vous ?
- Je le regrette aujourd'hui : pas meme le moindre petit Carambar. Ca me fait penser...
Elle se leve, disparait derriere une porte - la chambre sans doute - et revient en portant dans les mains un Jean's, une chemise et des tongs que je reconnais.
- C'est a vous ceci ?
- Oui. Mais... comment ?
- C'est ce que je portais ce matin.
- Vous avez bon gout.
- Je pense surtout que je n'ai pas eu le choix.
- Puisqu'on en parle, depuis quand est ce que vous ne vous souvenez pas ?
- A pirori, deux semaines. Vous ?
- Deux semaines également.
- Vous pensez que c'est une coincidence ?
- Sincerement ? Aucune chance.
Je ne sais pas a quoi je m'attendais en rencontrant Eva, mais certainement pas a ça. J'espérais des réponses et je me retrouve avec deux fois plus de questions.
- Et maintenant ? Qu'est ce qu'on fait ? Vous avez une idée ?
- Vous habitez dans le 5e, n'est ce pas ?
- Oui. La mémoire vous revient ?
- Non. C'est juste que ce matin je me suis retrouvée a la terrasse d'un café dans le 5e et que maintenant je commence a comprendre pourquoi.
Aucun doute. On dirait bien qu'une jolie fille a dormi chez moi cette nuit. C'est vraiment dommage de ne pas m'en souvenir.
- Vous voulez venir chez moi, peut etre que vous vous souviendrez ?
- Vous voulez dire que vous ne vous souvenez pas de moi ?
- C'est embarassant, n'est ce pas ? Surtout que vous vous pointez avec mes sous-vétements...
- J'ai quelque chose a vous confier.
- Oui ?
- Moi non plus.
- Vous non plus quoi ?
- Je ne me souviens pas de vous.
Ou quand deux amnesiques se rencontrent...
...a nouveau.
- J'ai trouvé chez moi ce mot avec votre adresse ainsi que vos affaires.
- Mais c'est mon écriture ?
- Et je suis tombé sur cette photo.
- Mais c'est nous ?
- Plutot intimes, n'est ce pas ?
- Ca vous fait rire ?
- Pas vraiment. J'espérais juste que vous pourriez m'aider a comprendre.
Pendant que l'on discute, elle sort ses affaires du sac plastique et se lance dans un inventaire minutieux.
- Gérard, je peux vous poser une question sans que vous le preniez mal ?
- Allez-y.
- Avez vous un passé de cleptomane ?
- Pourquoi. Il manque quelque chose ?
- Non. Comme ca.
- J'ai volé des Carambars. Une fois. J'avais huit ans. Je me suis fait attraper. J'ai dit plus jamais. Et vous ?
- Je le regrette aujourd'hui : pas meme le moindre petit Carambar. Ca me fait penser...
Elle se leve, disparait derriere une porte - la chambre sans doute - et revient en portant dans les mains un Jean's, une chemise et des tongs que je reconnais.
- C'est a vous ceci ?
- Oui. Mais... comment ?
- C'est ce que je portais ce matin.
- Vous avez bon gout.
- Je pense surtout que je n'ai pas eu le choix.
- Puisqu'on en parle, depuis quand est ce que vous ne vous souvenez pas ?
- A pirori, deux semaines. Vous ?
- Deux semaines également.
- Vous pensez que c'est une coincidence ?
- Sincerement ? Aucune chance.
Je ne sais pas a quoi je m'attendais en rencontrant Eva, mais certainement pas a ça. J'espérais des réponses et je me retrouve avec deux fois plus de questions.
- Et maintenant ? Qu'est ce qu'on fait ? Vous avez une idée ?
- Vous habitez dans le 5e, n'est ce pas ?
- Oui. La mémoire vous revient ?
- Non. C'est juste que ce matin je me suis retrouvée a la terrasse d'un café dans le 5e et que maintenant je commence a comprendre pourquoi.
Aucun doute. On dirait bien qu'une jolie fille a dormi chez moi cette nuit. C'est vraiment dommage de ne pas m'en souvenir.
- Vous voulez venir chez moi, peut etre que vous vous souviendrez ?
20 - Dedans
Je sais qu'Eva ne va pas tarder a rentrer chez elle et j'ai aboslument besoin de lui parler. De comprendre. De savoir. Alors j'insiste sur l'interphone.
J'insiste encore un peu.
Un peu plus.
Apres une éternité pendant laquelle j'ai eu le temps de me dire qu'elle sait que c'est moi et qu'elle ne veut vraiment pas me parler, j'entends la voix d'une fille.
- Oui ?
- Bonjour. Est ce que je peux parler a Eva, s'il vous plait.
- C'est moi. Qui la demande ?
Comme si elle ne se doutait pas, apres m'avoir vu a l'entrée, que c'était moi.
- C'est moi, Gérard.
- Gérard... Gérard... Je ne connais pas de Gérard... C'est a quel sujet ?
Elle va jouer la comédie encore longtemps ? Je lui ai fait quelque chose de mal ? Elle veut se venger de moi ? Je ne crois pas etre un salaud pourtant. Peut etre que j'ai oublié de la rappeler ? Mais si c'est ça - et si elle m'en laisse l'occasion - je peux lui expliquer. Enfin, je peux tenter de lui expliquer.
- Je crois que j'ai quelque chose qui vous appartient.
- De quoi s'agit il ?
- Euh... vous voulez que je le dise a l'interphone ??? Et bien, il y a une petite culotte, un soutien gorge, des...
BIP. L'interphone.
- Montez, c'est au 3e, au fond de la cour. Porte a gauche.
Je traverse la cour. La concierge - selon toute apparence - me dévisage avec un je-ne-sais-quoi qui ressemble plus a du mépris qu'a de la curiosité. Ce n'est peut etre pas la concierge apres tout. J'appuie pour appeler l'ascenceur. Je pourrais prendre les escaliers, il n'y a que trois étages. Mais j'aime bien les ascenceurs. L'ouverture des portes donne un coté théatral qui m'a toujours fasciné. Apres deux minutes, je me rends compte que l'ascenceur est en panne. Je prends les escaliers.
"Porte de gauche" m'a t'elle dit. Je sonne. On m'ouvre. C'est elle.
- Entrez.
Le vouvoiement me surprend. J'aurais pensé qu'en face de moi, elle arreterait de faire semblant. Je joue le jeu.
- Merci.
- J'ai une question pour vous, Jérome...
- ... Gérard.
- Pardon. J'ai une question pour vous, Gérard...mais promettez moi de ne pas vous moquer.
- Je vous écoute.
- Est ce qu'on se connait ?
J'insiste encore un peu.
Un peu plus.
Apres une éternité pendant laquelle j'ai eu le temps de me dire qu'elle sait que c'est moi et qu'elle ne veut vraiment pas me parler, j'entends la voix d'une fille.
- Oui ?
- Bonjour. Est ce que je peux parler a Eva, s'il vous plait.
- C'est moi. Qui la demande ?
Comme si elle ne se doutait pas, apres m'avoir vu a l'entrée, que c'était moi.
- C'est moi, Gérard.
- Gérard... Gérard... Je ne connais pas de Gérard... C'est a quel sujet ?
Elle va jouer la comédie encore longtemps ? Je lui ai fait quelque chose de mal ? Elle veut se venger de moi ? Je ne crois pas etre un salaud pourtant. Peut etre que j'ai oublié de la rappeler ? Mais si c'est ça - et si elle m'en laisse l'occasion - je peux lui expliquer. Enfin, je peux tenter de lui expliquer.
- Je crois que j'ai quelque chose qui vous appartient.
- De quoi s'agit il ?
- Euh... vous voulez que je le dise a l'interphone ??? Et bien, il y a une petite culotte, un soutien gorge, des...
BIP. L'interphone.
- Montez, c'est au 3e, au fond de la cour. Porte a gauche.
Je traverse la cour. La concierge - selon toute apparence - me dévisage avec un je-ne-sais-quoi qui ressemble plus a du mépris qu'a de la curiosité. Ce n'est peut etre pas la concierge apres tout. J'appuie pour appeler l'ascenceur. Je pourrais prendre les escaliers, il n'y a que trois étages. Mais j'aime bien les ascenceurs. L'ouverture des portes donne un coté théatral qui m'a toujours fasciné. Apres deux minutes, je me rends compte que l'ascenceur est en panne. Je prends les escaliers.
"Porte de gauche" m'a t'elle dit. Je sonne. On m'ouvre. C'est elle.
- Entrez.
Le vouvoiement me surprend. J'aurais pensé qu'en face de moi, elle arreterait de faire semblant. Je joue le jeu.
- Merci.
- J'ai une question pour vous, Jérome...
- ... Gérard.
- Pardon. J'ai une question pour vous, Gérard...mais promettez moi de ne pas vous moquer.
- Je vous écoute.
- Est ce qu'on se connait ?
19 - Dehors
Je ressors de mon rendez vous avec Beck completement épuisé. Depuis le temps qu'elle travaille en France, elle pourrait parler francais quand meme ! L'important c'est que j'ai décroché une grosse campagne : une sorte de déclinaison du "Baiser de l'Hotel de Ville" de Doisneau pour une marque de dentifrice. Si, si. Ce sera une grosse campagne. C'est Beck qui me l'a dit.
Pendant que j'etais avec Beck, j'ai recu un message de Xavier, mon meilleur ami. Je l'ecoute :
"Salut Dje. C'est Xav'. Tout va bien ? Je me fais du souci. Qu'est ce que tu fous ? Je suis passe chez toi mais t'y es pas. Fais moi signe. J'espere que t'as regle ton probleme de memoire...Rappelle moi quand t'as ce message."
Un brin alarmiste. Je n'ai pas la tete a ca. Je le rappellerai plus tard.
Je suis devant la porte de l'immeuble d'Eva. J'ai ses affaires dans un sac plastique. Je vais lui échanger contre ma mémoire.
Eva Caron... Eva Caron... Eva Caron... Ah. Voila. J'ai trouvé. Je sonne a l'interphone. Pas de réponse. Elle est porbablement au travail. Il n'est que 17h. Ce n'est pas grave, je vais prendre un café en face en l'attendant. Je reessaye une seconde fois l'interphone, au cas ou. Rien. Je suis bon pour un café.
Alors que je m'apprete a faire demi tour pour m'installer a la terrasse du café d'en face, une personne s'approche de moi. C'est elle. Aucun doute. La fille sur les photos. C'est elle.
Eva.
Qu'est ce que je dois dire ? "Bonjour Eva, je ne me souviens pas de vous/toi mais j'ai vos/tes affaires." ? Non. Le mieux c'est de la laisser me parler. Peut etre au ton en déduirais-je la nature de notre relation. Ce sera plus facile.
Eva arrive a mon niveau et me lance un "Bonjour" impossible a analyser. Etait ce un bonjour tutoyant ou vouvoyant ? Un bonjour enthousiaste ou neutre ? Un bonjour qui dit "tiens, toi ici ?" ou "Bonjour monsieur l'inconnu". Me voila bien avancé. Alors que je me pose ces questions, je lance mon "Bonjour" le plus neutre possible, histoire d'etre poli. Mais elle est déja a l'intérieur. Elle ne m'a pas adressé la parole. Elle ne m'a meme pas fait entrer.
En voyant les photos, surtout celle ou nous sommes tous les deux, je m'étais tout de meme imaginé une certaine complicité qui dépasse le "Bonjour". Je me suis trompé. Toujours est il que j'ai besoin de réponses et que Eva doit en avoir pour moi.
J'insiste sur l'interphone.
Pendant que j'etais avec Beck, j'ai recu un message de Xavier, mon meilleur ami. Je l'ecoute :
"Salut Dje. C'est Xav'. Tout va bien ? Je me fais du souci. Qu'est ce que tu fous ? Je suis passe chez toi mais t'y es pas. Fais moi signe. J'espere que t'as regle ton probleme de memoire...Rappelle moi quand t'as ce message."
Un brin alarmiste. Je n'ai pas la tete a ca. Je le rappellerai plus tard.
Je suis devant la porte de l'immeuble d'Eva. J'ai ses affaires dans un sac plastique. Je vais lui échanger contre ma mémoire.
Eva Caron... Eva Caron... Eva Caron... Ah. Voila. J'ai trouvé. Je sonne a l'interphone. Pas de réponse. Elle est porbablement au travail. Il n'est que 17h. Ce n'est pas grave, je vais prendre un café en face en l'attendant. Je reessaye une seconde fois l'interphone, au cas ou. Rien. Je suis bon pour un café.
Alors que je m'apprete a faire demi tour pour m'installer a la terrasse du café d'en face, une personne s'approche de moi. C'est elle. Aucun doute. La fille sur les photos. C'est elle.
Eva.
Qu'est ce que je dois dire ? "Bonjour Eva, je ne me souviens pas de vous/toi mais j'ai vos/tes affaires." ? Non. Le mieux c'est de la laisser me parler. Peut etre au ton en déduirais-je la nature de notre relation. Ce sera plus facile.
Eva arrive a mon niveau et me lance un "Bonjour" impossible a analyser. Etait ce un bonjour tutoyant ou vouvoyant ? Un bonjour enthousiaste ou neutre ? Un bonjour qui dit "tiens, toi ici ?" ou "Bonjour monsieur l'inconnu". Me voila bien avancé. Alors que je me pose ces questions, je lance mon "Bonjour" le plus neutre possible, histoire d'etre poli. Mais elle est déja a l'intérieur. Elle ne m'a pas adressé la parole. Elle ne m'a meme pas fait entrer.
En voyant les photos, surtout celle ou nous sommes tous les deux, je m'étais tout de meme imaginé une certaine complicité qui dépasse le "Bonjour". Je me suis trompé. Toujours est il que j'ai besoin de réponses et que Eva doit en avoir pour moi.
J'insiste sur l'interphone.
18 - Papiers
Il faut que je me depeche si je ne veux pas etre en retard pour mon rendez vous avec Beck. Je refléchirai en chemin. En attendant, je cours dans ma chambre pour enfiler un costume et une cravate. Alors que je me reprends pour la quatrieme fois pour faire un noeud qui persiste dans la médiocrité, j'aperçois derriere moi, sur mon bureau, quelque chose qui attire mon attention.
J'abandonne l'idée de la cravate, la replace dans l'armoire et rejoins mon bureau. J'y trouve un bout de papier posé bien en évidence avec écrit en gros : "Gérard, si tu trouves mes affaires, peux tu me les rapporter s'il te plait ?" suivi d'une adresse dans le 17eme. Signé "Eva". je ne connais pas d'Eva. Apparemment, il s'est passé des choses ces deux dernieres semaines. Et j'ai l'impression que j'aimerais bien m'en souvenir.
Je me demande si Eva et la fille sur les photos ne sont qu'une seule et meme personne. Pour le savoir, le mieux serait d'aller chez elle. Avec ses affaires si je les trouve. Peut etre qu'elle pourra m'expliquer ce qu'il s'est passé ces derniers jours et pourquoi je ne me souviens de rien. Mais chaque chose en son temps. Je vais vraiment etre en retard pour Beck.
Je cours dans le couloir. Au moment d'enfiler mes chaussures, je remarque un sac plastique sur la table de l'entrée qui n'a rien a faire la. A l'intérieur, des habits de fille et un sac a main. Une rapide inspection du sac me permet de mettre la main sur le portefeuille. La carte d'Identité m'apprend qu'Eva Caron est de sexe féminin, qu'elle est née a Evry un 3 mars 1972, - j'en déduis brillamment qu'il s'agit d'un poisson de 36 ans - que si j'en crois ses autres prénoms, ses grands-parents s'appelaient Georges et Renée - a moins que ses parents n'aient des gouts tres étranges, et qu'elle mesure 1m67. De plus, la signature torturée laisse deviner une tendance psychopate.
Je crois bien que j'ai retrouvé les affaires d'Eva.
J'abandonne l'idée de la cravate, la replace dans l'armoire et rejoins mon bureau. J'y trouve un bout de papier posé bien en évidence avec écrit en gros : "Gérard, si tu trouves mes affaires, peux tu me les rapporter s'il te plait ?" suivi d'une adresse dans le 17eme. Signé "Eva". je ne connais pas d'Eva. Apparemment, il s'est passé des choses ces deux dernieres semaines. Et j'ai l'impression que j'aimerais bien m'en souvenir.
Je me demande si Eva et la fille sur les photos ne sont qu'une seule et meme personne. Pour le savoir, le mieux serait d'aller chez elle. Avec ses affaires si je les trouve. Peut etre qu'elle pourra m'expliquer ce qu'il s'est passé ces derniers jours et pourquoi je ne me souviens de rien. Mais chaque chose en son temps. Je vais vraiment etre en retard pour Beck.
Je cours dans le couloir. Au moment d'enfiler mes chaussures, je remarque un sac plastique sur la table de l'entrée qui n'a rien a faire la. A l'intérieur, des habits de fille et un sac a main. Une rapide inspection du sac me permet de mettre la main sur le portefeuille. La carte d'Identité m'apprend qu'Eva Caron est de sexe féminin, qu'elle est née a Evry un 3 mars 1972, - j'en déduis brillamment qu'il s'agit d'un poisson de 36 ans - que si j'en crois ses autres prénoms, ses grands-parents s'appelaient Georges et Renée - a moins que ses parents n'aient des gouts tres étranges, et qu'elle mesure 1m67. De plus, la signature torturée laisse deviner une tendance psychopate.
Je crois bien que j'ai retrouvé les affaires d'Eva.
17 - Parisien
Il reste un bout de baguette étonnamment fraiche et je dois avoir du jambon ainsi que du fromage dans le frigo. Va pour un parisien.
Tandis que je beurre mon pain, je recois un message de Beck, la petite américaine toute mignonne qui représente un de mes gros clients. Elle me précise l'adresse de notre rendez vous cet apres midi. Quel rendez vous ? Elle termine son message par trois "X". Je crois que Beck a un faible pour moi.
En feuilletant les pages de mon agenda, je me rends compte que j'ai bel et bien rendez vous avec Beck, mais c'est dans deux semaines. Je décide de la rappeler dans la foulée.
- Hi Beck, this is Gérard
- Bonjour Gérard. Did you get my message ?
- Well...euh... yes. But i am very surprised. We are supposed to meet in 15 days, not today.
- Of course it's today. You confirmed it yesterday.
- Did I ?
- What's happening to you, Gérard ? Are you all right ?
- Yes, yes, don't worry. Do you know what is the day today ?
- What kind of silly question is that ? It's Thursday of course.
- Thursday the ?
- The 6th of November. You're sure you're all right ?
- Yes, yes. Positive. Don't worry, I will be there for our meeting. See you.
- Bye.
La vérité c'est que ça n'allait pas du tout. Alors comme ca, on n'est pas mercredi 22 octobre mais jeudi 6 novembre ? Ca fait un choc. Que dit mon téléphone ? La meme chose que Beck. Et le Monde qui traine sur la table de la cuisine ? Il confirme. Je mastique mon sandwich et je comprends mieux pourquoi la plupart des photos que j'ai développées ce matin ne me disaient absolument rien. J'ai deux semaines d'amnésie totale !
Tandis que je beurre mon pain, je recois un message de Beck, la petite américaine toute mignonne qui représente un de mes gros clients. Elle me précise l'adresse de notre rendez vous cet apres midi. Quel rendez vous ? Elle termine son message par trois "X". Je crois que Beck a un faible pour moi.
En feuilletant les pages de mon agenda, je me rends compte que j'ai bel et bien rendez vous avec Beck, mais c'est dans deux semaines. Je décide de la rappeler dans la foulée.
- Hi Beck, this is Gérard
- Bonjour Gérard. Did you get my message ?
- Well...euh... yes. But i am very surprised. We are supposed to meet in 15 days, not today.
- Of course it's today. You confirmed it yesterday.
- Did I ?
- What's happening to you, Gérard ? Are you all right ?
- Yes, yes, don't worry. Do you know what is the day today ?
- What kind of silly question is that ? It's Thursday of course.
- Thursday the ?
- The 6th of November. You're sure you're all right ?
- Yes, yes. Positive. Don't worry, I will be there for our meeting. See you.
- Bye.
La vérité c'est que ça n'allait pas du tout. Alors comme ca, on n'est pas mercredi 22 octobre mais jeudi 6 novembre ? Ca fait un choc. Que dit mon téléphone ? La meme chose que Beck. Et le Monde qui traine sur la table de la cuisine ? Il confirme. Je mastique mon sandwich et je comprends mieux pourquoi la plupart des photos que j'ai développées ce matin ne me disaient absolument rien. J'ai deux semaines d'amnésie totale !
Monday, December 29, 2008
16 - Photos
Je sors de la douche. Je me sens tout bizarre, presqu'ivre. Il est déja 9h et je n'ai pas encore commencé a travailler. Qu'est ce que j'ai bien pu faire ce matin pour trainer autant ?
Je monte au septieme étage pour aller m'isoler dans mon atelier. C'est une chambre de bonne sous les toits que j'ai aménagée et qui suffit largement a mon bonheur de photographe. Etant donné le cout des travaux, c'est la moindre des choses.
J'ouvre la porte et me faufile dans l'obscurité de mon antre rougeatre. Je pose sur la table de travail l'appareil photo que j'ai monté avec moi et entreprends de jeter un rapide coup d'oeil aux derniers clichés qui sont en train de sécher au dessus de ma tete. Quelques unes des photos sont bonnes, mais je reste perplexe : je ne me souviens pas les avoir prises. Plusieurs semblent avoir été prises dans mon appartement. Mais quand ? Et qui est cette fille qui revient si souvent ? Il y a meme une photo de nous deux. C'est a n'y rien comprendre.
Je reste deux minutes sans bouger, a essayer de donner du sens a ces clichés, le regard perdu sur une des photos ou l'on voit la fille lancer un regard coquin par dessus son épaule. Elle a de jolis traits fins, d'agréables proportions, une belle lumiere. Il se dégage quelque chose. Mais de toute évidence, elle n'est pas mannequin. Est il possible que je ne me souvienne pas d'elle ? Assez perdu de temps. Ca me reviendra sans doute. En attendant, j'ai du travail a abattre.
A 13 heures, l'appel du ventre me sort de mon atelier. Avant de redescendre au sixieme, je développe les photos de l'appareil que j'ai monté avec moi ce matin. Aucune idée de ce qu'il contient. Je verrai le résultat apres déjeuner.
Je monte au septieme étage pour aller m'isoler dans mon atelier. C'est une chambre de bonne sous les toits que j'ai aménagée et qui suffit largement a mon bonheur de photographe. Etant donné le cout des travaux, c'est la moindre des choses.
J'ouvre la porte et me faufile dans l'obscurité de mon antre rougeatre. Je pose sur la table de travail l'appareil photo que j'ai monté avec moi et entreprends de jeter un rapide coup d'oeil aux derniers clichés qui sont en train de sécher au dessus de ma tete. Quelques unes des photos sont bonnes, mais je reste perplexe : je ne me souviens pas les avoir prises. Plusieurs semblent avoir été prises dans mon appartement. Mais quand ? Et qui est cette fille qui revient si souvent ? Il y a meme une photo de nous deux. C'est a n'y rien comprendre.
Je reste deux minutes sans bouger, a essayer de donner du sens a ces clichés, le regard perdu sur une des photos ou l'on voit la fille lancer un regard coquin par dessus son épaule. Elle a de jolis traits fins, d'agréables proportions, une belle lumiere. Il se dégage quelque chose. Mais de toute évidence, elle n'est pas mannequin. Est il possible que je ne me souvienne pas d'elle ? Assez perdu de temps. Ca me reviendra sans doute. En attendant, j'ai du travail a abattre.
A 13 heures, l'appel du ventre me sort de mon atelier. Avant de redescendre au sixieme, je développe les photos de l'appareil que j'ai monté avec moi ce matin. Aucune idée de ce qu'il contient. Je verrai le résultat apres déjeuner.
Sunday, December 28, 2008
15 - Vertigo
Cette histoire avec Eva me chiffonne. Mais quelque chose d'autre me perturbe depuis ce matin. Et je n'arrive pas a mettre le doigt dessus. Ah, si, ca y est. Lyon qui gagne 2-0.
Cela n'a rien de surprenant en soit, si ce n'est qu'ils ont déja gagné 5-3... la veille. Mes connaissances footbalistiques se limitent généralement a une biere et une pizza. Mais si je ne me trompe pas, les équipes ne jouent jamais deux matchs en deux jours. Ca laisse supposer quelque chose de pas tout a fait normal.
A bien y reflechir, Obama President, ca me gene aussi. Les elections americaines ne sont elles pas sensees avoir lieu dans deux semaines ?
Quand on lit un journal acheté le matin, il est rare de remettre en cause le fait qu'il s'agit du journal du jour. Depuis que Nostradamus est mort - ainsi que Madame Soleil...dur métier - il est en effet peu courant de découvrir les nouvelles prédictives de dans deux semaines a l'intérieur de son quotidien. Et par conséquent, confiant, on ne jette jamais vraiment un oeil sur la date dudit quotidien. On le lit sans y préter attention. Ces histoires de Lyon et d'Obama en tete, je me risque a verifier.
Je suis sujet au vertige. Je l'ai découvert le jour ou ma mere a tenu a me faire grimper la tour Eiffel par les escaliers. J'avais six ans et les petits trous dans les marches n'étaient pas mes amies ce jour la. Mais alors pas du tout ! Et ma mere a regretté l'expérience au moins autant - sinon plus - que moi. Le vertige que je ressens en découvrant que le Monde est daté de dans deux semaines est tout aussi troublant. Mais ma mere n'est pas la pour me rassurer.
Il faut me rendre a l'évidence et changer de référentiel : ce n'est pas le journal qui prédit l'avenir, mais moi qui ne me souviens pas de ces deux dernieres semaines. Tel Saint Thomas, dans le doute, je vérifie sur mon téléphone portable qui me confirme l'évidence. Tel Saint Thomas dans le doute, je vérifie sur mon ordinateur portable qui me confirme lui aussi l'évidence. Tel Saint Thomas dans le doute, j'allume la télévision. Pareil... C'est un complot !
La bonne nouvelle, c'est que cela ne peut vouloir dire qu'une chose : Eva avait raison. On l'a fait ! (On l'a fait ! On l'a fait ! On l'a fait !) La mauvaise, c'est que, étant donné comment je l'ai accueillie ce matin, je ne risque pas de le refaire avec elle de sitot. Si au moins je pouvais m'en souvenir !
Café. Double.
Cela n'a rien de surprenant en soit, si ce n'est qu'ils ont déja gagné 5-3... la veille. Mes connaissances footbalistiques se limitent généralement a une biere et une pizza. Mais si je ne me trompe pas, les équipes ne jouent jamais deux matchs en deux jours. Ca laisse supposer quelque chose de pas tout a fait normal.
A bien y reflechir, Obama President, ca me gene aussi. Les elections americaines ne sont elles pas sensees avoir lieu dans deux semaines ?
Quand on lit un journal acheté le matin, il est rare de remettre en cause le fait qu'il s'agit du journal du jour. Depuis que Nostradamus est mort - ainsi que Madame Soleil...dur métier - il est en effet peu courant de découvrir les nouvelles prédictives de dans deux semaines a l'intérieur de son quotidien. Et par conséquent, confiant, on ne jette jamais vraiment un oeil sur la date dudit quotidien. On le lit sans y préter attention. Ces histoires de Lyon et d'Obama en tete, je me risque a verifier.
Je suis sujet au vertige. Je l'ai découvert le jour ou ma mere a tenu a me faire grimper la tour Eiffel par les escaliers. J'avais six ans et les petits trous dans les marches n'étaient pas mes amies ce jour la. Mais alors pas du tout ! Et ma mere a regretté l'expérience au moins autant - sinon plus - que moi. Le vertige que je ressens en découvrant que le Monde est daté de dans deux semaines est tout aussi troublant. Mais ma mere n'est pas la pour me rassurer.
Il faut me rendre a l'évidence et changer de référentiel : ce n'est pas le journal qui prédit l'avenir, mais moi qui ne me souviens pas de ces deux dernieres semaines. Tel Saint Thomas, dans le doute, je vérifie sur mon téléphone portable qui me confirme l'évidence. Tel Saint Thomas dans le doute, je vérifie sur mon ordinateur portable qui me confirme lui aussi l'évidence. Tel Saint Thomas dans le doute, j'allume la télévision. Pareil... C'est un complot !
La bonne nouvelle, c'est que cela ne peut vouloir dire qu'une chose : Eva avait raison. On l'a fait ! (On l'a fait ! On l'a fait ! On l'a fait !) La mauvaise, c'est que, étant donné comment je l'ai accueillie ce matin, je ne risque pas de le refaire avec elle de sitot. Si au moins je pouvais m'en souvenir !
Café. Double.
14 - Vide
Je ne sais pas comment me débarrasser de cette folle qui persiste a croire qu'on a fait l'amour hier soir. Quand je repense aux titres du Monde, je relativise. Chacun ses problemes.
- Dis moi Gérard, ca t'embeterait si j'utilisais ta salle de bain pour faire un brin de toilette avant de m'éclipser ?
- Non, vas y, fais comme chez toi. C'est dans la chambre, au bout du couloir.
- Merci. Par ailleurs, si tu trouves mes affaires...
- J'ouvre un oeil. Si je surprends ta petite culotte en train d'essayer de se faire la malle, je tente de la convaincre de rester. Promis.
J'ai besoin d'un nouveau café. Pendant que la fille - dont je me rends compte que je ne connais meme pas le prénom - prend sa douche, je fais les cent pas en essayant de rationnaliser. Mais rationnaliser quoi ? Comment une belle inconnue a moitié nue se retrouve dans ma cuisine ? Ma logique en perd son latin. L'heure tourne, il faut que je me mette a bosser. J'entends l'eau de la douche qui coule toujours.
- Dis, Machine, si tu peux te dépecher un peu, je dois partir travailler.
Je la retrouve cinq minutes plus tard dans la cuisine. Les manches de ma chemise pendent dans le vide, mon jeans' tient miraculeusement grace a ma ceinture qui lui fait presque deux tours de taille complets et mes tongs donnent a ses pieds une allure de plongeuse en bouteille. Elle est prete a affronter l'extérieur.
- Au fait, moi c'est Eva. Ca t'embete si je t'emprunte tes habits ? Je prefere ressembler a un clown que de me retrouver nue dans la rue.
- Je t'en prie. Et puis tu sais ou j'habite pour venir me les rendre. Tu sais meme comment t'introduire chez moi.
Je l'observe alors qu'elle se sert un café. Elle n'a pas l'air bien méchante. Au contraire. Elle est bien trop jolie pour ca. Si seulement ce qu'elle me raconte pouvait etre vrai ! C'est drole. Je me suis souvent posé la question : est ce que je préfere connaitre le plus beau des orgasmes sexuels une seule fois dans ma vie sans jamais m'en souvenir ou bien quelques baises médiocres en toute connaissance de cause ? J'avais toujours cru pencher pour la seconde option - je ne suis qu'un male, apres tout. En voyant Eva sous mes yeux, je commence a reconsidérer mon jugement.
Une fois son troiseme cafe avalé - nous avons visiblement cette addiction en commun - le moment tant espéré arrive enfin :
- Je vais y aller. Je t'ai laissé un mot avec mes coordonnées dans ta chambre, si jamais tu retrouves mes affaires.
- Pas de probleme.
- Bon, bein...au revoir.
- C'est ca, au revoir.
Je jette un oeil a travers le judas pour vérifier qu'elle prend bien l'ascenceur. Dans le doute je ferme a double tour. Et maintenant, la vraie question : qu'est ce que j'ai fait hier soir ?
- Dis moi Gérard, ca t'embeterait si j'utilisais ta salle de bain pour faire un brin de toilette avant de m'éclipser ?
- Non, vas y, fais comme chez toi. C'est dans la chambre, au bout du couloir.
- Merci. Par ailleurs, si tu trouves mes affaires...
- J'ouvre un oeil. Si je surprends ta petite culotte en train d'essayer de se faire la malle, je tente de la convaincre de rester. Promis.
J'ai besoin d'un nouveau café. Pendant que la fille - dont je me rends compte que je ne connais meme pas le prénom - prend sa douche, je fais les cent pas en essayant de rationnaliser. Mais rationnaliser quoi ? Comment une belle inconnue a moitié nue se retrouve dans ma cuisine ? Ma logique en perd son latin. L'heure tourne, il faut que je me mette a bosser. J'entends l'eau de la douche qui coule toujours.
- Dis, Machine, si tu peux te dépecher un peu, je dois partir travailler.
Je la retrouve cinq minutes plus tard dans la cuisine. Les manches de ma chemise pendent dans le vide, mon jeans' tient miraculeusement grace a ma ceinture qui lui fait presque deux tours de taille complets et mes tongs donnent a ses pieds une allure de plongeuse en bouteille. Elle est prete a affronter l'extérieur.
- Au fait, moi c'est Eva. Ca t'embete si je t'emprunte tes habits ? Je prefere ressembler a un clown que de me retrouver nue dans la rue.
- Je t'en prie. Et puis tu sais ou j'habite pour venir me les rendre. Tu sais meme comment t'introduire chez moi.
Je l'observe alors qu'elle se sert un café. Elle n'a pas l'air bien méchante. Au contraire. Elle est bien trop jolie pour ca. Si seulement ce qu'elle me raconte pouvait etre vrai ! C'est drole. Je me suis souvent posé la question : est ce que je préfere connaitre le plus beau des orgasmes sexuels une seule fois dans ma vie sans jamais m'en souvenir ou bien quelques baises médiocres en toute connaissance de cause ? J'avais toujours cru pencher pour la seconde option - je ne suis qu'un male, apres tout. En voyant Eva sous mes yeux, je commence a reconsidérer mon jugement.
Une fois son troiseme cafe avalé - nous avons visiblement cette addiction en commun - le moment tant espéré arrive enfin :
- Je vais y aller. Je t'ai laissé un mot avec mes coordonnées dans ta chambre, si jamais tu retrouves mes affaires.
- Pas de probleme.
- Bon, bein...au revoir.
- C'est ca, au revoir.
Je jette un oeil a travers le judas pour vérifier qu'elle prend bien l'ascenceur. Dans le doute je ferme a double tour. Et maintenant, la vraie question : qu'est ce que j'ai fait hier soir ?
Saturday, December 27, 2008
13 - Mademoiselle X
Je me reveille tres tot, comme a mon habitude. J'ai la bonne surprise de trouver une jeune fille allongée a mes cotés. Un joli brin de jeune fille. Ce que j'en vois n'est pas pour me déplaire. Je crois qu'elle s'appelle Eva. Je la regarde un peu pour profiter de la chance qui m'est offerte. Je sais par expérience que ce genre de moments ne durent jamais assez longtemps. Je me leve sans la réveiller et sors de la chambre sur la pointe des pieds.
La cuisine ressemble a un champs de bataille. J'admire le tableau en essayant de me souvenir comment ma chemise a atterri sur son soutien gorge. On a du etre pris d'un désir bestial et incontrolable pour le faire ici. Mais aussi ridicule que cela puisse paraitre, je ne m'en souviens pas. Pas vraiment. Vraiment pas ? Je me souviens l'avoir fait dans le lit. Deux fois. Et sans me vanter, je pense avoir été performant. Mais dans la cuisine ? Occulté.
Je ramasse les affaires de mon invitée, les plie et mets le tout dans un sac plastique. Je les lui donnerai quand elle se réveillera. Laissons la profiter de quelques reves bien mérités. Je ramasse les grains de café éparpillés autour de la machine - vraiment bestial - les insere dans le moulin avec le reste, et mouds. Mon premier café du matin ingurgité, je commence a me réveiller. Apres le deuxieme, j'ouvre les yeux. Le troisieme n'est qu'une formalité.
Je sors acheter ma baguette au boulanger de l'angle. J'aime bien discuter de la pluie et du beau temps avec lui a 6 heures du matin, quand la ville endormie commence a présenter quelques signes d'activité. Je remonte avec Le Monde et ma baguette sous le bras.
Une fois les tartines dans le grille pain, je parcours les titres. C'est toujours les memes informations déprimantes. Attentat en Israel, douze morts. Barack Obama elu President des Etats Unis. Le PS s'entre-déchire. Un homme dans l'Aube tue sa femme et ses enfants avant de se tirer une balle dans la tete. Lyon a gagné 2-0 en Ligue des Champions.
J'entends du bruit qui vient de ma chambre. Je ne suis pas rassuré. Je saisis fermement le couteau du beurre, pret a me défendre de toute aggression. Un voleur qui serait passé par la fenetre ? Au 6e étage ? Ce serait vraiment pas de chance.
Depuis le couloir, j'entends une voix me lancer un "Bonjour", comme pour me désarmer. Le voleur en question est une voleuse. Elle est maintenant la, devant moi. Je la menace de mon couteau - on, n'est jamais trop prudent. Ca n'a pas l'air de lui faire plaisir.
- Qui etes vous et que faites vous chez moi ?
- Tu te fous de moi ? Elle est bien bonne celle la ! C'est comme ca que tu te débarrasses de celles avec qui tu couches ? Fallait pas m'inviter a passer la nuit ici dans ce cas...
- Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Mais je vous demanderais de bien vouloir partir maintenant, s'il vous plait...
Je dis un peu "s'il vous plait" au cas ou ca l'attendrirait (c'est une fille), mais ce que je pense au plus profond de moi c'est "casse toi ! Tu me fais flipper !". Mais bon, en bon gentleman que je suis, malgré l'adversité, je reste poli.
- Ecoute Jérome...
A part Mademoiselle Granville qui me donnait des cours de catéchisme quand j'avais 6 ans, je ne pense pas que personne m'ait jamais appelé Jérome. Et la personne en face de moi est bien trop jeune pour prétendre etre Mademoiselle Granville.
- Gérard.
- Pardon ?
- Gérard. Moi c'est Gérard. Pas Jérome.
Troublant. Me connait elle vraiment ? C'est vrai que "Jérome", c'est suffisamment proche de "Gérard" pour que je me pose la question. Mais quand meme. Quand on prétend avoir couché avec la personne, la moindre des choses c'est de connaitre son vrai prénom, non ?
- Enfin peu importe...Gérard... Ce que je veux dire, c'est que j'ai bien compris. Ce n'était qu'un coup d'un soir pour toi. Admettons. Tu n'es pas obligé de faire celui qui ne se souvient de rien, je trouve ca un peu dégradant, mais soit. Tu ne souhaites plus me revoir, c'est noté. Sauf que j'ai besoin de recuperer mes affaires... s'il te plait ?
Elle a été a bonne école : je ne suis pas le seul a savoir faire usage du "s'il te plait".
- Je vous assure. Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Je ne vous ai jamais vue auparavant et je vous promets que si on avait fait l'amour ensemble, je m'en souviendrais. Oh! ca oui. Croyez moi. Je m'en souviendrais.
- Je vais prendre ca pour un compliment.
- D'ailleurs si c'est ce que vous voulez, on peut le faire maintenant, ici meme. Sauvagement.
- T'es gentil. Tu veux pas plutot me faire une tartine ? Et aprés, promis, je te laisse.
Ca se tentait. Ca se refutait. En lui préparant sa tartine, j'essaie de comprendre comment cette (superbe) fille a atterri chez moi, a moitié nue, avec juste une de mes chemises sur le dos. Si elle dit vrai, cela voudrait dire que je ne me souviens pas de la fille avec qui j'ai couché la veille. Mouais. Pas convaincu. Sur l'échelle de 0 a 10 des probabilités, je le placerais autour de 12 sur l'axe des imaginaires.
- Une question me turlupine...
- Je t'écoute.
- C'était comment ?
- C'était comment quoi ?
- Le sexe...entre nous ?
- Tu ne te souviens vraiment pas ?
- Je dirais meme plus, je reste sceptique.
Sceptique, mais curieux...
- Tu préferes quelle version ?
- Celle ou vous - je peux te tutoyer ? - Celle ou tu dis que je suis le meilleur coup que tu n'aies jamais rencontré. Y a une autre version ?!?
Insister sur les points d'interrogation pour signifier que la seule résponse acceptable est "non". Si je n'arrive meme pas a assurer quand je fais virtuellement l'amour, mon amour propre en prend un sacré coup.
- Non. Bien sur que non. Si j'oublie que j'ai fait l'amour avec d'autres que toi auparavant, tu es de loin le meilleur coup.
- C'était vraiment si mauvais ?
- Ce n'est pas de ta faute...
- Elles disent toutes ca.
- C'est donc que tu as un probleme. Mais la, n'est pas la question. J'avais vraiment la tete ailleurs. Il fallait que je me souvienne de quelque chose de tres important et bien sur, comme a chaque fois dans ce genre de situation, j 'ai oublié.
- Et ca t'arrive souvent de penser a autre chose pendant que tu fais l'amour ?
- Moi au moins je me souviens de la personne avec qui je couche...
La cuisine ressemble a un champs de bataille. J'admire le tableau en essayant de me souvenir comment ma chemise a atterri sur son soutien gorge. On a du etre pris d'un désir bestial et incontrolable pour le faire ici. Mais aussi ridicule que cela puisse paraitre, je ne m'en souviens pas. Pas vraiment. Vraiment pas ? Je me souviens l'avoir fait dans le lit. Deux fois. Et sans me vanter, je pense avoir été performant. Mais dans la cuisine ? Occulté.
Je ramasse les affaires de mon invitée, les plie et mets le tout dans un sac plastique. Je les lui donnerai quand elle se réveillera. Laissons la profiter de quelques reves bien mérités. Je ramasse les grains de café éparpillés autour de la machine - vraiment bestial - les insere dans le moulin avec le reste, et mouds. Mon premier café du matin ingurgité, je commence a me réveiller. Apres le deuxieme, j'ouvre les yeux. Le troisieme n'est qu'une formalité.
Je sors acheter ma baguette au boulanger de l'angle. J'aime bien discuter de la pluie et du beau temps avec lui a 6 heures du matin, quand la ville endormie commence a présenter quelques signes d'activité. Je remonte avec Le Monde et ma baguette sous le bras.
Une fois les tartines dans le grille pain, je parcours les titres. C'est toujours les memes informations déprimantes. Attentat en Israel, douze morts. Barack Obama elu President des Etats Unis. Le PS s'entre-déchire. Un homme dans l'Aube tue sa femme et ses enfants avant de se tirer une balle dans la tete. Lyon a gagné 2-0 en Ligue des Champions.
J'entends du bruit qui vient de ma chambre. Je ne suis pas rassuré. Je saisis fermement le couteau du beurre, pret a me défendre de toute aggression. Un voleur qui serait passé par la fenetre ? Au 6e étage ? Ce serait vraiment pas de chance.
Depuis le couloir, j'entends une voix me lancer un "Bonjour", comme pour me désarmer. Le voleur en question est une voleuse. Elle est maintenant la, devant moi. Je la menace de mon couteau - on, n'est jamais trop prudent. Ca n'a pas l'air de lui faire plaisir.
- Qui etes vous et que faites vous chez moi ?
- Tu te fous de moi ? Elle est bien bonne celle la ! C'est comme ca que tu te débarrasses de celles avec qui tu couches ? Fallait pas m'inviter a passer la nuit ici dans ce cas...
- Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Mais je vous demanderais de bien vouloir partir maintenant, s'il vous plait...
Je dis un peu "s'il vous plait" au cas ou ca l'attendrirait (c'est une fille), mais ce que je pense au plus profond de moi c'est "casse toi ! Tu me fais flipper !". Mais bon, en bon gentleman que je suis, malgré l'adversité, je reste poli.
- Ecoute Jérome...
A part Mademoiselle Granville qui me donnait des cours de catéchisme quand j'avais 6 ans, je ne pense pas que personne m'ait jamais appelé Jérome. Et la personne en face de moi est bien trop jeune pour prétendre etre Mademoiselle Granville.
- Gérard.
- Pardon ?
- Gérard. Moi c'est Gérard. Pas Jérome.
Troublant. Me connait elle vraiment ? C'est vrai que "Jérome", c'est suffisamment proche de "Gérard" pour que je me pose la question. Mais quand meme. Quand on prétend avoir couché avec la personne, la moindre des choses c'est de connaitre son vrai prénom, non ?
- Enfin peu importe...Gérard... Ce que je veux dire, c'est que j'ai bien compris. Ce n'était qu'un coup d'un soir pour toi. Admettons. Tu n'es pas obligé de faire celui qui ne se souvient de rien, je trouve ca un peu dégradant, mais soit. Tu ne souhaites plus me revoir, c'est noté. Sauf que j'ai besoin de recuperer mes affaires... s'il te plait ?
Elle a été a bonne école : je ne suis pas le seul a savoir faire usage du "s'il te plait".
- Je vous assure. Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Je ne vous ai jamais vue auparavant et je vous promets que si on avait fait l'amour ensemble, je m'en souviendrais. Oh! ca oui. Croyez moi. Je m'en souviendrais.
- Je vais prendre ca pour un compliment.
- D'ailleurs si c'est ce que vous voulez, on peut le faire maintenant, ici meme. Sauvagement.
- T'es gentil. Tu veux pas plutot me faire une tartine ? Et aprés, promis, je te laisse.
Ca se tentait. Ca se refutait. En lui préparant sa tartine, j'essaie de comprendre comment cette (superbe) fille a atterri chez moi, a moitié nue, avec juste une de mes chemises sur le dos. Si elle dit vrai, cela voudrait dire que je ne me souviens pas de la fille avec qui j'ai couché la veille. Mouais. Pas convaincu. Sur l'échelle de 0 a 10 des probabilités, je le placerais autour de 12 sur l'axe des imaginaires.
- Une question me turlupine...
- Je t'écoute.
- C'était comment ?
- C'était comment quoi ?
- Le sexe...entre nous ?
- Tu ne te souviens vraiment pas ?
- Je dirais meme plus, je reste sceptique.
Sceptique, mais curieux...
- Tu préferes quelle version ?
- Celle ou vous - je peux te tutoyer ? - Celle ou tu dis que je suis le meilleur coup que tu n'aies jamais rencontré. Y a une autre version ?!?
Insister sur les points d'interrogation pour signifier que la seule résponse acceptable est "non". Si je n'arrive meme pas a assurer quand je fais virtuellement l'amour, mon amour propre en prend un sacré coup.
- Non. Bien sur que non. Si j'oublie que j'ai fait l'amour avec d'autres que toi auparavant, tu es de loin le meilleur coup.
- C'était vraiment si mauvais ?
- Ce n'est pas de ta faute...
- Elles disent toutes ca.
- C'est donc que tu as un probleme. Mais la, n'est pas la question. J'avais vraiment la tete ailleurs. Il fallait que je me souvienne de quelque chose de tres important et bien sur, comme a chaque fois dans ce genre de situation, j 'ai oublié.
- Et ca t'arrive souvent de penser a autre chose pendant que tu fais l'amour ?
- Moi au moins je me souviens de la personne avec qui je couche...
12 - Flash
Pour détendre l'atmosphere, Gérard propose de prendre des photos de nous, histoire d'avoir une trace. Je trouve que c'est une bonne idée. Rien de telles que des preuves pour se convaincre demain de ce qu'on a fait aujourd'hui. On n'est pas a l'abri de perdre a nouveau la mémoire.
Je découvre que Gérard a du matériel photo impressionnant. On dirait celui d'un professionnel. Pour moi, un jetable fait remarquablement l'affaire. Tout ce dont j'ai besoin, c'est de me souvenir qu'un jour j'ai eu la chance de bronzer sur une plage exotique, que je suis capable de me lever tot pour admirer et immortaliser un coucher de soleil dans un decor paradisiaque, que pour mes 20 ans mes amies proches étaient Carole, Céline, Chloé et Caroline (je dois avoir un faible pour la lettre "C"), qu'apparemment pour mes 25 ans Caroline n'était déja plus une amie, qu'a mes 30 ans, il était difficile de prédire le fiasco de ma relation avec Marc et que pour mes 35 ans, il est temps de penser a arreter de me prendre en photos.
Gérard m'explique que c'est son métier - photographe. Je suis contente de ne pas avoir eu l'occasion de lui expliquer ce que représentait la photo pour moi. Lucide, je me dis que je vais le garder pour moi. Il tente de m'expliquer quelques rudiments. Par politesse, je fais semblant de m'intéresser en posant des questions sur le temps d'exposition, le maniement de l'obturateur ou l'ouverture du diaphragme. Il est patient. Pour rire, nous nous lançons dans une séance photo ou je suis Marylin. Je me laisse prendre au jeu. Il y a de l'érotisme dans l'air.
Nous le refaisons. Cette fois sur le lit. C'est plus conventionnel. Plus confortable. Plus long également. Au coeur de l'action, je commence a revoir certains moments de la soirée avec l'attention d'une mémoire relative mais existante. Et les pieces du puzzle se mettent en place. Je crois que je commence a comprendre. Mais pour combien de temps ? Je crains qu'il ne soit déja trop tard. Alongée sur le ventre comme je le suis, avec Gérard qui s'active derriere moi, impossible de noter quoi que ce soit. Me souvenir. Je dois me souvenir...
Je revois la scene. Apres la triste performance de Gérard dans la cuisine nous nous sommes assis, un silence pesant entre nous. Bien que ce fut le but de la manoeuvre, inutile de dire que la mémoire ne m'était pas revenue. Il a pris ma main, s'est excusé, s'est levé et m'a tendu le café qu'il m'avait préparé auparavant et qui n'avait pas encore eu le temps de refroidir. C'est dire.
Puis je l'ai entendu moudre les grains, pour se préparer un autre café. Je n'y ai pas prété attention sur le moment, mais je revois maintenant les comprimés de médicament. Marrons. Etrangement similaires a...a des grains de cafés. Et je fais le lien. Je me revois jeter la boite coincée dans ma poche a coté de la machine a espresso. Je visualise la boite s'ouvrir et les cachets se répandre.
Je repense au pharmacien en train de me prévenir de bien suivre le traitement. Surtout pas plus d'un cachet par jour. Sinon quoi ?
Gérard (Jérome ?) est toujours en train de me prendre en levrette. Je dois me rappeler. Ne pas boire le café. Ne pas boire le café. Ne pas...
Je découvre que Gérard a du matériel photo impressionnant. On dirait celui d'un professionnel. Pour moi, un jetable fait remarquablement l'affaire. Tout ce dont j'ai besoin, c'est de me souvenir qu'un jour j'ai eu la chance de bronzer sur une plage exotique, que je suis capable de me lever tot pour admirer et immortaliser un coucher de soleil dans un decor paradisiaque, que pour mes 20 ans mes amies proches étaient Carole, Céline, Chloé et Caroline (je dois avoir un faible pour la lettre "C"), qu'apparemment pour mes 25 ans Caroline n'était déja plus une amie, qu'a mes 30 ans, il était difficile de prédire le fiasco de ma relation avec Marc et que pour mes 35 ans, il est temps de penser a arreter de me prendre en photos.
Gérard m'explique que c'est son métier - photographe. Je suis contente de ne pas avoir eu l'occasion de lui expliquer ce que représentait la photo pour moi. Lucide, je me dis que je vais le garder pour moi. Il tente de m'expliquer quelques rudiments. Par politesse, je fais semblant de m'intéresser en posant des questions sur le temps d'exposition, le maniement de l'obturateur ou l'ouverture du diaphragme. Il est patient. Pour rire, nous nous lançons dans une séance photo ou je suis Marylin. Je me laisse prendre au jeu. Il y a de l'érotisme dans l'air.
Nous le refaisons. Cette fois sur le lit. C'est plus conventionnel. Plus confortable. Plus long également. Au coeur de l'action, je commence a revoir certains moments de la soirée avec l'attention d'une mémoire relative mais existante. Et les pieces du puzzle se mettent en place. Je crois que je commence a comprendre. Mais pour combien de temps ? Je crains qu'il ne soit déja trop tard. Alongée sur le ventre comme je le suis, avec Gérard qui s'active derriere moi, impossible de noter quoi que ce soit. Me souvenir. Je dois me souvenir...
Je revois la scene. Apres la triste performance de Gérard dans la cuisine nous nous sommes assis, un silence pesant entre nous. Bien que ce fut le but de la manoeuvre, inutile de dire que la mémoire ne m'était pas revenue. Il a pris ma main, s'est excusé, s'est levé et m'a tendu le café qu'il m'avait préparé auparavant et qui n'avait pas encore eu le temps de refroidir. C'est dire.
Puis je l'ai entendu moudre les grains, pour se préparer un autre café. Je n'y ai pas prété attention sur le moment, mais je revois maintenant les comprimés de médicament. Marrons. Etrangement similaires a...a des grains de cafés. Et je fais le lien. Je me revois jeter la boite coincée dans ma poche a coté de la machine a espresso. Je visualise la boite s'ouvrir et les cachets se répandre.
Je repense au pharmacien en train de me prévenir de bien suivre le traitement. Surtout pas plus d'un cachet par jour. Sinon quoi ?
Gérard (Jérome ?) est toujours en train de me prendre en levrette. Je dois me rappeler. Ne pas boire le café. Ne pas boire le café. Ne pas...
11 - Fait
Faisons le. Pour des raisons scientifiques. Dans la cuisine ? Cela me semble inconfortable. Mais admettons. Tant que c'est pour la science. Je ne pense pas me tromper en disant qu'il est aussi mal a l'aise que moi. Par ou commencer ? Comment rendre passionnel quelque chose qui part d'un pur raisonnement ? A defaut de passionel, je me contenterais d'un peu d'érotisme. Vas y Gérard, montre moi ce que tu sais faire. Je me rapproche de lui ou plutot de ses levres qui me cherchent. Allez, embrasse moi.
Il embrasse bien. C'est un bon début. Je caresse son visage, histoire de me familiariser un peu avec cet inconnu. Peut etre que mes mains se souviendront. Il commence par oter mon T-Shirt. C'est un peu rapide a mon gout. Vive la science. Voici déja l'épreuve du soutien gorge. Il butte un peu. J'en arrive a me demander si je dois l'aider, le pauvre. Non, ca y est. Libres. Il me prend par les hanches (ca j'aime bien) et me pose sur la table de la cuisine. Aie ! J'ai encore la boite de médicaments dans ma poche. Je l'envoie valser avec les tupperwares. Il s'attaque a mes seins. Littérallement. Et sinon, un peu de délicatesse ? Si tu peux juste éviter de mordre le bout comme tu le fais, j'aimerais bien etre capable de donner le sein un jour si jamais j'ai un enfant - probablement pas de toi, soit dit en passant...
C'est au tour du pantalon de disparaitre. Me voila en petite culotte et lui n'a encore rien enlevé. Cela ne me parait pas tres équilibré. Mais on devine facilement son excitation. C'est déja ca. Je me lance dans une campagne de réajustement, et sa chemise part rejoindre le carrelage. En voyant son torse assez musclé, malgré un petit ventre rondelet, je commence a accepter l'idée que la science a du bon. Tiens, Ou est passée ma culotte ? Il plonge sa tete entre mes cuisses. Je n'ai ren demandé. Il ne faut pas qu'il s'attende a ce que je lui rende la pareille. On n'est pas aux Etats Unis.
Tiens, c'est deja fini ? Ah, non, il est la, devant moi. Il vient pour m'embrasser maintenant. Comment lui faire comprendre que non, pas la, non. Pas apres ce que tu viens de me faire mon gaillard. Allez, va, je vais t'aider a enlever ton pantalon. Au tour du calecon. On caresse un peu l'engin histoire de et... Oh... déja ?
"T'en fais pas, c'est pas grave", est la seule chose qui m'est venue a l'esprit pour le rassurer. Je pense que rire aurait été une mauvaise option. Scientifiquement parlant, j'entends.
Il embrasse bien. C'est un bon début. Je caresse son visage, histoire de me familiariser un peu avec cet inconnu. Peut etre que mes mains se souviendront. Il commence par oter mon T-Shirt. C'est un peu rapide a mon gout. Vive la science. Voici déja l'épreuve du soutien gorge. Il butte un peu. J'en arrive a me demander si je dois l'aider, le pauvre. Non, ca y est. Libres. Il me prend par les hanches (ca j'aime bien) et me pose sur la table de la cuisine. Aie ! J'ai encore la boite de médicaments dans ma poche. Je l'envoie valser avec les tupperwares. Il s'attaque a mes seins. Littérallement. Et sinon, un peu de délicatesse ? Si tu peux juste éviter de mordre le bout comme tu le fais, j'aimerais bien etre capable de donner le sein un jour si jamais j'ai un enfant - probablement pas de toi, soit dit en passant...
C'est au tour du pantalon de disparaitre. Me voila en petite culotte et lui n'a encore rien enlevé. Cela ne me parait pas tres équilibré. Mais on devine facilement son excitation. C'est déja ca. Je me lance dans une campagne de réajustement, et sa chemise part rejoindre le carrelage. En voyant son torse assez musclé, malgré un petit ventre rondelet, je commence a accepter l'idée que la science a du bon. Tiens, Ou est passée ma culotte ? Il plonge sa tete entre mes cuisses. Je n'ai ren demandé. Il ne faut pas qu'il s'attende a ce que je lui rende la pareille. On n'est pas aux Etats Unis.
Tiens, c'est deja fini ? Ah, non, il est la, devant moi. Il vient pour m'embrasser maintenant. Comment lui faire comprendre que non, pas la, non. Pas apres ce que tu viens de me faire mon gaillard. Allez, va, je vais t'aider a enlever ton pantalon. Au tour du calecon. On caresse un peu l'engin histoire de et... Oh... déja ?
"T'en fais pas, c'est pas grave", est la seule chose qui m'est venue a l'esprit pour le rassurer. Je pense que rire aurait été une mauvaise option. Scientifiquement parlant, j'entends.
10 - Faisons le
Je suis Gérard a l'intérieur de chez lui. Son immeuble est bien a deux pas du café dans lequel je me suis arretée ce matin. Aucun doute. J'ai meme fait signe au garcon de ce matin qui était toujours de service.
Tout ici est rangé, bien ordonné. Je dois enlever mes chaussures a l'entrée. Les canapés en cuir font face a la télévision - un écran plat géant - dans une symétrie presque génante. Pas la moindre trace de chips ou de cadavre de biere qui traineraient. La moquette est impeccable, dans un style minimaliste d'absence de couleur. L'énorme lustre est de trop. Telle une boule disco, il occupe un espace démesuré au dessus de nos tetes. Mais sinon, l'ensemble est homogene et plutot de bon gout.
La cuisine est une cuisine de compétition. Aérée, propre, ultra équipée. Tout l'éléctronique dont peut rever une cuisine se trouve sous mes yeux. De la machine a expresso avec son moulin a grain électrique au réfrégirateur qui passe les commandes tout seul au fur et a mesure qu'il se vide, en passant par les plaques électriques qui n'émettent plus de chaleur une fois éteintes, tout est la. Des dizaines de tupperwares bien alignées sont agencés le long du mur. Sur chacun d'eux, une étiquette imprimée permet de les différencier : sucre, farine, épices en tout genre...
Si j'ai appris que Monsieur est un maniaque du rangement, l'appartement, hélas, ne m'apprend absolument rien sur mon passé : aucun souvenir ne refait surface. J'hésite a partager la mauvaise nouvelle avec Gérard qui doit vivre le meme calvaire que moi.
- Tu me fais un café ?
On a eu le temps de parler un peu dans le métro et de passer au tutoiement.
- Certainement. Alors, tu te rappelles de quelque chose ?
- Trop tot pour le dire. Je peux jeter un oeil dans ta chambre ?
- Je t'en prie. C'est la porte au bout du couloir.
La chambre est aussi ordonnée que l'ensemble de l'appartement : un lit futon, de grands placards vitrés qui font toute la hauteur de la piece, un bureau vierge. Rien ne dépasse. Tout est carré. Je soupconne Gérard d'avoir des origines allemandes. Sur la table basse, je trouve, posés, une bouteille d'eau et un livre de science fiction qui déteint avec le paysage. J'aurais imaginé un livre japonais ou un recueil de poemes, quelque chose de zen et rigoureux. Pas une fiction chaotique sans rapport avec le réel.
En faisant le tour de la salle de bain d'une blancheur immaculée, je ne trouve rien qui m'aide a recouvrer la memoire. Mais je découvre quelque chose que je dois partager avec Gérard.
- Gérard ? Quand te souviens tu avoir fait l'amour pour la derniere fois ?
- Euh...c'est délicat comme question...
- OK, je vais t'aider...c'est plutot un jour, une semaine, un mois, un trimestre, un an ou ne se prononce pas ?
- Je dirais que c'est de l'ordre du trimestre. Pourquoi ?
- J'ai une bonne nouvelle pour toi. C'est beaucoup plus récent. J'ai trouvé ca dans la poubelle de ta salle de bain.
- Un préservatif ?
- Usagé. Affirmatif.
- Ca veut dire que...?
Bien sur que ca veut dire que... et je ne sais pas quoi en penser.
- Tu sais ce qu'on dit sur la mémoire. Qu'en revivant un moment fort, il est possible que ca revienne. La thérapie par le choc.
- Oui. Et tu penses a quelque chose en particulier ?
- A la meme chose que toi, mais pas tout a fait pour les memes raisons...
Je me surprends a lui dire ca. Je ne le connais pas. En tout cas, je ne me souviens pas le connaitre. Et voila que je lui propose de... ca ne me ressemble pas.
Tout ici est rangé, bien ordonné. Je dois enlever mes chaussures a l'entrée. Les canapés en cuir font face a la télévision - un écran plat géant - dans une symétrie presque génante. Pas la moindre trace de chips ou de cadavre de biere qui traineraient. La moquette est impeccable, dans un style minimaliste d'absence de couleur. L'énorme lustre est de trop. Telle une boule disco, il occupe un espace démesuré au dessus de nos tetes. Mais sinon, l'ensemble est homogene et plutot de bon gout.
La cuisine est une cuisine de compétition. Aérée, propre, ultra équipée. Tout l'éléctronique dont peut rever une cuisine se trouve sous mes yeux. De la machine a expresso avec son moulin a grain électrique au réfrégirateur qui passe les commandes tout seul au fur et a mesure qu'il se vide, en passant par les plaques électriques qui n'émettent plus de chaleur une fois éteintes, tout est la. Des dizaines de tupperwares bien alignées sont agencés le long du mur. Sur chacun d'eux, une étiquette imprimée permet de les différencier : sucre, farine, épices en tout genre...
Si j'ai appris que Monsieur est un maniaque du rangement, l'appartement, hélas, ne m'apprend absolument rien sur mon passé : aucun souvenir ne refait surface. J'hésite a partager la mauvaise nouvelle avec Gérard qui doit vivre le meme calvaire que moi.
- Tu me fais un café ?
On a eu le temps de parler un peu dans le métro et de passer au tutoiement.
- Certainement. Alors, tu te rappelles de quelque chose ?
- Trop tot pour le dire. Je peux jeter un oeil dans ta chambre ?
- Je t'en prie. C'est la porte au bout du couloir.
La chambre est aussi ordonnée que l'ensemble de l'appartement : un lit futon, de grands placards vitrés qui font toute la hauteur de la piece, un bureau vierge. Rien ne dépasse. Tout est carré. Je soupconne Gérard d'avoir des origines allemandes. Sur la table basse, je trouve, posés, une bouteille d'eau et un livre de science fiction qui déteint avec le paysage. J'aurais imaginé un livre japonais ou un recueil de poemes, quelque chose de zen et rigoureux. Pas une fiction chaotique sans rapport avec le réel.
En faisant le tour de la salle de bain d'une blancheur immaculée, je ne trouve rien qui m'aide a recouvrer la memoire. Mais je découvre quelque chose que je dois partager avec Gérard.
- Gérard ? Quand te souviens tu avoir fait l'amour pour la derniere fois ?
- Euh...c'est délicat comme question...
- OK, je vais t'aider...c'est plutot un jour, une semaine, un mois, un trimestre, un an ou ne se prononce pas ?
- Je dirais que c'est de l'ordre du trimestre. Pourquoi ?
- J'ai une bonne nouvelle pour toi. C'est beaucoup plus récent. J'ai trouvé ca dans la poubelle de ta salle de bain.
- Un préservatif ?
- Usagé. Affirmatif.
- Ca veut dire que...?
Bien sur que ca veut dire que... et je ne sais pas quoi en penser.
- Tu sais ce qu'on dit sur la mémoire. Qu'en revivant un moment fort, il est possible que ca revienne. La thérapie par le choc.
- Oui. Et tu penses a quelque chose en particulier ?
- A la meme chose que toi, mais pas tout a fait pour les memes raisons...
Je me surprends a lui dire ca. Je ne le connais pas. En tout cas, je ne me souviens pas le connaitre. Et voila que je lui propose de... ca ne me ressemble pas.
Friday, December 26, 2008
9 - L'avons nous fait ?
Je me rends compte que Gérard tient un sac en plastique a la main qu'il commence a vider sur la table du salon.
- C'est a vous n'est ce pas ?
Tu veux dire, mon soutien gorge, mon T-Shirt, ma petite culotte, mon pantalon, mes bas, mes chaussures ainsi que mon sac a main avec a l'interieur mon portefeuille, mon telephone portable, mon rouge a levre, mes cles, mes médicaments, mon parapluie...? Laisse moi refléchir...
- Oui. Merci. Ou est ce que vous l'avez trouvé ?
- Chez moi.
Je jette un oeil a mon telephone. 12 appels en absence. Ma mere, Celine, le bureau. J'ecouterai les messages plus tard.
- J'ai trouvé ceci également.
Il me montre un bout de papier avec les coordonnées de mon appartement.
- Mais c'est mon écriture ?!?
- Vous non plus vous ne vous souvenez pas ?
- Non. Le trou noir depuis deux semaines.
- J'ai exactement le meme probleme.
- Vous pensez qu'on s'est déja rencontré ?
- J'en ai la preuve.
- ???
- Regardez.
Il me montre une photo. A droite, Gérard. A gauche, moi. Et vraiment tres peu d'espace entre nous deux.
- On a l'air proche, vous ne trouvez pas ?
- Vous pensez qu'on l'a fait ?
- Vous voyez autre chose ?
Je ne voyais pas autre chose.
- C'est a vous ces affaires ? C'est ce que je portais ce matin...
- Oui, la chemise, le jean's et les tongs... c'est a moi en effet.
- C'est génant. Vous ne vous souvenez vraiment de rien ?
- Rien.
- On s'en souviendrait si on l'avait fait, pas vrai ?
- A priori, je dirais que oui. Qu'en pensez vous ?
- J'en pense que j'aimerais bien comprendre ce qui nous arrive. Vous habitez dans le 5e, n'est ce pas ?
- Oui. Vous vous souvenez de quelque chose ?
- Pas vraiment. Mon premier souvenir de ce matin, c'est la terrasse d'un café, dans le 5e. Je parie que c'est en face de chez vous. Ca vous dérange si on y fait un saut pour vérifier ? Peut etre qu'une fois sur place, quelque souvenir va ressurgir, qui sait ?
- Bonne idée. Allons-y.
En chemin, je dépose le double des clés dans la boite aux lettres de Rita, maintenant que j'ai récupéré les miennes... Elle va me prendre pour une folle. C'est certain. "Oui, je vous les laisse. Non, en fait j'ai bien réfléchi, je vous les reprends. Euh...j'ai dit que je les reprenais ? Quelle mouche m'a piquée. Je vous les laisse dans votre boite aux lettres, bien sur."
- C'est a vous n'est ce pas ?
Tu veux dire, mon soutien gorge, mon T-Shirt, ma petite culotte, mon pantalon, mes bas, mes chaussures ainsi que mon sac a main avec a l'interieur mon portefeuille, mon telephone portable, mon rouge a levre, mes cles, mes médicaments, mon parapluie...? Laisse moi refléchir...
- Oui. Merci. Ou est ce que vous l'avez trouvé ?
- Chez moi.
Je jette un oeil a mon telephone. 12 appels en absence. Ma mere, Celine, le bureau. J'ecouterai les messages plus tard.
- J'ai trouvé ceci également.
Il me montre un bout de papier avec les coordonnées de mon appartement.
- Mais c'est mon écriture ?!?
- Vous non plus vous ne vous souvenez pas ?
- Non. Le trou noir depuis deux semaines.
- J'ai exactement le meme probleme.
- Vous pensez qu'on s'est déja rencontré ?
- J'en ai la preuve.
- ???
- Regardez.
Il me montre une photo. A droite, Gérard. A gauche, moi. Et vraiment tres peu d'espace entre nous deux.
- On a l'air proche, vous ne trouvez pas ?
- Vous pensez qu'on l'a fait ?
- Vous voyez autre chose ?
Je ne voyais pas autre chose.
- C'est a vous ces affaires ? C'est ce que je portais ce matin...
- Oui, la chemise, le jean's et les tongs... c'est a moi en effet.
- C'est génant. Vous ne vous souvenez vraiment de rien ?
- Rien.
- On s'en souviendrait si on l'avait fait, pas vrai ?
- A priori, je dirais que oui. Qu'en pensez vous ?
- J'en pense que j'aimerais bien comprendre ce qui nous arrive. Vous habitez dans le 5e, n'est ce pas ?
- Oui. Vous vous souvenez de quelque chose ?
- Pas vraiment. Mon premier souvenir de ce matin, c'est la terrasse d'un café, dans le 5e. Je parie que c'est en face de chez vous. Ca vous dérange si on y fait un saut pour vérifier ? Peut etre qu'une fois sur place, quelque souvenir va ressurgir, qui sait ?
- Bonne idée. Allons-y.
En chemin, je dépose le double des clés dans la boite aux lettres de Rita, maintenant que j'ai récupéré les miennes... Elle va me prendre pour une folle. C'est certain. "Oui, je vous les laisse. Non, en fait j'ai bien réfléchi, je vous les reprends. Euh...j'ai dit que je les reprenais ? Quelle mouche m'a piquée. Je vous les laisse dans votre boite aux lettres, bien sur."
8 - Pas seule
Sur l'écran de mon interphone je reconnais l'homme en costume a qui j'ai dit "Bonjour". Que dois je faire ? Passer pour une idiote et faire monter la personne a qui je viens de claquer la porte au nez ? Hors de question. Mais peut etre l'inconnu a-t'il des réponses pour moi ? Il fait sans doute partie de ces deux dernieres semaines pour lesquelles j'ai besoin de remplir des cases.
Le bruit incessant de la sonnerie commence a me porter sur les nerfs. Ca attendra. J'ai plus urgent a faire. Je me sers un verre d'eau, ouvre la boite de comprimés, découvre avec horreur la couleur marron de ces derniers et en expédie un au fond de mon estomac. Le buzzer persiste. Les gens n'apprennent pas qu'apres 30 secondes, on ne répondra probablement jamais ?
- C'est pourquoi ?
- Je voudrais parler a Eva Caron.
- Qui la demande ?
- Bein...moi
Mon dieu. C'est quel bouton déja pour envoyer 10.000 volts a travers l'interphone ?
- Qu'est ce que vous me voulez ?
- Moi, rien. C'est vous qui m'avez demandé de venir ici. Enfin je crois.
Voila autre chose. Bien sur, je ne me souviens de rien.
- Comment ca vous croyez ?
- C'est a dire que je ne me souviens pas bien de certaines choses ces derniers temps. J'ai trouvé chez moi un mot avec vos coordonnees. Et je pense que j'ai des affaires qui vous appartiennent.
- Montez. C'est au fond de la cours, au troisieme étage, la porte a gauche.
Serait ce contagieux ? Apparemment je ne suis pas un phénomene isolé. Cet homme semble présenter les memes symptomes que moi. Intéressant. Je suis curieuse de le rencontrer et de découvrir ce qui nous lie. Si jamais nous arrivons a nous en rappeler. C'est quand meme étrange. Je viens de le voir en bas de l'immeuble. Son visage ne me dit absolument rien. Et réciproquement apparemment. Pourtant, nous devons avoir un passé commun, aussi mince et récent soit-il.
DING DONG.
- Entrez. Excusez moi, mais je n'ai pas saisi votre nom ?
- Gérard.
Le bruit incessant de la sonnerie commence a me porter sur les nerfs. Ca attendra. J'ai plus urgent a faire. Je me sers un verre d'eau, ouvre la boite de comprimés, découvre avec horreur la couleur marron de ces derniers et en expédie un au fond de mon estomac. Le buzzer persiste. Les gens n'apprennent pas qu'apres 30 secondes, on ne répondra probablement jamais ?
- C'est pourquoi ?
- Je voudrais parler a Eva Caron.
- Qui la demande ?
- Bein...moi
Mon dieu. C'est quel bouton déja pour envoyer 10.000 volts a travers l'interphone ?
- Qu'est ce que vous me voulez ?
- Moi, rien. C'est vous qui m'avez demandé de venir ici. Enfin je crois.
Voila autre chose. Bien sur, je ne me souviens de rien.
- Comment ca vous croyez ?
- C'est a dire que je ne me souviens pas bien de certaines choses ces derniers temps. J'ai trouvé chez moi un mot avec vos coordonnees. Et je pense que j'ai des affaires qui vous appartiennent.
- Montez. C'est au fond de la cours, au troisieme étage, la porte a gauche.
Serait ce contagieux ? Apparemment je ne suis pas un phénomene isolé. Cet homme semble présenter les memes symptomes que moi. Intéressant. Je suis curieuse de le rencontrer et de découvrir ce qui nous lie. Si jamais nous arrivons a nous en rappeler. C'est quand meme étrange. Je viens de le voir en bas de l'immeuble. Son visage ne me dit absolument rien. Et réciproquement apparemment. Pourtant, nous devons avoir un passé commun, aussi mince et récent soit-il.
DING DONG.
- Entrez. Excusez moi, mais je n'ai pas saisi votre nom ?
- Gérard.
7 - Mr ?
A l'entrée de mon immeuble, devant l'interphone, un homme en costume perd de sa superbe en espérant désespérément joindre son interlocuteur. Il insiste sur le boitier dans l'attente du petit "bip" salvateur qui lui ouvrira la porte. C'est dommage. L'homme aurait pu etre élégant.
J'appréhende le moment ou, m'apercevant, il se redressera et me saluera par mon prénom. Je ne le connais pas, mais visiblement, ces derniers jours, rien n'est moins sur. Je l'entends déja me raconter comment nous nous sommes rencontrés deux semaines plus tot...
J'arrive a son niveau et dans le doute, utilise un "Bonjour" on ne peut plus ambigu qui, je l'espere, peut se traduire par un tutoiement ou un vouvoiement selon le sens que l'inconnu voudra bien lui preter.
Le ton sec de son "Bonjour" me laisse penser que nous n'avons pas gardé les cochons ensemble lors de ces deux dernieres semaines. Je passe donc devant lui, ouvre la porte et la referme derriere moi, laissant l'inconnu a son interphone.
Je rencontre Rita dans le hall et en profite pour récupérer mes clés. Je vais peut etre les garder cette fois. Je traverse la cours. L'ascenceur ne fonctionne toujours pas depuis ce matin. Tant pis, je monte a pieds les trois étages qui me séparent de mon appartement. Je me dis que la seule chose qui compte, c'est que je vais prendre mon médicament et que je vais enfin me souvenir. J'ai oublié de demander au docteur si les effets étaient immédiats.
En arrivant sur le seuil devant ma porte, un bruit étouffé me parvient depuis l'intérieur : celui de mon interphone.
J'appréhende le moment ou, m'apercevant, il se redressera et me saluera par mon prénom. Je ne le connais pas, mais visiblement, ces derniers jours, rien n'est moins sur. Je l'entends déja me raconter comment nous nous sommes rencontrés deux semaines plus tot...
J'arrive a son niveau et dans le doute, utilise un "Bonjour" on ne peut plus ambigu qui, je l'espere, peut se traduire par un tutoiement ou un vouvoiement selon le sens que l'inconnu voudra bien lui preter.
Le ton sec de son "Bonjour" me laisse penser que nous n'avons pas gardé les cochons ensemble lors de ces deux dernieres semaines. Je passe donc devant lui, ouvre la porte et la referme derriere moi, laissant l'inconnu a son interphone.
Je rencontre Rita dans le hall et en profite pour récupérer mes clés. Je vais peut etre les garder cette fois. Je traverse la cours. L'ascenceur ne fonctionne toujours pas depuis ce matin. Tant pis, je monte a pieds les trois étages qui me séparent de mon appartement. Je me dis que la seule chose qui compte, c'est que je vais prendre mon médicament et que je vais enfin me souvenir. J'ai oublié de demander au docteur si les effets étaient immédiats.
En arrivant sur le seuil devant ma porte, un bruit étouffé me parvient depuis l'intérieur : celui de mon interphone.
6 - Pharmacie
Il commence a pleuvoir et bien sur, j'ai oublié de prendre mon parapluie. Paris sous la pluie, c'est un peu comme Nouvel An : prédictible et déprimant. J'apercois de loin une enseigne arborant fierement un caducet et me rue a l'interieur de la pharmacie. Je n'ai pas l'habitude de fréquenter ce genre d'endroit. Une sorte d'allergie m'en protege. Généralement, je développe tres vite des difficultés respiratoires liées a un mal etre et je prends la sage décision de ressortir humer l'air pollué de la rue.
Aujourd'hui, je suis obligée de prendre sur moi pour rester a l'intérieur de la pharmacie. La pluie m'aide. Je navigue donc entre les trois rayons de la pharmacie pour me frayer un chemin jusqu'au comptoir. Dans un geste solennel et surtout résigné, je tends l'ordonnance a la personne de petite taille qui se tient de l'autre coté, avec le plus beau sourire qu'il m'est donné d'arborer dans ce sanctuaire des nez qui coulent.
- Bonjour Monsieur le pharmacien
- Bonjour Mademoiselle. Quel bon vent vous amene par ici aujourd'hui ?
- La pluie.
- Voyons plutot voir votre ordonnance...
- Vous ne me croyez pas peut etre ?
J'étais agacée. Pour comprendre mon agacement, il faut comprendre les points suivants : j'ai déja signifié mon amour des pharmacies et par extension celui des pharmaciens, qui plus est quand on apercoit a peine leur visage de l'autre coté du comtoir. Ajoutez a cela un pléonasme, une absence de confiance affichée en mon verdict et la perte de deux semaines de mémoire et vous justifiez n'importe quelle mauvaise humeur.
- Voici. Vous ferez bien attention a ne pas dépasser les doses prescrites. C'est un médicament assez puissant a ne pas mettre entre toutes les mains.
Je trouvais cela étrange. Un médicament a l'attention des personnes ayant un probleme de mémoire, dans mon monde, devrait etre absolument inoffensif. Que se passe t il si la personne oublie qu'il ne faut pas prendre plus d'un cachet par jour ?
Sceptique, je rentrais chez moi, prete a prendre le chemin de la guérison.
Aujourd'hui, je suis obligée de prendre sur moi pour rester a l'intérieur de la pharmacie. La pluie m'aide. Je navigue donc entre les trois rayons de la pharmacie pour me frayer un chemin jusqu'au comptoir. Dans un geste solennel et surtout résigné, je tends l'ordonnance a la personne de petite taille qui se tient de l'autre coté, avec le plus beau sourire qu'il m'est donné d'arborer dans ce sanctuaire des nez qui coulent.
- Bonjour Monsieur le pharmacien
- Bonjour Mademoiselle. Quel bon vent vous amene par ici aujourd'hui ?
- La pluie.
- Voyons plutot voir votre ordonnance...
- Vous ne me croyez pas peut etre ?
J'étais agacée. Pour comprendre mon agacement, il faut comprendre les points suivants : j'ai déja signifié mon amour des pharmacies et par extension celui des pharmaciens, qui plus est quand on apercoit a peine leur visage de l'autre coté du comtoir. Ajoutez a cela un pléonasme, une absence de confiance affichée en mon verdict et la perte de deux semaines de mémoire et vous justifiez n'importe quelle mauvaise humeur.
- Voici. Vous ferez bien attention a ne pas dépasser les doses prescrites. C'est un médicament assez puissant a ne pas mettre entre toutes les mains.
Je trouvais cela étrange. Un médicament a l'attention des personnes ayant un probleme de mémoire, dans mon monde, devrait etre absolument inoffensif. Que se passe t il si la personne oublie qu'il ne faut pas prendre plus d'un cachet par jour ?
Sceptique, je rentrais chez moi, prete a prendre le chemin de la guérison.
5 - Dr.
- Bonjour Docteur.
- Bonjour Eva.
- On se connait ?
- Bien sur. Vous etes venue il y a une quinzaine de jours, pour des problemes de memoire.
- Ah ?
- Ca n'a pas l'air d'aller mieux, a ce que je vois.
Combien deja ? Ah oui...9 ans. C'est ca. 9 ans d'études pour en arriver a ce diagnostic. Sidérant.
- En effet Docteur. J'ai l'impression d'avoir un trou de deux semaines et je dois vous avouer que cela commence a m'inquieter.
- Etrange, en effet. Quelle est la derniere chose dont vous vous souveniez de ce matin?
- Je me rappelle m'etre arretée a un café dans le 5e. Mais impossible de vous dire ce que je faisais dans le coin. Je me rappelle de ma journée entiere par la suite, mais avant ca, rien. Le vide.
- Et avant ce souvenir a quand remonte votre dernier ?
- Il y a deux semaines. Meme si j'ai l'impression que c'était hier. Je suis chez moi, il est tard et je vais pour me coucher en lisant Proust.
- Je vois. Vous ne savez pas si vous avez pris les médicaments que je vous avais prescrits la derniere fois, bien sur ?
- Absolument aucune idee.
- Bon. Je vais vous prescrire la meme chose. Normalement, ca aide votre cerveau en stimulant les neurones dédiés a la memoire. Ca devrait vous aider a vous souvenir. Essayez de bien vous noter de prendre ces medicaments. Mais attention : pas plus d'un par jour. Voyez avec quelqu'un de votre entourage pour qu'il surveille que vous les ingurgitiez correctement. Tenez, voici votre ordonnance. Et j'espere bien ne pas vous revoir dans les jours a venir.
- Merci Docteur. Une question me brule les levres cependant. Comment se fait il que je ne suis pas venue vous voir les autres jours ? Je veux dire, pourquoi aujourd'hui et pourquoi il y a deux semaines, mais pourquoi pas hier, ou avant hier ? Que s'est il passé les autres jours ? Je ne me suis pas rendue compte que j'avais perdu la mémoire ? Ou bien peut etre n'ai je pas perdu la mémoire les autres jours ? Ou bien je suis allée voir un autre médecin ?
- Vous seule pourrez répondre a ces questions Eva.
Trente quatre euros plus légere plus tard, je me retrouve dans la rue a la recherche d'une pharmacie.
- Bonjour Eva.
- On se connait ?
- Bien sur. Vous etes venue il y a une quinzaine de jours, pour des problemes de memoire.
- Ah ?
- Ca n'a pas l'air d'aller mieux, a ce que je vois.
Combien deja ? Ah oui...9 ans. C'est ca. 9 ans d'études pour en arriver a ce diagnostic. Sidérant.
- En effet Docteur. J'ai l'impression d'avoir un trou de deux semaines et je dois vous avouer que cela commence a m'inquieter.
- Etrange, en effet. Quelle est la derniere chose dont vous vous souveniez de ce matin?
- Je me rappelle m'etre arretée a un café dans le 5e. Mais impossible de vous dire ce que je faisais dans le coin. Je me rappelle de ma journée entiere par la suite, mais avant ca, rien. Le vide.
- Et avant ce souvenir a quand remonte votre dernier ?
- Il y a deux semaines. Meme si j'ai l'impression que c'était hier. Je suis chez moi, il est tard et je vais pour me coucher en lisant Proust.
- Je vois. Vous ne savez pas si vous avez pris les médicaments que je vous avais prescrits la derniere fois, bien sur ?
- Absolument aucune idee.
- Bon. Je vais vous prescrire la meme chose. Normalement, ca aide votre cerveau en stimulant les neurones dédiés a la memoire. Ca devrait vous aider a vous souvenir. Essayez de bien vous noter de prendre ces medicaments. Mais attention : pas plus d'un par jour. Voyez avec quelqu'un de votre entourage pour qu'il surveille que vous les ingurgitiez correctement. Tenez, voici votre ordonnance. Et j'espere bien ne pas vous revoir dans les jours a venir.
- Merci Docteur. Une question me brule les levres cependant. Comment se fait il que je ne suis pas venue vous voir les autres jours ? Je veux dire, pourquoi aujourd'hui et pourquoi il y a deux semaines, mais pourquoi pas hier, ou avant hier ? Que s'est il passé les autres jours ? Je ne me suis pas rendue compte que j'avais perdu la mémoire ? Ou bien peut etre n'ai je pas perdu la mémoire les autres jours ? Ou bien je suis allée voir un autre médecin ?
- Vous seule pourrez répondre a ces questions Eva.
Trente quatre euros plus légere plus tard, je me retrouve dans la rue a la recherche d'une pharmacie.
Saturday, December 20, 2008
4 - Point
Filet de sole. Toute simple. Grillée au beurre. Maintenant on peut refléchir.
Quel est mon probleme déja ? Ah oui... apparemment, ca fait deux semaines que je fais des choses dont je ne me souviens pas. Perdre mes clés et demander les doubles a Rita. Ne pas dormir chez moi - d'ailleurs, c'est a se demander ou j'ai bien pu dormir. Faire opposition sur ma carte de crédit. Annuler une journée de boulot. Meme le garcon du café ce matin avait l'air de me reconnaitre. Je n'avais pas fait attention sur le moment quand il m'a dit : "un café, ma p'tite dame ?", mais avec le recul, ca sonnait plus comme : "un café, ma p'tite dame, comme d'hab ?" que comme "et pour la dame, ce sera ?". Je n'avais pourtant jamais mis les pieds dans ce café avant. Qu'est ce que je faisais la d'ailleurs ?
Bref. J'ai un probleme de mémoire. Par acquis de conscience, je jette un oeil sur le calendrier qui trone derriere le serveur du restaurant.
- Excusez moi ? Votre calendrier, derriere vous, la...oui, celui la... il est a jour comment ?
- Pardon ?
- Je veux dire, il indique la bonne date ?
- Bien sur Madame
- Merde.
Si mes calculs sont exacts, ca me fait un joli trou de mémoire de...deux semaines. Ca coincide avec l'opposition que j'ai faite sur ma Visa. De la a comprendre pourquoi. Qu'est ce qui m'arrive ? Ne pas paniquer. Surtout, ne pas paniquer. Quelle est la derniere chose dont je me souvienne avant ces deux semaines ? Qu'est ce que je faisais ? Reflechis ! Vite ! Reflechis ! Peut etre ai je été victime d'un accident ? Je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir de cicatrices. Aucune douleur. Rien. Non, ca ne peut pas etre ca. Alors ? Une idée. Vite. Vite. Je t'ai dit d'arréter de paniquer !
Non, je ne me rappelle de rien. Rien de significatif. Mon cerveau m'apparait comme un énorme gruyere. Il vaudrait peut etre mieux que j'aille consulter. Un docteur serait peut etre capable de me rassurer et de me faire recouvrer la memoire.
Quel est mon probleme déja ? Ah oui... apparemment, ca fait deux semaines que je fais des choses dont je ne me souviens pas. Perdre mes clés et demander les doubles a Rita. Ne pas dormir chez moi - d'ailleurs, c'est a se demander ou j'ai bien pu dormir. Faire opposition sur ma carte de crédit. Annuler une journée de boulot. Meme le garcon du café ce matin avait l'air de me reconnaitre. Je n'avais pas fait attention sur le moment quand il m'a dit : "un café, ma p'tite dame ?", mais avec le recul, ca sonnait plus comme : "un café, ma p'tite dame, comme d'hab ?" que comme "et pour la dame, ce sera ?". Je n'avais pourtant jamais mis les pieds dans ce café avant. Qu'est ce que je faisais la d'ailleurs ?
Bref. J'ai un probleme de mémoire. Par acquis de conscience, je jette un oeil sur le calendrier qui trone derriere le serveur du restaurant.
- Excusez moi ? Votre calendrier, derriere vous, la...oui, celui la... il est a jour comment ?
- Pardon ?
- Je veux dire, il indique la bonne date ?
- Bien sur Madame
- Merde.
Si mes calculs sont exacts, ca me fait un joli trou de mémoire de...deux semaines. Ca coincide avec l'opposition que j'ai faite sur ma Visa. De la a comprendre pourquoi. Qu'est ce qui m'arrive ? Ne pas paniquer. Surtout, ne pas paniquer. Quelle est la derniere chose dont je me souvienne avant ces deux semaines ? Qu'est ce que je faisais ? Reflechis ! Vite ! Reflechis ! Peut etre ai je été victime d'un accident ? Je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir de cicatrices. Aucune douleur. Rien. Non, ca ne peut pas etre ca. Alors ? Une idée. Vite. Vite. Je t'ai dit d'arréter de paniquer !
Non, je ne me rappelle de rien. Rien de significatif. Mon cerveau m'apparait comme un énorme gruyere. Il vaudrait peut etre mieux que j'aille consulter. Un docteur serait peut etre capable de me rassurer et de me faire recouvrer la memoire.
3 - Pas net
J'ai besoin d'une dose supplémentaire de café. Je quitte Gérard, pas vraiment la mort dans l'ame. C'est la rupture la plus facile que j'ai jamais eue a gérer. Je me pose au café d'en face et commande un expresso. Faut que je reflechisse. Bon. Qu'est ce qui s'est passé exactement hier soir ? Comment je me suis retrouvée chez Gérard ? Ou sont mes affaires ? Et surtout, pourquoi il ne se souvient pas de moi ??? J'en ai rien a faire de ce gars, mais bon, c'est mon amour propre qui est en jeu.
Trois cafés plus tard, les questions restent les memes. L'absence de réponse également. Il est temps d'aller bosser j'imagine. Je vais les appeler et leur dire "Pas aujourd'hui, les filles. Quelques soucis a régler." Ce qui, pour une fois, n'est pas faux.
Dans la rue, je trouve une cabine de téléphone. Ca fait une éternité que je ne me suis plus servie de ce genre d'appareil. Pour moi, les seules personnes qui utilisent des cabines de nos jours, ce sont les gens louches. Ceux qui ne veulent pas etre tracés ou reconnus ou qui sont perdus. Le mari qui trompe sa femme par exemple et qui appelle sa maitresse lors de la promenade nocturne du chien. Le petit delinquant mal assuré qui fixe un rendez vous a un client potentiel en craignant que la CIA, le FBI et le KGB ne lui tombent dessus si son appel dure plus de trente secondes. Les kidnappeurs qui se savent sur écoute mais ont quand meme besoin de définir les termes de l'échange par téléphone. La fille qui se reveille encore ivre morte de la veille, qu'on a depouillée et qui n'ayant aucune idée d'ou elle se trouve, appelle son pere a la rescousse. Moi.
- Allo Agathe ? Oui, c'est Eva. J'appelle pour dire que...
- Que tu vas pas venir au bureau aujourd'hui ? Oui, je sais...
- Comment ca tu sais ?
- C'est la meme rengaine tous les jours, Eva. Si tu veux mon avis, dépeche toi de mettre de l'ordre dans ta vie et rapplique aussi vite que tu peux au bureau. La Gislaine va pas tarder a péter les plombs si tu t'absentes un jour de plus.
- C'est a dire que c'est juste pour aujourd'hui. Il m'arrive ce truc, la. Je peux pas vraiment te raconter. Je suis un peu en galere, mais je suis sure que demain tout sera rentré dans l'ordre.
- Bien sur. Comme hier...
- Comment ca, comme hier ?
- Et les jours d'avant...
- Mais de quoi tu parles ?
- Allez, soignes toi bien et a demain ma belle... au téléphone.
- Agathe ? Agathe ? Allo ???
Je n'y comprends rien. Serais je en train de devenir folle ? Je ne me souviens pas avoir appelé le bureau hier. Non. Hier, tout allait bien. Enfin je crois.
Petit détail amusant dont je viens de prendre conscience, je n'ai pas les clés de chez moi. Je passerais volontiers vérifier si mon portefeuille ne s'y trouve pas. Si ce n'est pas le cas, j'ai une journée administrative peu réjouissante qui me tend les bras... Heureusement, Rita, la concierge, doit avoir le double des clés.
- Bonjour Rita, je...
- Bonjour Mademoiselle Caron, vous avez encore oublié vos clés ?
OK, ca va. On arrete. J'ai compris. Ou sont les caméras ? J'ai beau chercher, je ne les trouve pas.
- Oui, c'est ca Rita. Comment vous savez ?
- C'est que ca fait un moment que ca dure, Mademoiselle Caron. Vous faites ce que vous voulez de votre vie, mais si j'ai un conseil a vous donner, faites attention quand meme.
- Qu'est ce que vous entendez par la ?
- Le prenez pas mal, surtout. Mais, c'est a dire qu'on vous voit plus trop dormir chez vous, et puis vous avez cette attitude bizarre, alors forcément, ca radotte dans l'immeuble...
- Et pour mes clés ?
Apres qu'elle m'a ouvert la porte, je laisse le double des clés a Rita. Ca me semble plus prudent. J'ai comme le pressentiment que la personne en qui je peux avoir le plus confiance désormais, n'est plus celle en qui j'avais une confiance aveugle jusqu'a présent...a savoir, moi.
Rapide coup d'oeil dans l'appartement. Tout semble en ordre. Comme je l'ai laissé. Comme je le laisse a chaque fois. Mais je ne vois pas mon sac a main. C'est embétant.
En appelant ma banque pour faire opposition sur ma carte, les choses ne font qu'empirer. "Comment ca, c'est déja fait ? Depuis deux semaines ? Et vous dites que c'est moi meme qui ai fait opposition ?"
Ce n'est pas possible. Qu'est ce qui m'arrive ? Je perds la tete ou bien ? La bonne nouvelle, c'est que la personne en possession de ma carte ne peut pas me vider mon compte. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, je découvre...90, 94, 95...95 euros et 30 centimes, sortis je ne sais d'ou, dans la poche arriere d'un jean's beaucoup trop grand pour etre le mien. Je profite d'etre chez moi pour me changer et enfiler un Jean's et un T-Shirt plus adaptés. Je préfere ne meme pas savoir a qui appartiennent les habits que je portais.
Tu vas te réveiller Eva, tu vas te réveiller, tu vas te réveiller.
- Eva ?
- Oui ?
- Tu vas te réveiller !
- Ah ? Quand ?
- Je sais pas, mais tu vas te réveiller. Je veux dire, il FAUT que tu te réveilles
- Je suis d'accord avec toi. Et on fait comment ? On compte jusqu'a trois ?
- On peut toujours essayer
- D'accord...1...2...3 !
- Alors, réveillée ?
- Bein, ni plus ni moins que deux secondes plus tot.
- C'est a dire ?
- Je crois que ca veut dire non. Et toi ?
- Non plus. Je veux dire, je ne suis pas endormie. Mais j'ai l'impression de toujours vivre le meme cauchemar.
Quand je commence a me parler a moi meme, ce n'est généralement pas bon signe. Premices d'une schizophrénie... mais bon. Je suis francaise, la seule chose a laquelle je pense maintenant, c'est que c'est l'heure de faire le point devant une assiette.
Trois cafés plus tard, les questions restent les memes. L'absence de réponse également. Il est temps d'aller bosser j'imagine. Je vais les appeler et leur dire "Pas aujourd'hui, les filles. Quelques soucis a régler." Ce qui, pour une fois, n'est pas faux.
Dans la rue, je trouve une cabine de téléphone. Ca fait une éternité que je ne me suis plus servie de ce genre d'appareil. Pour moi, les seules personnes qui utilisent des cabines de nos jours, ce sont les gens louches. Ceux qui ne veulent pas etre tracés ou reconnus ou qui sont perdus. Le mari qui trompe sa femme par exemple et qui appelle sa maitresse lors de la promenade nocturne du chien. Le petit delinquant mal assuré qui fixe un rendez vous a un client potentiel en craignant que la CIA, le FBI et le KGB ne lui tombent dessus si son appel dure plus de trente secondes. Les kidnappeurs qui se savent sur écoute mais ont quand meme besoin de définir les termes de l'échange par téléphone. La fille qui se reveille encore ivre morte de la veille, qu'on a depouillée et qui n'ayant aucune idée d'ou elle se trouve, appelle son pere a la rescousse. Moi.
- Allo Agathe ? Oui, c'est Eva. J'appelle pour dire que...
- Que tu vas pas venir au bureau aujourd'hui ? Oui, je sais...
- Comment ca tu sais ?
- C'est la meme rengaine tous les jours, Eva. Si tu veux mon avis, dépeche toi de mettre de l'ordre dans ta vie et rapplique aussi vite que tu peux au bureau. La Gislaine va pas tarder a péter les plombs si tu t'absentes un jour de plus.
- C'est a dire que c'est juste pour aujourd'hui. Il m'arrive ce truc, la. Je peux pas vraiment te raconter. Je suis un peu en galere, mais je suis sure que demain tout sera rentré dans l'ordre.
- Bien sur. Comme hier...
- Comment ca, comme hier ?
- Et les jours d'avant...
- Mais de quoi tu parles ?
- Allez, soignes toi bien et a demain ma belle... au téléphone.
- Agathe ? Agathe ? Allo ???
Je n'y comprends rien. Serais je en train de devenir folle ? Je ne me souviens pas avoir appelé le bureau hier. Non. Hier, tout allait bien. Enfin je crois.
Petit détail amusant dont je viens de prendre conscience, je n'ai pas les clés de chez moi. Je passerais volontiers vérifier si mon portefeuille ne s'y trouve pas. Si ce n'est pas le cas, j'ai une journée administrative peu réjouissante qui me tend les bras... Heureusement, Rita, la concierge, doit avoir le double des clés.
- Bonjour Rita, je...
- Bonjour Mademoiselle Caron, vous avez encore oublié vos clés ?
OK, ca va. On arrete. J'ai compris. Ou sont les caméras ? J'ai beau chercher, je ne les trouve pas.
- Oui, c'est ca Rita. Comment vous savez ?
- C'est que ca fait un moment que ca dure, Mademoiselle Caron. Vous faites ce que vous voulez de votre vie, mais si j'ai un conseil a vous donner, faites attention quand meme.
- Qu'est ce que vous entendez par la ?
- Le prenez pas mal, surtout. Mais, c'est a dire qu'on vous voit plus trop dormir chez vous, et puis vous avez cette attitude bizarre, alors forcément, ca radotte dans l'immeuble...
- Et pour mes clés ?
Apres qu'elle m'a ouvert la porte, je laisse le double des clés a Rita. Ca me semble plus prudent. J'ai comme le pressentiment que la personne en qui je peux avoir le plus confiance désormais, n'est plus celle en qui j'avais une confiance aveugle jusqu'a présent...a savoir, moi.
Rapide coup d'oeil dans l'appartement. Tout semble en ordre. Comme je l'ai laissé. Comme je le laisse a chaque fois. Mais je ne vois pas mon sac a main. C'est embétant.
En appelant ma banque pour faire opposition sur ma carte, les choses ne font qu'empirer. "Comment ca, c'est déja fait ? Depuis deux semaines ? Et vous dites que c'est moi meme qui ai fait opposition ?"
Ce n'est pas possible. Qu'est ce qui m'arrive ? Je perds la tete ou bien ? La bonne nouvelle, c'est que la personne en possession de ma carte ne peut pas me vider mon compte. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, je découvre...90, 94, 95...95 euros et 30 centimes, sortis je ne sais d'ou, dans la poche arriere d'un jean's beaucoup trop grand pour etre le mien. Je profite d'etre chez moi pour me changer et enfiler un Jean's et un T-Shirt plus adaptés. Je préfere ne meme pas savoir a qui appartiennent les habits que je portais.
Tu vas te réveiller Eva, tu vas te réveiller, tu vas te réveiller.
- Eva ?
- Oui ?
- Tu vas te réveiller !
- Ah ? Quand ?
- Je sais pas, mais tu vas te réveiller. Je veux dire, il FAUT que tu te réveilles
- Je suis d'accord avec toi. Et on fait comment ? On compte jusqu'a trois ?
- On peut toujours essayer
- D'accord...1...2...3 !
- Alors, réveillée ?
- Bein, ni plus ni moins que deux secondes plus tot.
- C'est a dire ?
- Je crois que ca veut dire non. Et toi ?
- Non plus. Je veux dire, je ne suis pas endormie. Mais j'ai l'impression de toujours vivre le meme cauchemar.
Quand je commence a me parler a moi meme, ce n'est généralement pas bon signe. Premices d'une schizophrénie... mais bon. Je suis francaise, la seule chose a laquelle je pense maintenant, c'est que c'est l'heure de faire le point devant une assiette.
2- Trou
- Et si tu me racontais comment on s'est rencontré ?
Depuis qu'il a mentionné mon vagin, il est passé au "tu", sans meme connaitre mon prénom.
- En vérité, je ne me souviens plus tres bien. J'avais passé une sale journée. Tout semblait se passer de travers. Je ne sais plus trop comment, mais tu es venu chez moi. Tu n'arrétais pas d'appuyer sur la sonnette de mon interphone. Ca m'énervait. Je t'ai fait monter et toi aussi tu avais des soucis. On est venu ici ensuite, je ne sais plus pourquoi. Et puis...et puis, je ne sais plus, ca devient flou. Et toi ? Tu ne te souviens vraiment pas comment on s'est rencontré ?
- T'es sérieuse ? Tu veux vraiment que je te dise ? Je dirais que c'était il y'a dix minutes, dans cette meme cuisine.
- Bref.
Je sentais que la discussion ne menait nul part. J'étais énervée. Le café ne m'aidait pas, mais j'en avais besoin.
Je peux aller prendre une douche et t'emprunter quelques affaires avant que tu ne me jettes dehors ?
- Fais comme chez toi.
Ce que c'est quand meme que la mémoire. Ca vous joue de ces tours. Je n'ai jamais été tres forte pour me rappeler de quoi que ce soit, mais quand meme, la soirée de la veille lors de laquelle j'ai fait l'amour a un inconnu, il devrait en rester quelque chose...rien. Le trou noir. Le vide. Un peu comme ma vie.
Le corridor, la chambre, tiroir, serviette. La douche. Eau chaude. Mmmmm. Longtemps.
- Euh, machine ? Ca te derange pas de te dépecher un peu ? Y'en a qui doivent aller bosser...
- Eva ! Et je suis désolée, j'ai presque fini.
Peut etre un peu trop longtemps. Le temps d'emprunter un jean's trop grand qui traine sur une chaise, de renfiler la chemise colorée, de glisser des tongs aux pieds 5 pointures trop grandes et me voila prete a affronter l'extérieur.
- Dis moi Jérome...
- Gérard.
- Gérard. Dis moi, t'es sur que tu te souviens de rien ?
- Absolument certain.
- Tant pis. Excuse moi de t'avoir dérangé. Je file. Je t'embete pas plus longtemps. Je t'ai laissé mes coordonnées sur la commode dans ta chambre, si jamais tu tombais sur mes affaires. Remarque, si tu trouves mon portable, essaie pas de m'appeler dessus, je risque de pas répondre...
- Pas de probleme.
- Gérard, une derniere chose...
- Oui ?
- T'aurais pas un peu d'argent a m'avancer ?
En fait, quand on passe outre le fait qu'il m'a menacé avec un couteau (a beurre !), qu'il ne se souvient pas de notre partie de jambes en l'air de la veille au soir et qu'il a un peu de bide, Gérard est quand meme sympa. Etant donnée sa version des faits, il n'était pas obligé de me filer cent euros. Je le soupconne d'avoir laché l'argent pour se débarrasser plus facilement de moi, mais quand meme...
Depuis qu'il a mentionné mon vagin, il est passé au "tu", sans meme connaitre mon prénom.
- En vérité, je ne me souviens plus tres bien. J'avais passé une sale journée. Tout semblait se passer de travers. Je ne sais plus trop comment, mais tu es venu chez moi. Tu n'arrétais pas d'appuyer sur la sonnette de mon interphone. Ca m'énervait. Je t'ai fait monter et toi aussi tu avais des soucis. On est venu ici ensuite, je ne sais plus pourquoi. Et puis...et puis, je ne sais plus, ca devient flou. Et toi ? Tu ne te souviens vraiment pas comment on s'est rencontré ?
- T'es sérieuse ? Tu veux vraiment que je te dise ? Je dirais que c'était il y'a dix minutes, dans cette meme cuisine.
- Bref.
Je sentais que la discussion ne menait nul part. J'étais énervée. Le café ne m'aidait pas, mais j'en avais besoin.
Je peux aller prendre une douche et t'emprunter quelques affaires avant que tu ne me jettes dehors ?
- Fais comme chez toi.
Ce que c'est quand meme que la mémoire. Ca vous joue de ces tours. Je n'ai jamais été tres forte pour me rappeler de quoi que ce soit, mais quand meme, la soirée de la veille lors de laquelle j'ai fait l'amour a un inconnu, il devrait en rester quelque chose...rien. Le trou noir. Le vide. Un peu comme ma vie.
Le corridor, la chambre, tiroir, serviette. La douche. Eau chaude. Mmmmm. Longtemps.
- Euh, machine ? Ca te derange pas de te dépecher un peu ? Y'en a qui doivent aller bosser...
- Eva ! Et je suis désolée, j'ai presque fini.
Peut etre un peu trop longtemps. Le temps d'emprunter un jean's trop grand qui traine sur une chaise, de renfiler la chemise colorée, de glisser des tongs aux pieds 5 pointures trop grandes et me voila prete a affronter l'extérieur.
- Dis moi Jérome...
- Gérard.
- Gérard. Dis moi, t'es sur que tu te souviens de rien ?
- Absolument certain.
- Tant pis. Excuse moi de t'avoir dérangé. Je file. Je t'embete pas plus longtemps. Je t'ai laissé mes coordonnées sur la commode dans ta chambre, si jamais tu tombais sur mes affaires. Remarque, si tu trouves mon portable, essaie pas de m'appeler dessus, je risque de pas répondre...
- Pas de probleme.
- Gérard, une derniere chose...
- Oui ?
- T'aurais pas un peu d'argent a m'avancer ?
En fait, quand on passe outre le fait qu'il m'a menacé avec un couteau (a beurre !), qu'il ne se souvient pas de notre partie de jambes en l'air de la veille au soir et qu'il a un peu de bide, Gérard est quand meme sympa. Etant donnée sa version des faits, il n'était pas obligé de me filer cent euros. Je le soupconne d'avoir laché l'argent pour se débarrasser plus facilement de moi, mais quand meme...
1 - Mr "J"
J'ouvre les yeux. Le jour commence a se deviner. A coté de moi, personne. Il doit déja etre levé et préparer le petit dejeuner. Si c'est ça, il marque des points. Comment il a dit qu'il s' appelait déja ? Jérome ? Ou Julien ? Y'a un "J" en tout cas, c'est sur. L'odeur des tartines grillées se faufile jusque dans la chambre. Bonne pioche. Mr "J", vous aurez mon numéro de téléphone.
Etrange, je ne retrouve pas mes habits de la veille. En toute logique, ils devraient etre un peu partout, éparpillés dans la chambre. Sans doute Mr "J" les a-t-il rangés quelque part. Ou range-t-il ses affaires a lui ? Dans cette armoire. Une chemise. Tres bien. Va pour la plus colorée.
Petit coup d'oeil dans le miroir. Gueule de deterrée. Une douche s'impose. Mais puis je faire attendre Mr "J" et ses tartines ? Quelques rajustements de façade. Je suis prete. La porte. Le corridor. La cuisine. "Bonjour".
Mr "J" n'est pas aussi beau que dans mon souvenir. Pas sure pour le numéro de téléphone. Et puis surtout il brandit un couteau menaçant dans ma direction vociférant sur un ton de panique quelque chose du genre : "Mais qui etes vous ?!? Que faites vous chez moi ?!?"
La premier contact du lendemain aurait pu mieux se passer. Oublions ce que j'ai dit pour les points marqués. Quel gros nase. C'est quand meme limite insultant. "Comment ça qui je suis ? Je suis le vagin d'hier soir. Ca te revient ?"
Le couteau ne baisse pas sa garde. En le regardant de plus pres, le beurre qui coule le long de sa lame le rend plus ridicule que menaçant. Mais ca reste un couteau. "Je suis désolé, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Je suis resté ici seul toute la nuit. Maintenant, si vous voulez bien partir. Vous pouvez garder la chemise si ça vous chante, mais partez."
Je peux garder la chemise ??? Elle est bien bonne celle la. Et mes affaires ? Que tu oublies qu'on ait fait l'amour la veille, c'est ton probleme mon gros - de toute façon, je suis d'accord sur le principe - mais tu ne crois quand meme pas me voler mes papiers, ma carte de crédit et mes fringues ? Etre diplomate. Se ressaisir. Comment lui faire prendre raison sans le heurter ? N'oublions pas qu'il est du bon coté de la lame...: "Ecoute, Jérome..."
Forcément, ça se tente. Si j'établis que je connais son prénom, c'est que forcément je le connais. Si je le connais, il peut pas me faire le coup de "Qui etes vous ?".
- Gérard
- Pardon ?
- Mon nom c'est Gérard, pas Jérome.
La boulette. J'étais pourtant certaine du "J". Monsieur "J" serait en fait Monsieur "G" ? C'est vrai qu'il ressemble plus a un gros "G" qu'a un "J" élancé... au temps pour la théorie du "je te connais"
- Enfin peu importe...Gérard... Ce que j'essaie de te dire, c'est que je ne suis pas venue seule ici hier soir. J'étais avec toi. Alors, j'ai bien compris, tu ne souhaites plus me revoir, ton argumentation est éloquente, mais j'ai besoin de récupérer mes affaires... s'il te plait ?
Mettre tout le poids des yeux de chiens battus dans ce "s'il te plait". Si ca ne redonne pas sa mémoire a "G" (non mais franchement, y a qu'a moi que ça arrive de tomber sur quelqu'un comme ça...), ça a l'avantage non negligeable de le faire baisser sa garde. Ca détend un peu l'atmosphere.
- Je vous assure. Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Je n'ai pas bougé d'ici. Et c'est la premiere fois que je vous vois. Notez, je serais pas contre approfondir cette histoire de vagin...
Bein voyons. Ca doit etre de l'humour. On va jamais s'en sortir. Allez ma vieille, sois diplomate, trouve les bons mots qui vont lui faire te rendre tes affaires et tire toi de chez ce dingue au plus vite !!!
- Meme pas en reve... (oubliée la diplomacie)
- Mais je croyais qu'on l'avait fait.
- Tiens, maintenant tu me crois.
- Non, mais j'essaie de me mettre a votre place
- Gérard, tu veux pas me servir un café plutot ?
Gagner du temps pour trouver une solution. Il est quand meme sympa, il me prépare mon café. Loin d'etre bon, il a l'avantage de me réveiller.
- Est ce qu'avant de faire l'amour on se tutoyait ou on se vouvoyait ?
Tiens. Bonne question mon Gégé.
- C'est a dire...je ne me souviens pas.
Etrange, je ne retrouve pas mes habits de la veille. En toute logique, ils devraient etre un peu partout, éparpillés dans la chambre. Sans doute Mr "J" les a-t-il rangés quelque part. Ou range-t-il ses affaires a lui ? Dans cette armoire. Une chemise. Tres bien. Va pour la plus colorée.
Petit coup d'oeil dans le miroir. Gueule de deterrée. Une douche s'impose. Mais puis je faire attendre Mr "J" et ses tartines ? Quelques rajustements de façade. Je suis prete. La porte. Le corridor. La cuisine. "Bonjour".
Mr "J" n'est pas aussi beau que dans mon souvenir. Pas sure pour le numéro de téléphone. Et puis surtout il brandit un couteau menaçant dans ma direction vociférant sur un ton de panique quelque chose du genre : "Mais qui etes vous ?!? Que faites vous chez moi ?!?"
La premier contact du lendemain aurait pu mieux se passer. Oublions ce que j'ai dit pour les points marqués. Quel gros nase. C'est quand meme limite insultant. "Comment ça qui je suis ? Je suis le vagin d'hier soir. Ca te revient ?"
Le couteau ne baisse pas sa garde. En le regardant de plus pres, le beurre qui coule le long de sa lame le rend plus ridicule que menaçant. Mais ca reste un couteau. "Je suis désolé, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Je suis resté ici seul toute la nuit. Maintenant, si vous voulez bien partir. Vous pouvez garder la chemise si ça vous chante, mais partez."
Je peux garder la chemise ??? Elle est bien bonne celle la. Et mes affaires ? Que tu oublies qu'on ait fait l'amour la veille, c'est ton probleme mon gros - de toute façon, je suis d'accord sur le principe - mais tu ne crois quand meme pas me voler mes papiers, ma carte de crédit et mes fringues ? Etre diplomate. Se ressaisir. Comment lui faire prendre raison sans le heurter ? N'oublions pas qu'il est du bon coté de la lame...: "Ecoute, Jérome..."
Forcément, ça se tente. Si j'établis que je connais son prénom, c'est que forcément je le connais. Si je le connais, il peut pas me faire le coup de "Qui etes vous ?".
- Gérard
- Pardon ?
- Mon nom c'est Gérard, pas Jérome.
La boulette. J'étais pourtant certaine du "J". Monsieur "J" serait en fait Monsieur "G" ? C'est vrai qu'il ressemble plus a un gros "G" qu'a un "J" élancé... au temps pour la théorie du "je te connais"
- Enfin peu importe...Gérard... Ce que j'essaie de te dire, c'est que je ne suis pas venue seule ici hier soir. J'étais avec toi. Alors, j'ai bien compris, tu ne souhaites plus me revoir, ton argumentation est éloquente, mais j'ai besoin de récupérer mes affaires... s'il te plait ?
Mettre tout le poids des yeux de chiens battus dans ce "s'il te plait". Si ca ne redonne pas sa mémoire a "G" (non mais franchement, y a qu'a moi que ça arrive de tomber sur quelqu'un comme ça...), ça a l'avantage non negligeable de le faire baisser sa garde. Ca détend un peu l'atmosphere.
- Je vous assure. Je ne comprends rien a ce que vous me dites. Je n'ai pas bougé d'ici. Et c'est la premiere fois que je vous vois. Notez, je serais pas contre approfondir cette histoire de vagin...
Bein voyons. Ca doit etre de l'humour. On va jamais s'en sortir. Allez ma vieille, sois diplomate, trouve les bons mots qui vont lui faire te rendre tes affaires et tire toi de chez ce dingue au plus vite !!!
- Meme pas en reve... (oubliée la diplomacie)
- Mais je croyais qu'on l'avait fait.
- Tiens, maintenant tu me crois.
- Non, mais j'essaie de me mettre a votre place
- Gérard, tu veux pas me servir un café plutot ?
Gagner du temps pour trouver une solution. Il est quand meme sympa, il me prépare mon café. Loin d'etre bon, il a l'avantage de me réveiller.
- Est ce qu'avant de faire l'amour on se tutoyait ou on se vouvoyait ?
Tiens. Bonne question mon Gégé.
- C'est a dire...je ne me souviens pas.
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